Les cahiers de l'Islam


Mohammed Amin AL-MIDANI
Président du Centre Arabe pour l'Education au Droit International Humanitaire et aux Droits Humains... En savoir plus sur cet auteur
Dimanche 21 Octobre 2012

Le mouvement du panislamisme (2ème Partie) : la création de l’Organisation de la Conférence Islamique*



Sigle de l'O.C.I
Sigle de l'O.C.I
 La premiere partie de l'article est consultable ici   


  La seconde moitié du XXème siècle a vu la naissance d’un nouveau mouvement du panislamisme. Au cours des années 50-60, les Etats musulmans ont accédé à l’indépendance. Ils ont alors adhéré aux organisations internationales pour coopérer avec les autres Etats ainsi que pour maintenir avec eux la paix et la sécurité internationale. Ils ont aussi créé leurs propres organisations régionales afin de concentrer leurs efforts dans un but commun et pour régler leurs multiples problèmes. Mais il manquait toujours sur la scène internationale une présence islamique capable de faire entendre la voix de ces états islamiques, leur permettant de jouer un rôle sur l’échiquier mondial en rapport avec leurs moyens économiques, leurs richesses naturelles, l’importance de leur population et leur position stratégique dans le monde. Les peuples de ces Etats ont senti le besoin de consolider leurs liens de solidarité, au-delà des frontières artificielles créées entre leurs pays et de contribuer ensemble à trouver les solutions à leurs problèmes.

    Dès lors, l’appel à un nouveau panislamisme a été lancé. Ainsi, les Etats islamiques devraient être regroupés dans une seule organisation cherchant à défendre leurs intérêts, à harmoniser leurs politiques et concentrer leurs efforts, afin de vaincre le sous développement et de faire évoluer le niveau de vie de leurs populations [1].
Plusieurs tentatives furent lancées (A), le Roi Fayçal d’Arabie saoudite joua un rôle important dans ce nouveau mouvement (B), enfin quelques événements contribuérent à concrétiser ce mouvement (C).

A - Les premières tentatives du nouveau mouvement du panislamisme

Shukri al-Kuwatli, Nasser et le roi Saud en Égypte. Source : Syrianhistory
Shukri al-Kuwatli, Nasser et le roi Saud en Égypte. Source : Syrianhistory
La première tentative en vue de créer une organisation panislamisme fut faite en août 1954, quand le Roi SEOUD (1902-1969) d’Arabie saoudite, le Président égyptien Jamal ‘Abd AL NASSR (1918-1970) et le président du Conseil du Pakistan Muhammad Ali se sont réunis à la Mecque, lors du pèlerinage pour élaborer un projet de pacte de cette organisation.
Ce projet prévoyait trois organes principaux : une assemblée générale, un Conseil exécutif et un Secrétariat permanent [2]. Cette organisation ne vit pas le jour à cause des problèmes politiques qui opposaient l’Egypte à l’Arabie saoudite à cette époque.
Dans le même temps, lors d’une réunion à Mogadiscio (Somalie) en 1964, le Président somalien Adam Othman appelait les Rois, les Chef d’Etats et de gouvernement des Etats Islamiques à se réunir [3].


B - Le Roi Fayçal et le nouveau mouvement du panislamisme

Au mois de décembre 1965, le Roi Fayçal (1906-1975) d’Arabie saoudite lançait à Téhéran, lors d’une visite officielle, une invitation publique à tous les Souverains et les Chefs d’Etats islamiques, sans exception, à se réunir en une conférence au sommet.
Plus tard, dans une conférence de presse organisée à Amman en Jordanie, le 31 janvier 1966, le Roi Fayçal a défini le but de cette conférence : « susciter un renouveau de la foi musulmane, face à la diffusion du matérialisme et aux agressions du sionisme, ainsi que favoriser la coopération des Etats islamiques dans les domaines spirituel, économique et social » [4].
L’invitation du Roi Fayçal fut entendu [5] par les dirigeants des Etats islamiques, mais la controverse qu’elle suscita, retarda de quelques années sa réalisation.


C - Les événements des années 60

Le mouvement du panislamisme (2ème Partie) : la création de l’Organisation de la Conférence Islamique*
Deux événements tragiques ont secoué le mode arabo-musulman à la fin des années 1960, à savoir : la défaite arabe de 1967 et l’incendie de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem.

1 - La défaite arabe de 1967

Le 5 juin 1967, Israël a attaqué l’Egypte, la Jordanie et la Syrie, puis au bout de six jours, a occupé la Cisjordanie, le Golan et le Sinaï. Cette défaite arabe de 1967 eu des conséquences graves pour les arabes du point de vue politique, économique et social. Il en fut de même pour tous les musulmans en général, qui ont vu la vieille ville de Jérusalem tombée sous l’occupation israélienne.
La défaite favorisa le rapprochement entre les Etats arabes, au-delà de leurs querelles habituelles. Mais l’invitation saoudienne à une conférence au Sommet islamique ne fut pas retenue pour autant, car dans le même temps un autre appel avait été lancé pour une conférence au sommet arabe. Cette dernière eut lieu à Khartoum au Soudan du 29 août au 2 septembre 1967.

