Les cahiers de l'Islam
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Boubakari Mawoune
Boubakari Mawoune est titulaire d’un Doctorat/Ph.D. en Histoire, option : histoire politique et... En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 9 Mai 2018

Pèlerinage musulman, commerce et investissements dans le bassin du Lac Tchad : cas du Nord-Cameroun



Lac Yoa (Tchad)
Lac Yoa (Tchad)


Par le Dr Boubakari Mawoune,  Département d'Histoire, Université  de Ngaoundéré (Cameroun). 

Résumé 

Cette contribution aborde la problématique de l’impact du pèlerinage musulman sur les échanges commerciaux afro-arabes et les investissements dans le bassin du Lac Tchad. Le voyage à La Mecque est l’un des facteurs de la diffusion des idées, de la culture islamique et des biens entre l’Afrique subsaharienne et le monde arabe. Depuis la période précoloniale, les routes transsahariennes ont facilité l’expansion de l’Islam grâce au développement du commerce et des déplacements en Arabie Saoudite. Ces échanges multidimensionnels ont été développés par les royaumes et les empires du Soudan Occidental et Central. L’influence de ces États précoloniaux dans le bassin du Lac Tchad a impliqué le Nord-Cameroun, dès le XIIIè siècle, dans les réseaux du commerce et des voyages aux Lieux Saints de l’Islam. Avec L’expansion coloniale européenne à la fin du XIXè siècle, les relations afro-arabes ont été affaiblies par la politique coloniale musulmane qui contrôlait les activités religieuses islamiques. Cette politique a réduit les échanges commerciaux et les déplacements des pèlerins vers La Mecque. Cependant, au lendemain des indépendances des pays du bassin du Lac Tchad, de nouveaux acteurs et de nouvelles modalités d’organisation des déplacements des pèlerins favorisent la reprise des relations commerciales entre le Nord-Cameroun et l’espace géopolitique du Golfe persique. Si cette reprise fut timide au cours des années 1970 et 1980, elle a été amplifiée entre 1990 et 2010 grâce à l’ouverture démocratique, à la libéralisation économique et à l’intensification des flux des pèlerins qui instrumentalisent le voyage à La Mecque pour pratiquer le commerce, accumuler et assurer des investissements et le développement dans plusieurs domaines socioéconomiques au Nord-Cameroun.

Mots clés : pèlerinage musulman, relations afro-arabes, commerce, investissements, développement, monde arabe, bassin du Lac Tchad, Nord-Cameroun.


 
Pèlerinage musulman, commerce et investissements dans le bassin du Lac Tchad : cas du Nord-Cameroun (1)

Introduction

L’étude du pèlerinage qu’aborde cette contribution soulève la problématique des relations afro-arabes et leurs enjeux économiques. En effet, les pays d’Afrique noire au sud du Sahara et les États arabes de l’Afrique du nord et d’Asie entretiennent des relations multiformes, complexes, variées aux enjeux divers depuis le VIIè siècle. Ces relations sont celles des échanges économiques facilités par le commerce transsaharien ; celles de la solidarité politique à travers les luttes pour l’indépendance, celles de la diffusion et des échanges culturels grâce à l’expansion de l’Islam.

Quatre principaux facteurs ont joué un rôle déterminant dans le maintien et la pérennisation de ces relations. Il s’agit de l’Islam, de la langue arabe, du commerce et du pèlerinage. Le pèlerinage en tant que cinquième piliers de l’islam a été et reste encore un facteur primordial dans les relations entre les Africains subsahariens et les populations de l’espace géopolitique arabe. Il est un phénomène polymorphe et surtout un fait religieux multidimensionnel dans les contacts afro-arabes. Au-delà de sa dimension purement religieuse, le pèlerinage engendre des effets politiques, sociaux, culturels et économiques notoires. Au cours des périodes précoloniale, coloniale et postcoloniale, le pèlerinage et le commerce ont toujours été associés pour vivifier les relations entre les Arabes et les populations africaines au sud du Sahara. Cette combinaison du pèlerinage aux activités commerciales est expérimentée par les populations musulmanes du bassin du Lac Tchad, tout au long de l’histoire de leur contact avec le monde arabo-musulman.

Dans la géographie et la géopolitique de l’Islam, le Nord-Cameroun fait partie des espaces sahéliens traversés par le mouvement d’islamisation et le commerce transsaharien. Bien avant le XVè siècle, la partie septentrionale du Cameroun est entrée en contact avec le monde arabe grâce à ses relations commerciales avec les royaumes des abords du Lac Tchad. Cette région a contribué à l’alimentation de l’ancien réseau (2) du commerce transsaharien à l’époque précoloniale, dominée par l’expansion de l’Islam et le développement des échanges commerciaux. Le commerce organisé sous-couvert du pèlerinage s’appuyait sur des stratégies et des acteurs divers. Mais, il fut désorganisé et désorienté par l’arrivée et l’implantation des puissances coloniales européennes. Cette nouvelle donne a motivé les commerçants et les pèlerins à chercher des voies alternatives pour contourner l’administration coloniale et s’adapter au nouveau contexte afin de pérenniser les contacts avec leurs coreligionnaires du monde arabe. La tentative de rupture provoquée par la colonisation, par la mise sur pied d’un système d’organisation et de contrôle de cette activité, n’a pas mis fin aux relations entre les musulmans du Nord-Cameroun et les populations arabes dans la mesure où ces relations afro-arabes ont été reprises au lendemain des indépendances, grâce aux voyages à La Mecque, à l’intensification des relations commerciales avec le monde arabo-musulman de l’Afrique du Nord et du Golfe persique.

L’objectif de la présente étude est de comprendre, dans une perspective historique, le rôle du pèlerinage dans l’entretien des relations commerciales entre le Nord-Cameroun et le monde arabe ; les stratégies du commerce et les secteurs d’investissement et de réinvestissement des revenus issus des activités liées à l’organisation des déplacements des pèlerins dans la partie septentrionale du Cameroun. Cette étude analyse d’abord les rapports entre les voyages du pèlerinage et les activités commerciales inscrits dans le contexte du commerce transsaharien. Ensuite, elle examine la politique coloniale marquée par la volonté d’organiser, de contrôler cette activité religieuse et de réduire les flux commerciaux avec le monde arabe. En outre, elle analyse les nouvelles modalités du déplacement des pèlerins et le développement du commerce entre le Nord-Cameroun et le Golfe persique avec l’avènement de l’indépendance. Enfin, il est question de voir comment l’ouverture démocratique et la libéralisation ont amplifié le commerce grâce à l’instrumentalisation de ce périple musulman.
 

