Les cahiers de l'Islam


Lundi 26 Novembre 2012

Jacques Berque - Relire le Coran



Jacques Berque - Relire le Coran



Une présentation de l'ouvrage de Jacques Berque par Yoann Colin (diplômé en philosophie et en théologie, actuellement professeur en lycée). Références : Jacques Berque , Relire le Coran, coll. « Spiritualités vivantes », Albin Michel, 2012, 144p.


    Dans ce bref ouvrage, qui reprend ses conférences à l’Institut du monde arabe, J. Berque propose de " relire " le Coran, c’est-à-dire d’appliquer à ce texte qu’il connaît comme peu de spécialistes les " acquis méthodologiques et [sa] sensibilité " (p.17). A partir de là, l’ouvrage va traiter successivement quatre grandes questions, questions dont les réponses mettront le Coran à l’abri des lectures strictement juridiques et réductrices, pour lesquelles il se réduit à la sharî’a.
La première conférence s’attèle à la difficile question de la structure du Coran. En effet, aucun ordre apparent n’est décelable dans le livre : ni ordre chronologique, ni ordre narratif, ni ordre par " ton " (ton apocalyptique, ton législatif, ton de la controverse, ton de la chronique, etc.).  Pour tenter de rendre compte de sa structure, J. Berque pose un point fondamental. D’après lui, la structure du Coran est telle qu’elle fait ressortir son contenu le plus important : l’unité de Dieu. Comme l’écrit l’auteur, " Monème géant de l’unicité divine, il proclamerait, tout au long de ses 6200 versets et quelque, ce qu’il a ramassé lui-même dans les quatre versets de CXII, " la religion foncière " : Dis : " Il est Dieu, il est Un / Dieu de plénitude / qui n’engendre ni ne fut engendré / et de qui n’est l’égal pas un. " Voilà le kérygme coranique par excellence.

   Tout le reste en est le dérivé ou les corollaires. " (p. 20-21). Sauf à estimer que c’est la contingence qui a présidé à la rédaction et à la mise en forme du texte, il est pertinent d’essayer de voir quelle peut être la raison de l’ordonnancement du Coran tel qu’il est et qu’il nous est parvenu sans grande révision ou variation. J. Berque croit déceler certaines coïncidences qui justifieraient l’idée d’une structure souterraine du Coran. Il remarque par exemple que les versets chronologiquement premiers, dans lesquels on sent le jaillissement premier de la révélation, et qui ont pour caractéristique un ton apocalyptique, un rythme bref empreint de poésie violente,  se trouvent dans la deuxième moitié du livre.
   En revanche, les sourates de la troisième sous-période mecquoise, qui ont la forme d’homélies sereines, se " trouvent symétriquement distribuées dans toute la première moitié " (p. 28). Allant plus loin dans l’analyse, l’auteur montre que ce qui caractérise les versets coraniques, c’est qu’ils obéissent à un ordre non pas syntagmatique, mais synchronique. Autrement dit, il note que dans cet ordre, les thèmes se croisent, se recroisent sans dire directement ce qu’il y aurait à dire.

    En lisant continument un verset, on ne trouve pas une idée développée à la suite d’une autre, en une fois, mais plusieurs idées qui se développent en même temps. L’auteur donne plusieurs exemples de cette construction. Il reprend par exemple la structure du début de la sourate XVII, en montrant que plusieurs thèmes se croisent, sont repris pour être emmêlés  . Ces thèmes peuvent être nombreux, mais l’auteur les classe en deux types : la dimension de permanence (eschatologie, philosophie de l’histoire, démonstration naturaliste de l’existence de Dieu) et la dimension de conjoncture (description de batailles, biographie du prophète lui-même, différentes controverses, etc.), qui participent à cet entrecroisement général des thèmes du Coran. L’auteur n’entend évidemment pas achever la réflexion sur la question, mais se contente, comme il le fera dans chacune de ses conférences, de proposer des pistes à suivre, à explorer, à poursuivre.

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En partenariat avec : http://www.nonfiction.fr




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