Les cahiers de l'Islam


Dimanche 15 Septembre 2013

Rencontre avec Raphaël Liogier (Première partie)



L’hostilité à l’égard des musulmans semble ne pas devoir cesser d’augmenter. Quelles sont les racines de cette Islamophobie galopante ? Pour tenter de mieux comprendre les sources de ce phénomène, nous avons rencontré le sociologue Raphael Liogier, directeur de l'Observatoire du religieux auteur de l'ouvrage, « Le mythe de l'islamisation, essai sur une obsession collective » paru aux éditions du seuil en octobre 2012.

Dans cette première partie de la rencontre, il nous explique comment il en est venu à travailler sur le thème de l’Islamisation, sa méthodologie de recherche et ce que recouvre d’après lui ce « sentiment » d’Islamisation.

Retrouver la seconde partie de l'entretien ici




Raphaël Liogier (Photo DDM)
Raphaël Liogier (Photo DDM)

Raphaël Liogier  est sociologue et philosophe. Professeur des universités, il est, depuis 2006, directeur de l'Observatoire du religieux (aujourd'hui fédéré au laboratoire unique de l'IEP d'Aix en Provence : le CHERPA ).



Les Cahiers de l'Islam : Pour commencer, pouvez-vous nous dire comment en êtes-vous venu à travailler sur le thème de l’Islamisation en France et en Europe ?...

Raphaël Liogier :
Dans un premier temps, je me suis intéressé à la laïcité. Sur ses aspects concrets et en particulier sur les « populations » accusées de ne pas en respecter l’esprit. Si au départ, dans les années 80 et 90 il s’agissait plutôt des sectes, progressivement le discours s’orienta vers l’Islam.1

Dans un second temps, j’ai travaillé sur la représentation que les occidentaux se font de l’Islam et plus particulièrement sur l’image de cette religion au sein de la société française. Au sein de ma thèse 2, j’ai montré comment le bouddhisme était devenu « la bonne religion », toutes les évidences finissant par être de son côté. C’est ainsi que pour les occidentaux, les bouddhistes sont fondamentalement intégrés, démocrates par essence, tolérants, etc. Or, j’ai prouvé à cette occasion  qu’il s’agit en réalité d’un phantasme, en indiquant combien sont nombreux les paradoxes de cette religion. D’ailleurs, à ce sujet, il suffit de regarder l’attitude adoptée actuellement par ces mêmes bouddhistes à l’égard des musulmans du Sri lanka et du Laos. C’est alors que l’un de mes rapporteurs, Jean Bauberot3 intéressé par la manière dont j’avais démontré que le bouddhisme était devenu « la bonne religion », m’a suggéré d’essayer de comprendre pourquoi l’Islam était devenue la religion « asympathique », la religion des « méchants » en quelque sorte.
 
J’ai donc commencé par écrire des articles sur ce sujet comme dans l’ouvrage collectif « Minorités religieuses dans l'espace européen : Approches sociologiques et juridiques »4 ou je comparais les étapes de la construction sociale du bouddhisme comme « bonne religion » et les étapes de la construction sociale de l’Islam comme « mauvaise religion ». J’ai remarqué à cette occasion que pendant une première période, l’époque Orientaliste, que nous pourrions situer au XIXe, les deux religions étaient mêlées dans l’imaginaire. Des « tapis volants » de l’Orient aux moines tibétains « en lévitation » à l’Extrême-Orient, les gens percevaient une image un peu floue d’un Orient mystique et lointain, désirable, étrange, mystérieux. Puis, comme je l’ai montré, cela s’est dégradé ensuite.
                                                  
A l’origine, mon travail n’est donc pas un travail d’islamologue. Il s’agit d’un travail sur la représentation des religions. Par ailleurs, je n’ai aucune intention politique. J’ai simplement souhaité comprendre ce qui s’était passé. Savoir si l’Islam était réellement une religion dangereuse et dans le cas où cela se serait avéré vrai, savoir pourquoi. J’ai donc mené mon enquête de façon « naïve », dénué de tout préjugé. Ce que je fais systématiquement pour chacun de mes travaux. Et ceci, contrairement à ce que peuvent en penser les personnes de « riposte laïque » ou de « Français de souche », qui finalement par leur comportement en viennent inconsciemment à corroborer mes thèses. Ils participent à un système où chaque personne qui parle de l’Islam doit être catégorisée. Tout ce passe comme si nous étions dans un théâtre et qu’ils m’obligeaient à être acteur de ce théâtre. Or, il s’agissait simplement de réfléchir sur les causes de cette paranoïa, sans esprit partisan, en respectant la méthodologie du chercheur.  Au fil de mon enquête, je me suis m’aperçu qu’il y avait un terme qui avait fini par « s’autonomiser ». Plus que le mot « Islamisme » qui fait frémir, plus que le mot « Communautarisme » qui en est venu par désigner exclusivement les musulmans,  finalement, est apparu le terme « Islamisation ». Ce terme a commencé  à être utilisé significativement à partir du premier tiers des années 2000, alors qu’il avait été précédemment peu employé. S’appuyant sur des théories complotistes comme celle d’Eurabia 5 (lancée en 2005 par l’universitaire britannique Bat Ye’or), l’idée selon laquelle les musulmans chercheraient à submerger numériquement et culturellement l’Europe à commencer à se répandre. L’imaginaire du complot a ainsi peu à peu débordé le cadre de l’islamophobie ordinaire.