1) Pèlerinage dans le contexte du commerce transsaharien

Caravane de chameaux. Charles Theodore (1855)
Caravane de chameaux. Charles Theodore (1855)
Le pèlerinage des musulmans d’Afrique subsaharienne à La Mecque est un phénomène ancien qui a très tôt été associé au commerce dans le contexte des échanges transsahariens. Ce commerce, effectué à travers le désert, était pratiqué par l’entremise des empires précoloniaux du Soudan Occidental et des royaumes et empires des abords du Lac Tchad.

1.1. Acteurs, stratégies et circuits du commerce et du pèlerinage à l’époque précoloniale

L’Afrique subsaharienne a connu le développement de plusieurs royaumes et empires qui se sont succédé entre le VIIIè et le XVIIIè siècle. Au Soudan Occidental (Afrique de l’Ouest), il s’agit de l’empire du Ghana (VIIIè-XIIè siècles), de l’empire du Mali (XIIè-XVè siècles), de l’empire Songhay (XIIè-XVIè siècles). Au Soudan Central, en l’occurrence dans le bassin du Lac Tchad, on peut noter l’empire Kanem-Bornou, les principautés Kotoko, le royaume Mandara (3) (Pontié 1973:251). Ces entités politiques précoloniales ont développé des civilisations guerrières, commerçantes et prospères. La traite négrière est l’une des activités de ce commerce de l’époque précoloniale. Ces activités commerciales mettaient ces empires et royaumes en relation avec les pays arabes de l’Afrique du nord tels que la Mauritanie, le Maroc, l’Algérie, la Libye, le Soudan, l’Egypte et les États du Golfe persique comme l’Arabie Saoudite. Deux facteurs majeurs ont joué un rôle déterminant dans le développement de ces relations commerciales afro-arabes : il s’agit de la diffusion de l’islam et des déplacements pour le pèlerinage à La Mecque.
 
En effet, Après la prise d’Aoudaghost en 1054 et du Ghana en 1076 par les Almoravides musulmans et l’islamisation élitiste au sein des empires précoloniaux d’Afrique, Tombouctou devient une métropole commerciale et religieuse musulmane réputée et de renommée internationale. Bien d’autres cités commerciales telles que Djenné, Walata, Gao, Kumbi Saleh, Aoudaghost, Agadès, Teghazza etc. ont vu le jour et se sont développé dans le Soudan Occidental. Ces nouvelles cités participaient au commerce avec le monde arabe. Dès lors, cette transaction transsaharienne devient désormais interdépendante de la foi islamique. (4) C’est ainsi que l’accomplissement du pèlerinage s’associe aux activités commerciales initiées depuis le VIIIè siècle. (5) Ce voyage à La Mecque est illustré par les célèbres pèlerinages des souverains comme Mansa Moussa de l’empire du Mali et Askia Mohammed de l’empire Songhay. Au cours de ces pèlerinages, le roi égyptien avait proposé une coopération commerciale et politique à Mansa Moussa qui ramena de son retour quelques commerçants égyptiens intéressés par les richesses de l’Afrique subsaharienne. Askia Mohamed, quant à lui, avait ramené beaucoup d’ouvrages achetés en Egypte, au Hedjaz et en Afrique du Nord (Adamou 2005:21). Ces quelques exemples, illustrent comment la combinaison du périple religieux à La Mecque aux activités commerciales était en vogue à cette époque.

C’était un commerce très important en cette période. Les commerçants trafiquaient en provenance du sud, les esclaves, l’or, les épices, les plumes d’oiseaux, les tissus, les drogues, les céréales, la kola, le cuir, la peau, la viande séchée, les cotonnades bleues, les objets d’artisanat. En provenance de l’Afrique du nord, d’Europe y compris, les commerçants transportaient du sel, des chevaux, des dattes, des bijoux, du cuivre, de la gomme arabique, des tissus de «luxe», du sucre, du parfum, des ustensiles, des armes à feu, des perles, des bracelets, des livres, du papier etc. (Lanza 2011:3 ; Adamou 2005:25). Bien d’autres objets, monnaies et stratégies d’échanges étaient utilisés. Les plus connus sont les cauris, le dinar, le troc. Le commerce silencieux ou « à la muette» était fréquent au début de la naissance et de l’expansion des empires et royaumes dans le Soudan Occidental (6) (Cissoko 1987:229). Ces activités commerciales empruntaient plusieurs pistes et routes reliant les États subsahariens à l’Afrique du nord et au Golfe persique.

 
D’après Sékéné Mody Cissoko, des pistes transsahariennes partaient de la vallée du Niger vers l’Afrique du nord. Les principales voies fréquentées par les commerçants et les pèlerins sont entre autres: Tombouctou-Teghazza-Le Touat vers le Tafilalet et l’Ouest algérien ; Tombouctou-Walata-Tichitt-Wadane vers le Draa et le Tafilalet ; Gao-Tadmekka-Ghat vers la Libye et l’Égypte ; Gao-Tadmekka-Ghadamès vers la côte libyenne et tunisienne ; Gao-Hawsa-Kanem-Bornou vers la vallée du Nil. Le commerce transsaharien entre les XVè et XVIè siècles était surtout orienté vers le Maroc, l’Algérie et la Libye. Les mines de sel de Teghazza, les oasis du Touat, de Ghat étaient les grands relais commerciaux vers le Soudan (Cissoko1987:230).

L’analyse d’Adamou Aboubacar présente aussi quelques grands axes d’acheminement des produits du commerce transsaharien. On peut noter les routes telles que : Ghana-Fès en passant par Aoudaghost ; Tombouctou-Fès en passant parTeghazza ; Tombouctou/Gao/Agadez-Caire en passant par Fezzan ; Kano-Tunis-Tripoli en passant par Agadez, Ghat et Ghadamès ; Bornou-Tripoli en passant par Bilma et Murquz  et Bornou-Caire en passant par El Fasher (Adamou 2005:25-26).

