Les cahiers de l'Islam


Samedi 6 Avril 2013

Rencontre avec Charles Saint-Prot


Dans le cadre d'un dossier thématique sur l'après "printemps arabe", l'équipe des Cahiers de l'Islam est allée à la rencontre de Charles Saint-Prot.



Charles Saint-Prot - « Le vrai printemps arabe reste à venir » (C. Saint-Prot)
Charles Saint-Prot - « Le vrai printemps arabe reste à venir » (C. Saint-Prot)

Charles Saint-Prot est directeur de l’Observatoire d’études géopolitiques (www.etudes-geopolitiques.com ) , vient de publier Le Mouvement national arabe (Ellipses).


On a parlé de « printemps arabe » ou, en Tunisie, de « révolution du jasmin ». Il faut se méfier des expressions toutes faites qui ne sont que des slogans publicitaires concoctés dans des officines spécialisées qui, en l’espèce, suivent les techniques de la soft subversion imaginée par Gene Sharp.

Le « printemps arabe » fait penser aux « révolutions de couleur » dans l’Europe et l’Asie centrales post-soviétiques. Il est tout aussi vide de sens, tout juste destiné à entretenir le mythe de révolutions populaires, romantiques et spontanées. Or, ce ne sont que très exceptionnellement les peuples qui font les révolutions, mais bien des groupes ou des forces organisées, parfois manipulés de l’extérieur. Depuis la révolution en Iran, en 1979, le scénario ne cesse de se répéter : des contestataires d’extrême gauche (le Toudeh iranien) alliées à des groupes ultra-religieux font tomber des régimes fatigués lâchés par les Etats-Unis qui neutralisent le commandement militaire et, fait plus récent, manipulent des associations (NED, NDI, Open Society Institute de G. Soros…) chargées de former des cyberdissidents chargés de diffuser les mots d’ordre et les slogans.


Il s’est passé à Tunis et au Caire ce qui s’était passé jadis à Téhéran, avec les mêmes effets; les groupes ultra-religieux qui sont les mieux organisés tirent les marrons du feu et éliminent, d’une façon ou de l’autre, leurs anciens complices gauchistes. Dans les pays concernés s’installe une fausse alternative: d’un côté, les occidentalo-progressistes passés à l’ouest, de l’autre, les partis qui ont pris l’Islam en otage. Du coup, de soi-disant analystes occidentaux qui n’ont rien compris du début à la fin ; croient subtils de constater qu’un « automne islamiste » succéderait au prétendu « printemps arabe ». On reste dans les slogans stupides pour éviter d’avoir à analyser sérieusement les tenants et aboutissants des événements et, surtout, les enjeux essentiels pour les peuples de l’ensemble arabe.

Il faudrait sans doute réfléchir aux conditions de l’éclosion d’un véritable printemps arabe qui passera par la paix en Palestine, le recul de l’influence perse en Irak menacé de démembrement, la fin du soutien algérien au séparatisme au Sahara marocain, le renversement en Syrie d’un régime criminel et sectaire qui, durant quarante ans, a coupé le pays cœur du nationalisme arabe de son environnement arabe et, enfin, la mise en place d’organismes efficaces de coopération et d’intégration interarabe sur le plan économique, culturel, militaire et politique. Pour l’ensemble arabe, c’est un enjeu existentiel qui consiste à passer de la décadence à la réintégration dans l’Histoire universelle, à reprendre en mains son destin en refondant un projet d’avenir à la mesure d’un passé glorieux. Dans ces conditions, il ne s’agit pas pour les pays arabes d’imiter des modèles étrangers dont la pertinence est d’ailleurs douteuse, mais bien de préserver leur identité en conciliant tradition et progrès, islam et modernité. Imaginé jadis par le formidable mouvement qui s’est développé de la Nahda au Baas, en passant par le réformisme islamique, le véritable printemps arabe reste à venir.
   

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Publication récente de C. Saint-Prot, Le Mouvement national arabe (Ellipses)
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