Les Cahiers de l'Islam : En quoi la notion « d’Islamisation » de la France, voire même de l’Europe, ne serait pas basée sur des faits objectifs ? Dans le discours de certains politiques ou éditorialistes, elle envoie pourtant à l’idée d’une « visibilité » de plus en plus croissante des fidèles musulmans dans l’espace public. Une visibilité qui se manifesterait, selon ces derniers, par le nombre croissant des mosquées dans l’hexagone, le nombre de boucheries et de restaurants labélisés « halâl », sans même parler de l'hexis vestimentaire et corporelle, etc.

Raphaël Liogier :
Le terme « Islamisation » a deux acceptions dans l’idée d’un processus d’Islamisation : l’une quantitative et l’autre plus qualitative.
 
L’acception quantitative serait celle d’un processus de débordement « catastrophique » et « progressif », à l’image d’un phénomène physique inéluctable, un peu comme l’est une marée. Il s’agit de l’idée que les musulmans sont, ou vont devenir à plus ou moins long terme plus nombreux « que ce qu’ils devraient être ». Cela passerait par une croissance fondée sur trois composantes, sur trois vecteurs : la fécondité des femmes musulmanes, l’immigration et les conversions à l’islam. Elle aurait aussi une conséquence immédiate : les Européens subissent un « débordement » intentionnel de la part des musulmans ; si ces derniers font plus d’enfants que nous, s’ils émigrent en masse, s’ils poussent à la conversion, c’est qu’ils veulent nous étouffer.
 
C’est pourquoi dans la première partie de ma recherche, prenant au sérieux la véracité de ce processus, j’ai examiné systématiquement, les chiffres concernant ces trois vecteurs et dont nous disposons aujourd’hui. Bien entendu, en sciences humaines, les chiffres sont considérés comme n’étant pas « parfaits ». De plus, l’évaluation certaine est compliquée : d’une part, il n’est pas permis de faire des statistiques ethniques en France, et d’autre part nous avons spontanément tendance à assimiler toute personne d’origine maghrébine à un musulman, ce qui a pour effet immédiat de surévaluer cette population. Cependant, j’ai fini par rassembler de nombreuses informations « fiables », provenant de sources différentes.

Dans un premier temps, j’ai commencé par répertorier les sources provenant d’internet6, prétendant être fiables et valides et qui présentaient des chiffres sur ce processus de débordement, chiffres parfois repris par les médias7, les politiques ou même le Vatican 8. Puis dans un second temps, je les ai comparés aux « Eurostat »9 qui sont les sources les plus fiables dans ce domaine, et ceci en particulier sur l’immigration. Or, il est apparu clairement que l’immigration en provenance des pays musulmans, même si elle reste forte pour des raisons historiques, n’en est pas moins stable. Ainsi, si l’on regarde au niveau de l’Europe, on s’aperçoit le Maroc reste le premier pays d’immigration extérieur à l’Europe, avec environ 140 000 individus par an (chiffre de 2008). Cependant, il est suivi de près par la Chine avec 100 000 individus par an. Surtout, on constate que dans les dix premiers pays de la liste, il n’y a que trois pays musulmans, ce qui est bien moins qu’il y a dix ans. Enfin, si l’on prend en compte les flux migratoires internes à l’Europe, on constate que le plus grand flux migratoire est en provenance de l’Europe de l’Est, qui avec 300 000 Roumains et 300 000 polonais par an, justifierai que l’on puisse affirmer que ces derniers « déferlent » vers l’Ouest. Le double des marocains pour ces deux pays ce qui montre bien que la tendance ne va pas dans le sens d’un déferlement de « musulmans » venant de l’extérieur.
 