Ces grands axes du commerce transsaharien ont été aussi abordés par Emmanuel Grégoire et Jean Schmitz (Grégoire et Schmitz 2000 :17). Ces auteurs présentent plusieurs axes empruntés par les commerçants transsahariens. Le premier est l’axe occidental qui part du sud marocain ou de la localité algérienne de Colomb-Béchar et débouche sur les rives du Niger. Un deuxième axe central emprunte la voie transsaharienne depuis Alger en traversant Ghardaïa, In Salah, Tamanrasset puis Agadès. Il se subdivise alors en deux routes : l’une menant à Niamey ou au port de Cotonou, l’autre vers le Nigéria, notamment à Kano. Un troisième axe part de Tripoli à destination de Sabha. Cet axe comprend trois ramifications : une première ramification regagne Agadès en traversant le désert du Ténéré de l’Est à l’Ouest, une deuxième rejoint le bassin du Lac Tchad en empruntant le Tibesti ou la piste qui conduit à Nguigmi puis à la région de Maïduguri au Nigeria (Grégoire et Schmitz 2000 :17). Enfin, une troisième ramification décrite par Karine Bennafla relie Sabha à Zouar, puis Faya-Largeau, Moussoro, pour aboutir à Ndjamena. Un dernier axe part de Benghazi pour atteindre l’oasis de Koufra, puis Faya-Largeau ou Abéché (Bennafla 2000, 2005).

Ces multiples axes, qui relient l’Afrique subsaharienne aux États arabes de l’Afrique du nord et du Golfe persique, servent non seulement d’artères commerciales transsahariennes, mais aussi, de chemins du pèlerinage à destination de La Mecque en Arabie Saoudite. Par ces axes, les commerçants arabes, les pèlerins et les commerçants subsahariens sillonnent le désert saharien en associant le voyage religieux aux activités commerciales. Ces réseaux routiers où les déplacements du pèlerinage se combinent aux activités commerciales ont étendu leurs ramifications jusqu’au Nord-Cameroun  avec la naissance des royaumes et empires aux abords du Lac Tchad.

Mont Cameroun (Cameroun)
Mont Cameroun (Cameroun)
1.2. Naissance des royaumes dans le bassin du Lac Tchad et implication du Nord-Cameroun dans les circuits du pèlerinage et du commerce transsaharien

Le bassin du Lac Tchad a été le théâtre de l’émergence et de l’expansion des grands royaumes et empires. Entre les IXè et XIXè siècles, plusieurs royaumes se sont développés dans cet espace géopolitique. Il s’agit des royaumes du Kanem et du Bornou qui s’étendaient du nord du Lac Tchad au plateau de Baoutchi au Nigéria et au plateau de l’Adamaoua au Cameroun. De plus, l’immigration arabe dans le bassin du Lac Tchad a favorisé l’émergence de deux autres royaumes. Ce sont les royaumes du Baguirmi né à la fin du XVIè siècle et de Wadday au début du XVIIè siècle (Coudray 1996: 22). À côté de ces entités politiques, il y avait, dans la partie sud du Lac Tchad (Nord-Cameroun), les principautés Kotoko, le royaume du Mandara (Ngoh 1990:6) et, plus à l’intérieur du Cameroun, les chefferies Guiziga (Pontié 1973:251).

Trois remarques retiennent l’attention dans l’analyse de l’histoire de ces entités politiques autour du Lac Tchad. Premièrement, du milieu du XIIIè siècle jusqu’au milieu du XVIè siècle, l’empire du Kanem-Bornou a établi une domination sur l’ensemble des royaumes du bassin du Lac Tchad. Au Tchad on peut citer les royaumes du Baguirmi et du Wadday ; tandis qu’au Nord-Cameroun on peut noter le royaume du Mandara et les chefferies guiziga. Il exerçait aussi sa suzeraineté sur les oasis du Fezzan (Bennafla 2005:194). Deuxièmement, l’activité économique qui liait ces différentes entités politiques est le commerce des esclaves et des matières précieuses telles que l’or, l’ivoire, les plumes d’Autriche. Les principaux groupes de commerçants, en majoritéd’origine étrangère, qui exerçaient leurs activités à partir des centres urbains tels qu’Abéché, capitale du Wadday, et Massenia, capitale du Baguirmi, sont entre autres les Haoussas, les Kanuri, les Fezzanais et les Jellaba (Arditi 1993:176). Troisièmement, après l’islamisation des souverains des royaumes du Kanem, du Bornou et du Baguirmi entre les XIè et XVIIè siècles, leurs systèmes politique et économique ont été orientés vers La Mecque et entrent dans les systèmes politique et économique du monde arabe (Bwele 1981:29).  

Par ailleurs, la situation géographique de l’empire du Kanem-Bornou à l’intersection des deux plus grandes voies commerciales de l’Afrique de l’Ouest et sa domination dans la sous-région permettait de contrôler aussi bien les échanges nord-sud (Ifriqiya-Tripoli-Kanem-Bornou) que les échanges Est-Ouest (Egypte-Ghana-Mali-Songhay) (Dierk 1987:277). Cette position stratégique du Kanem-Bornou autour du Lac Tchad, associé à l’introduction de l’islam et à la pratique du commerce des esclaves, faisait de cet empire un passage privilégié pour les commerçants et les pèlerins de l’Afrique de l’Ouest. Selon Dierk Lange, seuls les commerçants qui traitaient directement avec les pays du Maghreb pouvaient éviter le Fezzan en empruntant la piste qui passe par Djalo et le Tassili. La sécurité sur l’axe caravanier nord-sud et le contrôle des gîtes d’étape constituaient à cet effet l’un des objectifs primordiaux des rois du Kanem-Bornou. (Dierk 1987:278).