2 - L’incendie de la mosquée AL-AQSA

Sous l’occupation israélienne de la vieille ville de Jérusalem, des mains criminelles mirent le feu, le 21 août 1969, à la mosquée Al-Aqsa qui est l’un des trois sanctuaires de l’Islam [6]. Cet acte provoqua l’indignation et les protestations des musulmans du monde entier.
Après l’incendie, le Roi Hussein de Jordanie (1935-1999) suggéra dans un message adressé à tous les Chefs d’Etats arabes, une réunion au sommet arabe pour prendre des décisions urgentes. Le Roi Fayçal répondit à l’appel d’une réunion au sommet arabe, par un appel à une réunion au sommet islamique.
En réalité, les ministres des Affaires étrangères des Etats arabes ont tenu une réunion extraordinaire au Caire du 25 au 28 août 1969. A la fin de leurs travaux, ils ont adopté le principe de la convocation d’une Conférence islamique, en laissant au gouvernement marocain le soin de faire les préparatifs nécessaires. Trente cinq états ont ainsi été invités au premier sommet islamique. Les participants à ce premier sommet qui s'est tenu, en septembre 1969, à Rabat, ont décidé qu’une réunion des ministres des Affaires étrangères des états participants aurait lieu au mois de mars 1970 à Djedda en Arabie saoudite en vue de « jeter les bases d’un Secrétariat permanent chargé d’assurer la liaison entre les Etats participants et de coordonner leur action » [7].


D - Les organes de l’O.C.I.

C’est la troisième Conférence des ministres des Affaires étrangères des Etats islamiques qui s’est réunie du 29 février au 4 mars 1972 à Djedda, en présence de vingt trois délégations des Etats islamiques qui a crée, en adoptant sa Charte, l’Organisation de la Conférence Islamique, et en choisissant la ville de Djedda comme siège temporaire de cette organisation.
L’O.C.I., se compose de quatre organes principaux, treize organes subsidiaires et six commissions spécialisées.
L’article III de la Charte de l’O.C.I. énumère les trois organes principaux qui sont :
  1. La Conférence des Rois, des Chefs d’Etat et de gouvernement.
  2. La Conférence des ministres des Affaires étrangères.
  3. Le Secrétariat général et ses organes subsidiaires.
D’autre part, la troisième Conférence au sommet des Rois, Chefs d’Etat et de gouvernement des Etats islamiques tenue à Ta’if et à la Mecque (Arabie saoudite) en janvier 1981, a approuvé dans sa résolution No 11/3- P (IS) la création d’une « Cour Islamique Internationale de Justice ».
La cinquième Conférence au Sommet tenue au Koweït en janvier 1987, a adopta le projet du statut de cette Cour, en proposant d’ajouter un paragraphe (4) à l’article III de la Charte de l’O.C.I., qui précise que : « La Cour Islamique Internationale de Justice accomplit ses missions en vertu de son statut annexé à cette Charte, et qui constitue une partie intégrante de ladite Charte » [8].


Conclusion

Il appartient à l’O.C.I., comme ce fut le cas pour d’autres organisations régionales, de jouer son rôle dans le domaine de la promotion et de la protection des droits de l’homme dans les Etats islamiques.
D’autre part, la Déclaration du Caire sur les droits de l’homme en Islam, adoptée par la Conférence des ministres des Affaires étrangères de l’Organisation de la Conférence Islamique en 1990 est un texte en nette régression, non seulement en comparaison avec la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, mais aussi en comparaison avec la Déclaration de Decca sur les droits de l’homme en Islam de 1983, et les deux projets précédents de la Déclaration des droits de l’homme en Islam, préparés par le Secrétariat général de cette Organisation en 1979 et 1981[9].


Cet article est aussi consultable sur le site du Centre Arabe pour l'Education au Droit International Humanitaire et aux Droits Humains dirigé par l'auteur :http://www.acihl.org/articles.htm?article_id=23

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* Devenue désormais « Organisation de la coopération islamique ».

[1] BOUTILLER, op. cit., p. 169.

[2] BOUTROS GHALI, Le mouvement, pp. 24-25.

[3] ALLAM (W.), The Organization of the Islamic Conferences, Dar El-Nahda El-Arabia, Cairo, 1996, p. 41, (en langue arabe).

[4] « Le projet de conférence des Chefs d’Etat musulman et la visite du Roi Faysal à Rabat et à Tunis », Revue du Maghreb, Machrek, Monde Arabe, vol. 18, 1966, p. 4.

[5] « La Conférence islamique au sommet », Revue du Maghreb, Machrek, Monde Arabe, vol. 36, 1969, p. 28.

[6] Les deux autres sanctuaires sont : la mosquée AL HARAM à la Mecque et la mosquée du Prophète Mohammed à Médine.

[7] Le journal Le Monde, du 27 septembre 1969, p. 4.

[8] Voir AL-MIDANI (M. A.) « La Cour Islamique Internationale de Justice : Un organe judiciaire musulman », Revue des Sciences Juridiques, publiée par l’Institut des Sciences Juridiques et Administratives, Université d’Annaba, Algérie, n°8, juin 1996, pp. 61-66.

[9] Voir ces deux projets dans AL-MIDANI (M. A.), Les apports islamiques au développement du droit international des droits de l'homme, Thèse d'Etat en Droit Public, Faculté de Droit et des Sciences Politiques, Université de Strasbourg III, octobre 1987, pp. 407-424.