Maintenant, examinons le second vecteur : la natalité. Plus exactement la fécondité des femmes vivant « en contexte musulman » donc « présumées Musulmanes ». Si l’on commence par regarder les principaux pays musulmans du monde, par exemple l’Indonésie, on se rend compte que nous sommes soit à la limite du renouvellement des générations (2,1%), soit carrément dans un processus d’effondrement démographique, comme en Iran depuis bientôt plus de vingt ans ( cf. Courbage et Todd  10 ). On découvre que nous sommes dans la même tendance en Tunisie (2%) et dans un certain nombre d’autres pays arabes où s’est déroulé le printemps Arabe. Il s’agit de pays qui ont vu l’émergence d’une classe moyenne ainsi qu’un accroissement de l’alphabétisation des femmes. Ce dernier point a engendré une plus grande autonomie de ces femmes, entrainant donc mécaniquement une réduction de leur fécondité. Les études de Courbage et Todd, montraient que cette fécondité était restée forte en Algérie, mais depuis ces cinq dernières années elle s’est effondrée (1,75%), ce qui a fini par provoquer un débat national sur ce sujet. Nous voyons donc qu’à l’extérieur de l’Europe nous ne sommes pas dans l’hypothèse d’une explosion de la natalité des musulmans.
Il se trouve qu’en France, il est interdit de réaliser des statistiques tenant compte du facteur ethno religieux. En revanche, en Allemagne, c’est possible. J’ai donc repris une enquête datant de 2007, réalisée par des chercheurs étrangers mais qui portait en partie sur le cas français. Celle-ci avait montré que nous étions face à un phénomène en trois temps, en trois phases. Première phase, les années 70, où les « musulmanes » (il s’agit des populations maghrébines, turques ou pakistanaises considérées comme automatiquement musulmanes) avaient environ deux enfants de plus que la moyenne nationale. Seconde phase, les années 90, pendant lesquelles le point de bascule aurait été 1996 et où il n’y avait plus qu’un enfant d’écart avec la moyenne. Enfin pour finir, les années 2000 ou finalement la moyenne de cette population rejoint la moyenne nationale, avec même, une tendance à passer en dessous de celle-ci. Donc au final, face une certaine reprise de la fécondité que l’on peut observer en France ou surtout en Scandinavie chez les populations « de souche », nous constatons plutôt une décroissance de la fécondité chez ces minorités ethniques « dites » musulmanes.  
 
Reste la conversion. Il est permis de dire que la conversion en contexte musulman reste extrêmement volatile, car tout individu a la possibilité de se convertir très facilement (sans pour autant vraiment pratiquer). C’est pourquoi, le mieux reste ici, de faire confiance aux chiffres des Renseignements Généraux. D’après eux (confirmé par certains chercheurs comme Loïc Le pape 11 ), seuls 3 000 à 4 000 personnes se convertiraient par an à l’Islam. Ce qui semble peu à côté des chiffres portant sur les conversions au Protestantisme via les églises évangéliques.
 
En conclusion, l’Islam serait donc une religion dynamique dans sa visibilité, dans des phénomènes que nous pourrions qualifier de « phénomènes de reconversion » (cf Khosrokhavar 12), avec un renouveau de la consommation Halal, de la pratique du Ramadan, de la Prière, et des tenues vestimentaires plus marquées pour les jeunes musulmanes dans le but d’affirmer leur identité. Tout un ensemble, plus qualitatif que quantitatif et comme nous le montre tous les chiffres dont nous disposons ne relevant certainement pas d’un processus de « débordement ».
 
Nous en venons donc au second aspect de « l’Islamisation » de l’Europe, à savoir, l’aspect qualitatif. Ce que soutiennent certains promoteurs du concept « d’Islamisation », c’est que l’important n’est pas tant que l’on constate vraiment un « débordement », mais plutôt qu’il y ait une « intention d’acculturation inversée ». C’est-à-dire une intention de s’approprier la culture occidentale européenne voire française. De fait, pour les français, même si finalement 80% d’entre eux considèrent que les musulmans ne sont pas intégrés ce n’est pas le plus important. Ce qui les inquiète, pour une grande majorité, ce serait que les musulmans tentent, plus ou moins comme « un seul homme », d’imposer « leur mode de fonctionnement aux Européens, aux occidentaux, aux français ». Nous trouvons ici l’idée d’intentionnalité, qui est reprise et diffusée à peu près partout dans les médias ou au sein de la classe politique. De plus, cette idée d’intentionnalité négative, néfaste, serait  essentielle  au fait même d’être Musulmans et donc essentielle à l’Islam.
 