Cette activité de contrôle des routes du commerce transsaharien était associée aux voyages à La Mecque. En témoigne le pèlerinage effectué par le deuxième roi des Sefuwa, Dunama Ben ; celui de Hummay, le fondateur de la dynastie des Sefuwa ; le pèlerinage d’Ibrahim Ben Bir et d’Idris Ben Ibrahim entre la fin du XIIIè et le XIVè siècle (Dierk 1987:281). La  fondation d’une madrasa au Caire par le sultan du Kanem, vers 1242, dont l’objectif était de loger ses sujets en route pour le pèlerinage (Coudray 1996:21), s’inscrit dans la logique de la promotion du pèlerinage et des relations religieuses et commerciales avec le monde arabe. Jusqu’au XVIIIè siècle, les routes du voyage à La Mecque les plus empruntées furent celles ouvertes au nord, en particulier la Darb Al-Arba’in de Kobbe (El-Fasher) à Assyout. La route Ouest-Est, à travers la savane soudanaise, connue dès le XVIIè siècle, est véritablement ouverte après la conquête du Kordofan en 1750 par le sultan du Darfour, Mohammad Teyrab (1752-1785) (Delmet 1994:474).

Dans ce contexte de l’émergence et de la domination de l’empire Kanem-Bornou sur les États voisins, où le contrôle des routes du commerce avec le Golfe persique et les déplacements du pèlerinage étaient des objectifs nobles des rois du Kanem, les principautés Kotoko, le royaume du Mandara et autres chefferies du Nord-Cameroun, constituaient des territoires de recherche des « matières premières ». Ces matières premières sont constituées d’esclaves et d’autres produits du sahel.
Malgré l’islamisation limitée en pays mandara et kotoko, le Nord-Cameroun est entré, bien avant le XVè siècle, dans le réseau du commerce avec le monde arabe en général et l’Arabie Saoudite en particulier à travers l’empire du Kanem-Bornou. Ceci s’explique par l’influence exercée par les courants commerciaux qui traversaient le Sahara et les sociétés de la savane dès le début du XVè siècle (Arditi 1993:179).

Cette influence des courants commerciaux transsahariens et de l’empire du Kanem-Bornou a été perturbée par la colonisation européenne au cours du XXè siècle. L’expansion coloniale occidentale a créé un contexte nouveau caractérisé par la balkanisation des États qui se sont développés aux abords du Lac Tchad. L’installation du pouvoir colonial européen a aussi favorisé la réorientation du sens des flux commerciaux et des déplacements des pèlerins entre le Maghreb, le Golfe persique et l’Afrique au sud du Sahara. Cette volonté de la puissance occidentale a déstabilisé les relations afro-arabes ; elle a aussi considérablement affaibli les mobilités pèlerines et le commerce transsaharien au profit du commerce transatlantique organisé par ces puissances coloniales européennes.

2) Pèlerinage, commerce et politique coloniale

La Mecque. Illustration de Louis-Nicolas de Lespinasse (1787)
La Mecque. Illustration de Louis-Nicolas de Lespinasse (1787)
L’arrivée et l’expansion des puissances coloniales dans le bassin du Lac Tchad ouvrent une nouvelle page dans l’histoire des relations commerciales et religieuses entre les pays arabes de l’Afrique du nord, du Golfe persique et les États d’Afrique subsaharienne. Effet, à en croire Lanza Nazarena, la colonisation a perturbé le commerce africain et transsaharien, non seulement en l’adaptant aux exigences des économies occidentales, mais aussi et surtout en réorientant les axes du commerce et en contrôlant les déplacements des pèlerins vers La Mecque (Lanza 2011:3).
 
2.1. Pouvoir colonial et réorientation des axes commerciaux
Au XIXè siècle, la compétition s’est installée entre les puissances occidentales pour le contrôle des voies commerciales maritimes et terrestres. Cette situation s’est accompagnée du développement des politiques coloniales qui visaient l’accès direct aux richesses potentielles de l’Afrique subsaharienne. Ces politiques coloniales ont entrainé des bouleversements dans l’ordre politique, économique et social régional qui existait à la veille des poussées impérialistes. Le nouvel ordre imposé par les politiques coloniales a également entrainé des mutations dans le paysage religieux et la restructuration de la géopolitique de l’Islam. Le colonisateur voulait très tôt créer une barrière entre les populations arabes et les musulmans africains au sud du Sahara unis par un système de valeurs culturelles communes. Dans ce contexte, l’administration coloniale a compris qu’il fallait maintenir ses avantages économiques dans la région. À cet effet, il ne suffisait pas seulement de dominer les populations subsahariennes, mais il s’agissait surtout de rompre leurs relations avec le monde arabo-musulman. Il fallait donc, déconnecter l’Afrique subsaharienne du monde arabe et la reconnecter à l’Océan Atlantique. (7) Ce projet machiavélique et politique nécessitait la soumission politique de tous les territoires subsahariens pour contrôler leurs échanges politiques, économiques, sociaux et religieux avec le monde arabe afin de faciliter la pénétration des Européens à l’hinterland (Penrad 2004:4). C’est ainsi que plusieurs réformes ont été entreprises dans la gestion des territoires subsahariens et des routes du commerce et du pèlerinage entre l’Afrique subsaharienne et le monde arabe.

Il s’agit tout d’abord de l’abolition de l’esclavage. En effet, la pénétration militaire française au Tchad,  allemande au Cameroun, britannique au Nigéria et la paix coloniale qui fut ensuite instaurée, marquent le début du déclin du commerce transsaharien, avec l’abolition progressive de l’esclavage. Dans les faits, l’objectif de la politique coloniale française, à la suite du congrès de Berlin de 1884-1885, qui trouve son achèvement avec la création de l’Afrique Equatoriale Française (AEF) en 1910, était de réorienter totalement l’économie et les échanges à partir des pays côtiers qui étaient déjà sous sa domination (Arditi 1993:181). Cette prise en otage des pays du bassin du Lac Tchad visait à détourner les axes du commerce international de la méditerranée vers les côtes atlantiques. Il s’agit surtout de maîtriser les mouvements des populations sahéliennes placées sous la bannière de l’Islam et dont les activités commerciales et les voyages du pèlerinage orientaient leurs ambitions vers le monde arabo-musulman (Mawoune 2010:3).

