Les cahiers de l'Islam
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Mardi 30 Septembre 2014

ROY Olivier, Généalogie de l’islamisme



Une publication en partenariat avec IESR - Institut européen en sciences des religions (EPHE, Sorbonne).

ROY Olivier, Généalogie de l’islamisme


ROY Olivier, Généalogie de l’islamisme, 2e éd., Paris, Hachette Littératures, coll. Pluriel, 2001, 119 p.

Dans sa préface éditée à la suite des événements du 11 septembre 2001, l’auteur définit l’islamisme comme un projet idéologique qui souhaite construire « un système politique totalisant qui gèrerait tous les aspects de la société et de l’économie, en s’appuyant sur les seuls fondements de l’Islam » (p. 7). Accédant au pouvoir établi ou prenant part à l’opposition, les mouvements islamistes adhèrent à une logique nationaliste et politicienne qui affaiblit leur idéologie et conduit à l’échec de leur projet (voir L’islam mondialisé de O. Roy).

Suite à la préface de l’auteur, l’introduction d’Olivier Mongin énonce et tente de répondre à la problématique de l’ouvrage : « L’islam est-il condamné à se radicaliser ? » ; « L’islam peut-il s’accorder au monde moderne ? » ; « le radicalisme islamique sera-t-il à l’origine d’une modernité post-démocratique ? » (p. 16-18).

L’ouvrage comprend trois parties. La première est une étude approfondie du radicalisme islamique. Datant des années 1920 et 1930, le fondamentalisme, véritable retour aux « seuls textes fondateurs » de la religion, s’accompagne d’un désir anticolonial (p. 29) (voir L’islam en dissidence, genèse d’un affrontement de G. Martinez-Groset L. Valensi). D’abord, le fondamentalisme traditionaliste sunnite qui admet les autorités établies, mais requiert le respect de la sharî’a (comme l’université d’Al-Azhar, au Caire) ; ensuite, la radicalisation du chiisme iranien dans les années 1960 et 1970 ; puis, le hanbalisme, la plus rigoureuse des quatre grandes écoles juridiques sunnites ; enfin, le wahhabisme qui prône l’unicité de Dieu et récuse le « principe d’intercession (des saints) » (p. 36).

De plus, l’auteur expose les différents mouvements islamistes contemporains qui récusent les oulémas traditionnels. Leur idéologie aspire à la création d’une société et d’un pouvoir islamiques. Ils se réfèrent à la shûrâh, et adoptent l’idjtihâd.
Les pères fondateurs des mouvements islamistes sunnites sont :

  • Hassan al-Bannâ (1906-1949), Égyptien, fonde en 1928 l’association des Frères musulmans, devenue « mouvement politique » (p. 38) ;
  • Abu Ala Maududi (1903-1979). Né dans le sous-continent indien et plus radical qu’al-Bannâ, il fonde en 1941 le Jama’at-i Islami, plus élitiste que les Frères musulmans.
En outre, l’auteur examine les concepts de deux penseurs radicaux : d’abord, celui de Sayyid Qotb (voir L’islam et l’État, au milieu du XIII e siècle de P. Vatikiotis), Frère musulman égyptien et « inspirateur des mouvements extrémistes sunnites » , préconise la rupture avec l’ordre existant et le djîhâd (p. 58) (voir Les fabriques du jihad sous la dir. de J.-L. Marret) ; puis, celui de l’ayatollah Khomeyni qui prône le concept de la velayat-i fâqih. Il est question de la « seule théorie authentique d’une théocratie dans le monde musulman » (p. 61).

De surcroît, l’auteur observe les divers mouvements extrémistes musulmans. Plus violents que les mouvements islamistes, ils ont pour but la « ré-islamisation » des sociétés musulmanes jugées trop occidentalisées (p. 83). D’abord, les mouvements chiites, tels que le parti Hizb al-Da’wat (Irak) ; le mouvement Hezbollah (Liban) ; le parti Hizb-i Wahdat (Afghanistan) ; puis, les mouvements sunnites, tels que le groupe Takfîr wal-Hijra (Égypte) ; le mouvement de l’unité islamique (Liban) ; l’OLP du palestinien Yasser Arafat ; le FIS (Algérie) ; etc.

Dans sa deuxième partie, l’auteur analyse la question de l’internationale islamique et montre que les aires culturelles de l’islamisme (la révolution islamique en Iran ; les Frères musulmans en Égypte) demeurent relativement cloisonnées et centralisées. Aussi, note-t-il l’impact « avant tout culturel » des internationales néo-fondamentalistes (l’association Tablîgh en Inde ; la Ligue islamique mondiale en Arabie) (p. 93). En définitive, les préoccupations des mouvements islamistes sont souvent nationales, voire nationalistes.

La troisième partie aborde le sujet du « mythe de la menace islamique » (p. 111). L’auteur dénonce la confusion faite en Occident entre islam et islamisme. De même, il considère que l’islamisme peut se modérer et s’intégrer dans le « jeu politique » (comme par exemple en Turquie, en Jordanie, au Maroc, etc.) (p. 118) (voir L’islamisme politique de A. Lamchichi).

Points forts
  • Une préface inédite, rédigée par Olivier Roy en novembre 2001, qui met à jour l’ouvrage et aide à comprendre le contexte international après les attentats du 11 septembre.
  • Un inventaire exhaustif des mouvements islamistes sunnites et chiites dans le monde musulman, retraçant l’historique ou la « généalogie » de chaque mouvement, et présentant leurs principaux courants contemporains.




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