Bien entendu, vous pourriez me rétorquer que l’on parle ici uniquement des « intégristes ». Cependant, regardons de plus près l’expression « Musulmans modérés », dont à mon sens, l’analyse est révélatrice du discours ambiant. A cette occasion reprenons le Bouddhisme, et posons-nous la question de savoir ce que signifie l’expression « Bouddhiste modéré » : cela ne signifie tout simplement rien. Pour la plupart des gens, le Bouddhiste est « forcément » tolérant, modéré, etc… C’est pourquoi, ceux qui prétendent défendre l’Islam en affirmant soutenir les « musulmans modérés » ne font d’une part qu’essentialiser l’Islam comme étant le « mal incarné », incompatible avec la culture occidentale et d’autre part accréditent l’idée qu’il faudrait modérer son « Islamité », ne pas être « trop musulman » pour être présentable, en quelques sortes. Or les études menées sur le Catholicisme nous montrent clairement qu’il convient de faire la différence entre « intégrisme » et « intégralisme ». Il est possible de suivre intégralement une religion, être intégralement catholique par exemple, stricte dans sa pratique personnelle et en revanche ne pas être intégriste. Pourtant, on peut être un catholique progressiste, sans nécessairement vouloir s’imposer aux autres (Jean-Marie Donegani)13. Or, tout se passe comme si avec l’Islam, cela n’était pas possible. Comme si, être intégralement musulman, c’était forcément être intégriste et qu’en conséquence, il faudrait être « un peu » musulman pour être toléré. Quoiqu’il en soit, en associant l’idée que l’intégrisme ou bien encore que le mal serait l’essence de l’islam à l’idée que les musulmans ont plus de visibilité, on en vient à cette  représentation de « rouleau compresseur », à ce malaise identitaire, ou finalement on finit par penser que l’on nous « prend » notre culture.
 
Car effectivement ce qui caractérise chez les jeunes musulmans les formes de renouveau de la pratique, ce sont des formes de visibilités multiples14. Il y a certes des jeunes musulmans plus radicaux, comme l’on montré nos études sur le voile et le passage au voile intégral à l’observatoire du religieux15. Mais nous remarquons qu’il s’agit de formes de radicalisme, de volonté de retourner à la racine, de fondamentalisme, ne correspondant pas forcement à « l’Islamisme » dans le sens qu’a donné à ce mot un spécialiste comme Bruno Etienne16, mon directeur de thèse, dans son ouvrage « L’Islamisme radical »17. Il ne s’agit certainement pas de la version politique de l’Islam, c’est-à-dire de l’idée de vouloir transformer le monde, la société, la cité etc… Ce nouveau fondamentalisme, même si cela a tendance à évoluer avec les lois récemment votées en France ou encore avec la nouvelle conception de la laïcité quelque peu populiste qui tente de s’imposer depuis quelques temps, est un fondamentalisme certes radical, mais avant tout individuel, ne cherchant pas à changer la société. C’est ainsi que les enquêtes menées sur le voile (depuis 2008/2009) nous ont montré qu’il s’agit d’un phénomène avant tout « individualiste ». Les jeunes femmes mettant le voile affirment qu’elles souhaitent avant tout se rapprocher de Dieu. Finalement, elles tiennent donc un discours, toutes choses égales par ailleurs, très proche de ce que l’on entend dans les mouvements New Age. Il ne s’agit certainement pas d’un Islamisme politique ou allant dans le sens d’une « Islamisation ». De plus, si nous les écoutons attentivement, elles nous expliquent qu’elles cherchent avant tout, à se distinguer « aux yeux de Dieu ». C’est pourquoi, nous pouvons penser que puisqu’elles cherchent à se distinguer, elles ne vont pas mettre en œuvre un « prosélytisme forcené » visant la « transformation » du monde, car dans le cas où tout le monde deviendrait semblable cela finirait par enlever de la valeur à la chose. 
 
Nous sommes donc dans des formes de visibilités qui peuvent être parfois un peu radicales et paraitre parfois étranges, car étant dans l’étrangeté par rapport à notre normalité. Cependant, nous ne sommes visiblement pas dans un processus concerté, voulu, intentionnel. D’autant plus que ce qui caractérise l’Islam d’Europe ou encore l’Islam de France, comme l’a montré mon collègue Franck Fregosi 18 spécialiste des formes d’organisations qui ont pu être prises par l’Islam en contexte sécularisé comme le contexte laïc français, ce sont justement les difficultés d’organisation. En effet, jusqu’à maintenant, les musulmans n’arrivent pas, le plus souvent, à s’entendre entre eux. Il s’agit d’une multitude de groupes, d’origines différentes mais aussi « d’écoles religieuses » différentes.  C’est pourquoi, nous pouvons affirmer qu’il n’y a pas de réelle intentionnalité, et donc pas de réelle « Islamisation », que ce soit sur un plan quantitatif ou qualitatif. Cependant, il existe sans conteste, des formes de visibilités accrues, que l’on peut plutôt ramener, comme le montre Olivier Roy 19, à des phénomènes de globalisations tendant à éliminer les cultures locales. Ainsi le jeune musulman se reconnaitra Musulman dans la « globalisation », avant d’être un musulman tunisien, ou un musulman marocain, et ceci au travers d’éléments comme le sandwich Hallal ou le Niqab, qui n’est certainement pas un vêtement tunisien, ou marocain mais qui est désormais perçu comme un « marqueur global » de l’Islam. 

Le lecteur retrouvera la seconde partie
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« Introduction à une approche politique de l'occidentalisation du bouddhisme »




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