C’est ainsi que l’espace politique et économique contrôlé par le Bornou s’est trouvé, à la suite de la conférence de Berlin (1884), morcelé et réparti entre trois pays : le Nigeria, le Cameroun et le Tchad. Cette situation a été à l’origine de la coexistence de trois zones d’influence politique et économique occidentale : l’une contrôlée par la Grande-Bretagne, l’autre placée sous la domination de la France et une troisième placée sous l’hégémonie de l’Allemagne jusqu’en 1916 (Arditi 1993:182).
Ensuite, pour prévenir la concurrence commerciale anglaise et espagnole et contrôler les échanges religieux favorables à la propagation d’idées nationalistes telles que le panislamisme et le panarabisme, l’administration coloniale française a décidé de bloquer les axes caravaniers qui relient le sud marocain à la Mauritanie. Cette stratégie de rupture des relations afro-arabes imposait des escortes aux pèlerins ou aux commerçants jusqu’à Essaouira (Lanza 2011:3).

La politique de réorientation des axes commerciaux fut matérialisée par la réalisation, à partir de 1930, des voies ferrées, par l’amélioration des voies de transport fluvial et routier et par l’aménagement des ports sur les côtes de l’Océan Atlantique. L’objectif était de faire pénétrer à l’intérieur du continent africain, par ces nouvelles voies commerciales, des marchandises européennes et d’évacuer les nouvelles productions agricoles d’AEF (café, coton, etc.) destinées aux industries de la métropole occidentale (Arditi 2003:185).

En outre, avec l’ouverture du commerce maritime atlantique, les peuples noirs, sans rompre totalement les relations transsahariennes, ont commencé à échanger et à prendre contact avec la civilisation occidentale. Les différents pouvoirs coloniaux mis en place se sont gardés de favoriser les contacts entre le Maghreb et les pays au sud du Sahara. Ils évitaient tout véritable contact entre les colonies et les opposaient les unes aux autres. C’est ainsi, par exemple, que des troupes africaines, « les fameux tirailleurs sénégalais », ont été utilisées contre les populations nord-africaines pour le maintien de l’ordre colonial (Silla 1970:36).

Par ailleurs, au début du XXè siècle, la politique coloniale de réorientation des axes commerciaux vers l’Océan Atlantique a commencé à donner des résultats positifs. En effet, les commerçants musulmans du bassin du Lac Tchad, après l’instauration de la « paix coloniale », ont abandonné progressivement le commerce des esclaves. Ce commerce a constitué pendant des siècles l’essentiel du trafic qui reliait les États du Kanem-Bornou, du Baguirmi, du Wadday, du Darfour (Arditi 1993:175-176), du Mandara, du pays kotoko et guiziga au monde musulman de la méditerranée.

Enfin, l’introduction des modèles culturels occidentaux, l’imposition de nouvelles frontières territoriales rigides sur le continent africain et surtout, le détournement des courants commerciaux vers l’Océan Atlantique, ont permis à la colonisation d’atténuer les relations afro-arabes (Bennafla 2000:67). Cependant, elle n’a pas pu interrompre les échanges religieux renouvelés chaque année à l’occasion du pèlerinage aux Lieux Saints de l’Islam, ni les relations continues avec les centres du savoir et d’influence islamique tels qu’Al-Azhar en Egypte (Penrad 2004:10). Cetteincapacité de l’administration coloniale à rompre totalement les relations afro-arabes s’est traduite, dans le bassin du Lac Tchad en général et au Nord-Cameroun en particulier, par l’émergence des pèlerins clandestins et du commerce clandestin entre les deux rives du Sahara (8) et le Golfe persique.
 

Pèlerins allant à la Mecque de Léon Belly (Musée d'Orsay, Paris)
Pèlerins allant à la Mecque de Léon Belly (Musée d'Orsay, Paris)
2.2. Politique coloniale et développement du pèlerinage et du commerce clandestins
Le pouvoir colonial, dans sa volonté de réduire les flux commerciaux entre les populations africaines et le monde arabe, afin de réorienter le commerce vers l’Océan Atlantique, a développé des voies et moyens pour réduire les mobilités humaines locales et internationales. C’est dans ce contexte que les pèlerins furent soumis à des contrôles et à des conditions rigoureuses pour l’accomplissement du pèlerinage à La Mecque.

Dès la fin de la conquête coloniale allemande, les flux des pèlerins vers La Mecque deviennent contrôlés. Les circulations des musulmans de part et d’autre des nouvelles frontières administratives issues de la partition de l’Émirat (9) de l’Adamawa (10) sont considérées comme suspectes et soumises dès lors à une surveillance plus stricte (Adama 2009:124). L’administration coloniale avait, en effet, institué des postes frontières chargés de mettre fin aux mouvements transfrontaliers. Elle avait aussi mis sur pied le système de contrôle préalable des candidats au pèlerinage, système dans lequel des enquêtes étaient ouvertes sur chaque candidat par rapport à ses activités religieuses et sur sa filiation ou non avec des confréries musulmanes anticoloniales.

En effet, tout croyant musulman qui exprime la volonté de se rendre à La Mecque doit se faire connaître longtemps à l’avance pour donner aux autorités administratives coloniales l’opportunité d’ouvrir une enquête minutieuse sur la sincérité de ses intentions, l’étendue de sa fortune, l’identité de ses accompagnateurs éventuels et l’identification des territoires à traverser. Autant des mesures préventives et dissuasives étaient prises pour décourager les musulmans qui souhaitaient sortir du territoire pour des raisons religieuses, commerciales ou pour d’autres raisons (Adama 2009:124 ; Taguem Fah 1996:).

Une autre stratégie consistait à faire effectuer aux pèlerins toutes les modalités et les formalités administratives du voyage à la capitale Yaoundé. Or du point de vue géographique, la capitale est suffisamment éloignée des régions du Nord, et l’essentiel des moyens et des systèmes de transport était détenu et contrôlé par l’administration coloniale. Cette situation rendait difficile le déplacement des pèlerins du Nord-Cameroun vers Yaoundé. De plus, l’administration coloniale a aussi institué des fiches de contrôle des pèlerins appelées fiches d’Al hadji. (11) Celles-ci servaient à l’enregistrement, aux renseignements, aux contrôles et aux enquêtes sur les activités des pèlerins avant le départ et au retour de La Mecque.

