Les cahiers de l'Islam
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Samedi 12 Septembre 2015

Averroès, Ibn Rushd, homme de paix, adepte du dialogue des cultures

Par Maurice-Ruben Hayoun,



Au fond on dispose de peu d'éléments portant sur la vie et les études d'ibn Rushd (Averroès); ce que l'on sait provient soit des remarques que le penseur musulman a bien voulu noter à la fin de certains de ses commentaires ou œuvres originales soit de témoignages extérieurs. En passant en revue la littérature secondaire, on se rend compte que tous les auteurs (de Renan à Fakhry en passant par Badawi) se sont servis des mêmes sources si admirablement exploitées par Munk dans ses Mélanges de philosophie juive et arabe...
Abu-l-Walid Mohamed ibn Ahmed ibn Rushd est né à Cordoue en 1126 (en l'an 520 de l'Hégire). Son grand-père, Abu-l- Walid Mohamed avait déjà été grand-qadi de toute l'Andalousie; il mourut peu de mois avant la naissance de son petit-fils. L'actuelle Bibliothèque Nationale conserve un épais recueil de ses consultations juridiques. Le propre père d'ibn Rushd exerça des fonctions similaires, ce qui explique probablement que le jeune homme commença par faire des études de fiqh, c'est-à-dire de droit musulman. Par la suite, il s'intéressera aussi à la philosophie et à la médecine.

A cette époque, l'Afrique du Nord change de dynastie régnante: les Almohades chassent les Almoravides et s'emparent ainsi de l'Espagne musul­mane. Les protecteurs d'ibn Rushd, les médecins ibn Zuhr et ibn Tufayl (qui était aussi un philosophe) sont bien en cour et usent de leur influence pour introduire leur jeune protégé auprès du roi Abu Ya'qub Yusuf. Voici le récit de cette présen­tation, donné par ibn Rushd lui-même:
Alors qu'il était encore au Maroc en 1153 (Voir le Commentaire moyen sur le traité du Ciel, in fine), on le retrouve vers 1169/70 qadi de Séville (Voir le Com­mentaire sur les traités des animaux, in fine; achevé en novembre 1169). Dans le Livre IV des Parties des animaux, il regrette l'éloignement de ses livres restés à Cordoue. Il fait la même observation à la fin du Com­mentaire moyen de la Physique, achevé à Séville en mars 1170. Dans sa Paraphrase des Météorologiques, ibn Rushd signale que c'est en 1170 qu'eut lieu le tremblement de terre de Cordoue; Munk cite en réfé­rence (note 3) un passage en arabe provenant du Commentaire moyen: "Je n'ai pas été le témoin de ce tremblement de terre... car je me trouvais alors à Séville. Mais je me suis rendu peu après (à Cordoue)."
 
Ses activités politiques revendiquant une bonne part de son attention et de ses efforts, ibn Rushd déclare à la fin du Livre I de son Résumé de l'Almageste qu'il a dû se limiter à l'essentiel. Il écrit même (Munk, citation hébraïque, p 423, note 1):
"Nous nous trouvons dans la situation d'un homme dont la demeure serait la proie des flammes et qui s'empresserait de sauver ce qui lui semble le plus indispensable pour assurer son existence."
 
Dès 1182, le roi Yusuf appelle ibn Rushd auprès de lui et en fait son médecin personnel en remplacement d'ibn Tufayl (ob. 1185). Il le nomme aussi grand qadi de Cordoue. Lorsqu'en 1184 Ya'qub al-Mansur succède à son père Yusuf, ibn Rushd fait déjà l'objet de quelques soupçons portant sur sa pratique religieuse. Munk (p. 424, note 2) cite un passage où ibn Rushd est présenté par d'autres comme un libre penseur qui n'hésite pas à proférer des hérésies. Selon Munk, le monarque se rend en 1195 à Cordoue afin de préparer sa campagne contre Alphonse IX, roi de Castille et de Léon; sur place, il rencontre ibn Rushd qu'il comble d'honneurs. Selon R. Arnaldez, c'est à partir de 1195 qu'ibn Rushd tombe en disgrâce et qu'il est même banni à Lucène dans les environs de Cordoue. Munk a traduit (p 427) des épigrammes contre l'auteur et en a aussi édité le texte arabe (p 517). Mais la mesure de bannissement a dû être levée puisque dès son retour à Marrakech, le roi rappelle auprès de lui ibn Rushd; celui-ci mourra peu après en 1198 sans jamais avoir revu l'Espagne.
 

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Nuances d'une même couleur ©I.Tan - S.Chong/UNESCO
Nuances d'une même couleur ©I.Tan - S.Chong/UNESCO




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