Les cahiers de l'Islam


Dimanche 1 Septembre 2013

Ibn Rushd (Averroès) dans l'histoire de la pensée islamique

Abul-Walid Muhammad Ibn Rushd est né à Cordoue, Espagne, en 520/1126. Au cours de sa vie, il a travaillé comme un qâdî (juge) et a été, pendant plus de dix ans, le juge principal (qâdî al-jamâ`) de Séville et de Cordoue. Il était aussi un médecin renommé et fut conseillé à la cour almohade.




Il s'agit d'un résumé de l'arcticle de Dr. Muqtedar KHAN Site de l'auteur : http://www.glocaleye.org/
La version originale (en anglais) est disponible à l'adresse http://www.ijtihad.org/ibnrushd.htm (titre original : IBN RUSHD: The King Philosopher )

 Ibn Rushd a écrit plus de 87 livres sur la philosophie et plus de vingt sur la médecine. Il a écrit de nombreux commentaires sur De Anima d'Aristote et sur la République de Platon. Il commenta aussi les écrits des premiers philosophes en terre musulmane : Al-Kindî (m. 873 ?), Ibn Sînâ (m.1037),  Al-Fârâbî (m.950).

Ses commentaires ont fait de lui le philosophe musulman le plus célèbre en Occident du XXIIème au XXVIIème siècle, et ses œuvres les plus originales dans le domaine de la philosophie sont Fasl al-Maqâl (Le Traité décisif), al-Kashf ` an manâhij al-adilla fi aqâ’id al-milla (Dévoilement des méthodes de démonstration des dogmes de la religion) et Tahâfut al-Tahâfut al-falâsifa li-l-Ghazâlî (Destruction de la Destruction des philosophes d’al-Ghazâlî). Dans les deux premiers livres, il conteste la théologie Asharite afin de souligner l'harmonie de la philosophie et de la religion, ou la raison et la foi. Dans le troisième, il attaque l’argumentation d’al-Ghazâlî (m.1111) sur la philosophie en cherchant à démontrer l’harmonie et la complémentarité entre philosophie et révélation (divine).

   En effet, Ibn Rushd, comme Al-Kindî, Al-Fârâbî et Ibn Sînâ, avant lui, ne voyait aucune discordance entre la religion et la philosophie. Il soutenait que la philosophie et la religion étaient capables de conduire l'humanité à la vérité. Il est intéressant, contrairement à d'autres philosophes, de constater qu’Ibn Rushd reconnait la validité et la place de la prophétie. Il croyait aussi que la charia, dérivée de la prophétie, était nettement supérieure au nomos (lois) dérivés de la raison.
Statue d'Averroès à Cordoue
Statue d'Averroès à Cordoue

Son approche de la connaissance…

   Ibn Rushd a identifié trois méthodes de la connaissance. Le burhân (méthode de démonstration logique) constitue la méthode la plus supérieure. Une méthode que seul le philosophe serait capable d'employer. Le second est le jadal (dialectique). Jadal, selon Ibn Rushd, est la méthode utilisée par les théologiens. Et enfin la dernière est l'art de la khatabah (la rhétorique, la sophistique et la persuasion). Cette méthode, selon lui, devait être employée pour s'adresser à la masse.

Le philosophe de la convergence…

   Ibn Rushd représente une convergence unique de la philosophie, de la religion, de la science et de la loi. Durant plus de quatre décennies, il fut un éminent juge à al-Andalus, pas seulement un praticien majeur de la loi malikite mais un remarquable érudit de la jurisprudence islamique. Et en tant que médecin de la cour et auteur du célèbre ouvrage al-kullîyât fî-l-tibb (Livre des généralités de la médecine), connu et largement utilisé dans les écoles de médecine en Occident, il fut aussi un éminent médecin de son temps et pour des générations postérieures.

Ibn Rushd interprète l’injonction coranique à réfléchir et à observer les signes de Dieu comme une invitation à philosopher. Croyant au fait que la méthodologie des théologiens n'était pas suffisante pour élucider la loi divine, il a tenu à souligner cette nécessité religieuse de la philosophie. Concilier la philosophie et la religion était en réalité une déconstruction des oppositions établies par les asharites entre ces deux domaines. Il a pu montrer que les éléments de la philosophie aristotélicienne et platonicienne que les asharites jugeaient non islamiques étaient en effet, dans le domaine de la liberté de pensée, reconnus et validés par la voie (sharia) islamique.

Réanimer l’esprit d’Ibn Rushd : philosophe-roi ou roi parmi les philosophes...

Malheureusement, cette invitation d’Ibn Rushd à philosopher restera sans réponse. Et l’une des conséquences malheureuses de la faiblesse de la philosophie dans le monde musulman a été la stagnation des sciences islamiques.
Incapable de relever le défi intellectuel de la philosophie moderne, la théologie islamique enregistre un retard croissant et le besoin urgent d’un renouveau n’est plus à démontrer.
 La philosophie islamique a été un moteur majeur dans le développement de la théologie et du fiqh. Et les débats entre Al-Ghazâlî et Ibn Rushd constituent des grandes étapes de l'évolution générale de la pensée islamique. Il est peut-être temps de se souvenir de ces débats et contributions d'Ibn Rushd à la pensée islamique et à poursuivre son effort.
Il a enrichi le discours et la pensée islamiques à travers ses écrits sur le droit et ses débats avec les théologiens. Il a également enrichi et transformé la théologie chrétienne par le biais de Thomas d’Aquin et la théologie juive à travers Maïmonide. Nous avons besoin de raviver l'esprit d'Ibn Rushd à nouveau et la vitalité de la pensée islamique.

Même si nous déplorons le fait que Ibn Rushd n'a pas eu un grand impact sur la pensée islamique, nous pouvons nous souvenir avec fierté et responsabilité de son rôle dans le débat le plus fascinant entre la philosophie et la théologie. Ce débat demeure une partie intégrante du développement de la pensée islamique. Nous concluons en rappelant que de grands savants comme Ibn Rushd sont des joyaux non seulement dans le patrimoine de l'islam mais aussi dans l'héritage de la civilisation mondiale. Ibn Rushd peut ne pas avoir été un philosophe-roi, mais il était en effet un roi parmi les philosophes. 





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