Au vue de toutes ces tracasseries administratives, toutes les conditions étaient réunies pour dissuader et décourager les pèlerins moins ambitieux et moins audacieux. Cette volonté de contrôler les déplacements des pénitents est née du souci permanent du colonisateur de rompre les relations entre l’Afrique au sud du Sahara et les idées panislamistes et panarabistes qui dominaient le monde arabe au XXè siècle et considérées comme révolutionnaires et hostiles à la domination occidentale (Taguem Fah 1996 ; Bah Thierno et Taguem Fah 1992). Cette situation, volontairement organisée par l’administration coloniale, a favorisé l’émergence de deux types de pèlerins : d’une part les pèlerins officiels et d’autre part les pèlerins clandestins.

Les pèlerins officiels sont les candidats qui acceptaient et s’engageaient à remplir les conditions du voyage à La Mecque imposées par l’administration coloniale. Ce sont pour la plupart les Lamibe loyalistes (12), les notabilités fidèles à la politique de la France, les marabouts profrançais (13), les hommes d’affaires acquis à la cause française et les simples fidèles musulmans issus des régions où l’administration coloniale observait moins d’oppositions et d’agitations politico-religieuses. Dans cet ordre d’idées, les trois régions du Nord-Cameroun étaient inégalement représentées lors des départs pour La Mecque sous administration coloniale française. C’est ainsi que les régions de l’Extrême-Nord et du Nord ont fourni moins de candidats par rapport à la région de l’Adamaoua. (14) Cette situation s’explique par le fait que ces régions moins représentées connaissaient des agitations mahdistes (15) et, à partir de 1955, les velléités pro-upécistes (16) (Taguem Fah 1996 : 100).
 

Eau bénite de Zam Zam à La Mecque.
Eau bénite de Zam Zam à La Mecque.
L’administration coloniale française a mis en place tous les moyens pour contrôler systématiquement les pèlerins officiels. Ce type de voyage au cours duquel ils sont contrôlés au départ du Nord-Cameroun et à destination en Arabie Saoudite ne favorisait pas de contacts réels avec le monde arabe pour nouer des véritables relations d’affaires. Les pèlerins étaient surveillés dans leurs gestes, leurs contacts, leurs résidences par des officiels français, jusqu’au retour dans leur pays d’origine. Il ne leur était pas permis de longs entretiens avec leurs coreligionnaires arabes (Taguem Fah 1996). Les relations commerciales étaient donc très limitées. Chaque pèlerin se contentait d’acheter juste quelques objets personnels, notamment les objets rituels comme le Coran, les chapelets, les dattes, le parfum etc.
En revanche, les musulmans qui ne voyageaient pas avec l’administration coloniale étaient considérés comme des pèlerins clandestins. La notion de « pèlerins clandestins » apparait dans le vocabulaire de l’administration coloniale française au Cameroun dans les années 1920. Cette expression apparait dans un contexte où le colonisateur français a pris en main l’organisation du pèlerinage pour mieux maîtriser le flux des pèlerins à destination de La Mecque et réduire les contacts de l’Afrique subsaharienne avec le monde arabe. Elle est employée pour désigner les musulmans « douteux » et « récalcitrants » qui esquivent stratégiquement les voies institutionnelles ou les formalités du voyage exigées par l’administration coloniale. Il s’agit des musulmans issus, pour la plupart des cas, des couches sociales modestes et paysannes. Cette catégorie de musulmans a, en général, peu de moyens financiers pour s’engager à remplir les conditions onéreuses et tracassantes de l’administration coloniale française. Elle entreprend ainsi un voyage au cours duquel, elle contourne les postes administratifs, les postes frontières en passant par des pistes de brousse afin d’échapper au contrôle de l’administration coloniale. (17) Suivant les itinéraires traditionnels, les pèlerins clandestins quittent les régions du Nord-Cameroun, Garoua, Maroua, Ngaoundéré, passent par Kousseri-Ndjamena-Abéché-El-Oubeid et arrivent au port Soudan pour atteindre l’Arabie Saoudite. Certains pèlerins de Ngaoundéré passent par la République Centrafricaine, le sud-Soudan et atteignent le Port-Soudan pour traverser la Mer Rouge et atteindre La Mecque en passant par Djeddah. (18)

Le commerce pratiqué par les pèlerins clandestins n’était pas de grande envergure. Il s’agit tout simplement d’un commerce de subsistance sans impact réel. L’essentiel des informateurs interrogés lors de nos investigations parle du commerce des produits du sahel. En effet, au cours de leur voyage, les pénitents clandestins emportent du sésame, quelques tasses d’arachides, du fonio et de la gomme arabique. Ces produits sont, non seulement destinés à la subsistance en cours de route, mais aussi à être vendus dans les villes ou les villages d’escales par lesquels ils transitent. Du retour au Nord-Cameroun, ces pèlerins ne rentrent pas avec grandes choses. La durée du parcours, la modicité de leur moyen et les gymnastiques qu’ils sont appelés à effectuer pour contourner le contrôle de l’administration coloniale n’étaient pas propices au transport d’une importante quantité de marchandises ou de bagages. Les quelques produits qu’ils importaient se résument aux chapelets, dattes, parfums et quelques litres de l’eau bénite le zem zem. Ces viatiques sont en réalité des cadeaux destinés aux membres de la famille et ne font pas l’objet d’un commerce à proprement parler. Il a fallu l’avènement des indépendances pour voir de nouvelles modalités d’organisation du pèlerinage être instaurées. Ces nouvelles modalités ont favorisé l’émergence du commerce avec les États arabes du Golfe persique.  

3) Nouvelles modalités du pèlerinage et émergence du commerce avec le Golfe persique

Monument place de l'indépendance Yaoundé
Monument place de l'indépendance Yaoundé
La fin de l’administration coloniale s’est accompagnée de l’avènement des indépendances et de l’introduction de nouvelles modalités d’organisation du pèlerinage, favorables aux déplacements massifs des musulmans, mais aussi à la pratique des activités commerciales.

