Les cahiers de l'Islam


Dimanche 26 Mai 2013

Islam des banlieues et promesse républicaine

Par Linda Haapajarvi,

Linda Haaparjavi est doctorante en sociologie à l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales, membre de l’Équipe de Recherche sur les Inégalités sociales au Centre Maurice Halbwacs (ERIS-CMH). Ses recherches portent sur la ville, l’immigration, la religion et la culture. Elle prépare une thèse sur les relations, pratiques et représentations sociales des habitants et des fonctionnaires locaux dans un quartier populaire de Paris et de Helsinki (source La Vie des Idées).



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Un rapport sur les questions sociales, politiques, urbaines et religieuses dans une banlieue emblématique de la région parisienne remporte un franc succès médiatique. Ce succès tient-il à la nouveauté des résultats ou à une approche qui ne prend que peu de distances par rapport au cadre étroit de la promesse républicaine ?

La religion, source d’exclusion ou de résilience ? 

Le rapport publié en 2011, Banlieue de la République, commandité par l’Institut Montaigne, vise à comprendre pourquoi un mode communautaire d’intégration des immigrés domine aujourd’hui dans le quartier étudié. Gilles Kepel retourne ainsi au défi décrit par la conclusion de son ouvrage Les banlieues de l’islam [1], dont l’objet fut d’analyser l’organisation de l’islam en France dans les années 1980 : « Reste à déterminer, écrivait-il alors, si l’insertion en question est le prélude à l’intégration de demain ou si elle constitue l’une des pièces d’un puzzle communautaire à venir ». Le politologue oppose alors deux modes d’adaptation des immigrés à la société française : intégration et insertion. La première correspond à l’assimilation des immigrés dans la société d’installation, à un processus graduel au cours duquel les attachements à des sous-cultures ethniques s’effacent et l’individu s’aligne, en termes socioéconomique et culturels, avec le « courant centrale [2] » de la société dont il est devenu membre. L’insertion, par contre, renvoie à un processus d’assimilation sélective selon lequel l’intégration structurel ne serait pas incompatible avec le maintien des pratiques culturelles minoritaires. Néanmoins, cette dernière forme d’assimilation est perçue par l’auteur comme menant potentiellement à « un puzzle communautaire », ou bien à la fragmentation de la société d’accueil.
La scène inaugurale amène le lecteur sur un « territoire perdu de la République » (p. 29), après les émeutes de 2005, où le plus onéreux projet de rénovation urbaine français est en train de s’achever. Le quartier, le Plateau de Clichy-Montfermeil, est devenu un exemple canonique du devenir des grandes banlieues héritières des années 1960 et 1970, cible de prédilection des chercheurs, des journalistes et des politiques de la ville. Il se caractérise par un taux élevé de pauvreté et d’inactivité, par une large population immigrée et par la présence de nombreux lieux de cultes et d’associations religieuses. Le lecteur ferait pourtant bien de se rappeler que la plupart des banlieues françaises ne ressemblent pas à Clichy-Montfermeil, ni en termes sociodémographiques, ni en termes d’organisation religieuse interne.

L’attachement au quartier que les chercheurs observent chez les habitants « favorise parfois un entre-soi de repli qui inhibe les démarches d’intégration à la société française globale et d’ascension sociale » (p. 75). Cinq chapitres examinent le quartier du point de vue des dysfonctionnements sociaux et des réponses des habitants à ces derniers. Le rapport montre notamment que face à l’exclusion sociale, la vie religieuse est investie comme une source de résilience collective. L’équipe de recherche privilégie l’analyse de l’islam sur les autres confessions. Par conséquent, le lecteur est amené à situer les habitants du quartier sur un continuum dont les extrémités correspondent à un islam radical et à un républicanisme intransigeant. Les habitants les mieux intégrés apparaissent comme les moins concernés par les dynamiques communautaires, ou ils auraient du moins le bon sens de n’exprimer leurs convictions religieuses que dans la sphère privée. Les individus les plus marginalisés figurent quant à eux comme des cibles sur un marché religieux où règne un islam organisé et prosélyte.

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[1] Kepel, Gilles, 1987, Les banlieues de l’islam. Naissance d’une religion en France. Paris, Le Seuil, p. 384.
[2] Nous traduisons par « courant central » le terme anglais « national mainstream » dont la conceptualisation et la transformation font l’objet de recherches sociologiques. Voir notamment : Alba, Richard & Victor Nee, 2003, Remaking the American Mainstream : Assimilation and the New Immigration. Cambridge, MA : Harvard University Press.




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