3.1. Fin de l’époque coloniale et institution de nouvelles modalités du pèlerinage
À la faveur des indépendances obtenues par les colonies françaises d’Afrique noire, pour la plupart au début des années 1960, la politique coloniale musulmane, caractérisée par la rigueur, la répression et le contrôle du pèlerinage fut abolie. Progressivement, les nouvelles autorités du Cameroun, comme partout ailleurs, instaurent de nouvelles conditions de voyage à La Mecque. Aux modalités contraignantes, rigoureuses et sélectives de l’administration coloniale française, succèdent des nouvelles conditions moins exigeantes.

Cependant, dans les années 1960, le souci et l’inquiétude de voir les idées panarabistes et mahdistes se répandre au Cameroun ont hanté le nouveau gouvernement Camerounais. Au cours de cette première décennie postcoloniale, la préoccupation de contrôler le flux des pèlerins, instituée sous l’administration coloniale française, est restée constante. (19) Par contre, les deux décennies 1970-1980 et 1980-1990 sont marquées par des mutations dans l’organisation des déplacements des pèlerins au Cameroun. L’une de ces mutations est la facilité d’obtention du passeport, rendue possible par la déconcentration des services d’établissement de ce document administratif. Cette facilité d’obtention de ce document officiel de voyage s’est aussi accompagnée de la facilité d’acquisition du visa saoudien. 

Au Cameroun tout comme dans le bassin du Lac Tchad en général, plusieurs autres facteurs locaux et internationaux ont été à l’origine de ces mutations. Le principal facteur est justement l’indépendance obtenue en 1960. Sous-jacent à ce facteur, on peut noter la dissolution du Bureau des Affaires Musulmanes, organe chargé de la répression des musulmans « récalcitrants » qui contestaient l’ordre colonial (Adama 2009 :124). On compte aussi l’ouverture des lignes aériennes qui assuraient les liaisons permanentes avec Djeddah. C’est ainsi qu’on peut citer la création de Nigéria Airways en 1958, d’Air Afrique en 1961, de la CAMAIR en 1971 (20), de Toumaї Air Tchad en 2004. Les compagnies Nigériane et tchadienne constituent des voies alternatives sollicitées par les pèlerins du Nord-Cameroun. Bien d’autres éléments ont contribué à la libéralisation du pèlerinage au Cameroun et dans les pays voisins comme au Tchad et au Nigeria. L’un de ces éléments est le resserrement des relations bilatérales des pays du bassin du Lac Tchad avec les États arabes.

Au Cameroun précisément, le président Ahmadou Ahidjo avait des relations privilégiées avec le roi Fayçal et s’est rendu en pèlerinage à La Mecque en 1967 et en 1979 (Bwele 1981:299). Du côté tchadien, l’État finançait le pèlerinage de certains fidèles pour apaiser les tensions et les révoltes orchestrées par les musulmans contre le pouvoir de Garta Tombalbaye (Arditi 1993: 214). Cet appui du gouvernement au pèlerinage était aussi en vogue au Cameroun où des sièges étaient accordés à certains hauts fonctionnaires de l’État et autres notabilités ou dignitaires religieux. À cela s’ajoute la rupture des relations diplomatiques entre le Cameroun et Israël. (21) Par solidarité aux pays arabes, le Cameroun, tout comme bon nombre des États d’Afrique subsaharienne, a rompu ses relations diplomatiques avec l’État hébreux. Cet acte de solidarité politique résulte de l’invasion du Sinaï égyptien et du plateau du Golan par l’armée israélienne (Mouelle Kombi 1996: 159).

Cet ensemble de facteurs et d’actes de solidarité, manifestés dans le cadre des relations sud-sud et tiers-mondistes initiées en 1955 à la Conférence de Bandoeng, a pour conséquence la facilitation de l’accès des musulmans du Cameroun, du Nigeria et du Tchad à la péninsule arabique dans le cadre de l’accomplissement du pèlerinage, des différents échanges religieux et commerciaux. Cette situation a permis la réactivation des réseaux commerciaux précoloniaux rompus (22) par les puissances coloniales à la fin du XIXè siècle.

3.2. Pèlerinage et reprise timide du commerce dans les années 1970 et 1980
Le commerce sous-couvert du pèlerinage est un système qui fonctionne sous formes des réseaux du pèlerinage (Mawoune 2010) établis depuis la période précoloniale. Bien avant l’arrivée des premiers Européens dans le bassin du Lac Tchad à la fin du XIXè siècle, des relations religieuses et commerciales étaient déjà établies entre cet espace géopolitique et la péninsule arabique par les routes de La Mecque (Kane, Triaud 1998). Ces réseaux commerciaux se sont établis à deux niveaux, de l’époque précoloniale à la période postcoloniale : d’une part au niveau international africain, ces relations ont été établies entre les États des abords du Lac Tchad et d’autre part entre ces États et le monde arabe.

Après la rupture ou mieux l’atténuation des réseaux du commerce et du pèlerinage par l’administration coloniale, ils ont été réactivés timidement  au cours des années 1970 et 1980 par les pèlerins-commerçants. Dans les années 1960 et 1970, les transactions au sein des différents circuits commerciaux étaient effectuées sous forme de « commerce à la valise » (Bennafla 2005:196). Les pèlerins négociaient des produits destinés à l’usage personnel, les cadeaux des membres de familles et amis, mais aussi pour le commerce de petite envergure (Mawoune 2008 : 62). Au cours des années 1980, apparait sur la scène publique la personne du pèlerin-commerçant qui voyage avec une somme importante d’argent et revient de La Mecque avec une gamme variée de marchandises (biens manufacturés, tapis, voiles, bijoux, produits de beauté, boubou saoudien, hijab). Ce type de pèlerins s’est davantage développé au Tchad grâce aux taxes relativement basses prélevées par les services des douanes tchadiennes (Bennafla 1997: 883). À partir de Ndjamena, les marchandises sont écoulées vers les villes du Nord-Cameroun, du Sud et du Centre, notamment Kousseri, Maroua, Garoua, Ngaoundéré, Yaoundé, Douala et Foumban (Bennafla 2005:197). La spécificité de ces villes sur le plan religieux est la présence des communautés musulmanes.

C’est aussi au début des années 1980 que se situe la phase initiative du commerce féminin au Nord-Cameroun. À la faveur de la crise économique de la fin des années 1980, des femmes se sont engagées dans le commerce des objets féminins. (23) Les unes s’approvisionnent à Kousseri ou à Ndjamena auprès des grands négociants pèlerins, tandis que d’autres pèlerines achètent directement en Arabie saoudite (pour celles qui ont eu la possibilité de voyager à La Mecque) ou à Banki au Nigeria en opérant par des astuces de contrebande (Bakary 2008:45). Ce développement du commerce dans le bassin du Lac Tchad, motivé par les voyages du pèlerinage se comprend davantage dans les analyses de Karine Bennafla. Cette auteure explique clairement le développement du commerce occasionné par le pèlerinage dans les villes du bassin du Lac Tchad :

 
    Certains magasins affichent parfois fièrement sur des pancartes publicitaires la provenance saoudienne de leurs produits. Dans les principales villes du bassin du Lac Tchad, plusieurs commerçants interrogés confient sans ambages [qu’ils] fonctionnent avec la plate-forme de réexportation de Djeddah à l’occasion des déplacements à La Mecque. Par exemple, sur le grand marché de Maroua ([Nord]-Cameroun), un boutiquier explique profiter du pèlerinage pour se ravitailler une fois l’an en vêtements prêt-à-porter, tissus et montres : depuis 1989, il recourt à la ligne aérienne Kano-Djeddah ou Lagos-Djeddah. Les pèlerins se font quelquefois les intermédiaires de proches ou de collègues qui ne peuvent faire le voyage en terre sainte. À Garoua ([Nord]-Cameroun), un modeste vendeur de cassettes audio fabriquées en Indonésie déclare être approvisionné par un ami qui lui rapporte 2 000 cassettes à chaque retour du pèlerinage (Bennafla 2005:197).
 

Cette déclaration ne souffre d’aucune ambigüité et met en exergue le rôle du pèlerinage dans le développement du commerce entre les villes saintes d’Arabie Saoudite et le Nord-Cameroun. Elle traduit la réalité telle qu’elle est vécue dans les grandes villes du bassin du Lac Tchad, fortement islamisées et dont les ressortissants musulmans exploitent les occasions des voyages à La Mecque pour effectuer des opérations commerciales avec les milieux d’affaires du monde arabe, plus exactement des monarchies pétrolières du Golfe persique. L’intermédiation, le contournement et la recherche des voies alternatives par les aéroports des pays voisins tels que le Nigeria et le Tchad sont autant d’astuces et de stratégies utilisées pour faire fonctionner les réseaux du commerce et du pèlerinage dans le bassin du Lac Tchad.

Les réseaux commerciaux réactivés au cours des années 1960, 1970 et 1980 vont prendre une nouvelle allure à partir des années 1990 par l’intensification des flux de marchandises grâce à l’ouverture démocratique, à l’expansion du libéralisme économique et à l’accroissement des mobilités des musulmans entre le Cameroun et le monde arabe ou l’Arabie Saoudite.

 
 
 

4) Ouverture démocratique, mobilités pélerines, commerce et investissements

Carte du Cameroun.
Carte du Cameroun.
L’ouverture démocratique et l’avènement du libéralisme depuis la chute du mur de Berlin en 1989 ont favorisé la mobilité des hommes au niveau local et international. Ce libéralisme a entrainé la pluralisation (24) et la sécularisation du champ de la religion où le religieux (pèlerinage), le commerce et l’accumulation sont interdépendants. La rentabilisation des phénomènes et des faits religieux comme le pèlerinage engendre des investissements et des réinvestissements au Nord-Cameroun.  

4.1. Ouverture démocratique et mobilités pèlerines
Les années 1990 ont été déterminantes pour les mobilités humaines transnationales. La chute du communisme a provoqué le déclassement stratégique de l’Afrique par les puissances européennes. Ce nouveau contexte s’est accompagné de l’ouverture accrue des pays asiatiques en général aux États d’Afrique subsaharienne. Les pays arabes et musulmans ont profité pour renforcer leurs liens commerciaux historiques et religieux à travers les voyages du pèlerinage. Le Nord-Cameroun ayant une forte communauté musulmane n’est pas resté en marge de cette évolution. On comprend pourquoi l’effectif des candidats au pèlerinage, originaires de la partie septentrionale du Cameroun, s’est accru. Entre 1990 et 2009, malgré la faillite de la CAMAIR en 2006 (25), le nombre des pèlerins camerounais a oscillé entre 2500 et 3000 candidats. (26) Dans cet effectif, le Nord-Cameroun fourni le plus grand nombre de contingents. Ce contexte de liberté de mouvement des hommes permet d’observer un nouveau phénomène au sein de la communauté musulmane du Nord-Cameroun. Il s’agit du pèlerinage des jeunes.

            Dans la région de l’Adamaoua, les jeunes musulmans ont pris le goût d’effectuer le pèlerinage à La Mecque. Profitant des avantages naturels qui font prospérer l’élevage dans cette région, les jeunes ont la possibilité d’assurer leurs frais de transport pour le voyage aux Lieux Saints de l’Islam. Malgré le coût élevé du voyage, qui a fluctué entre 1 500 000 FCFA et 1 975 000 FCFA (27) depuis le début des années 1990, les jeunes éleveurs cette région réussissent à mobiliser d’importantes sommes d’argent pour couvrir les dépenses liées au voyage en Arabie Saoudite. C’est parmi cette figure juvénile du pèlerin que se recrutent les nouveaux-commerçants ou commerçants-pèlerins qui associent étroitement affaires et pèlerinage. Cette nouvelle catégorie de pèlerins vient ainsi gonfler l’effectif des pèlerins traditionnels que sont les hommes et les femmes d’un âge relativement avancé, animés par le seul objectif d’accomplir leur devoir religieux.

Cette mobilité de personnes, comme le montre Karine Bennafla, est facilitée par la politique du développement commercial (28) de l’Arabie Saoudite ; politique matérialisée par la baisse des coûts du transport aérien au cours de la seconde moitié du XXè siècle (Bennafla 2005:195). Ce nouveau contexte libéral a permis un glissement stratégique du religieux vers le commerce et l’accumulation.

4.2. Du religieux au commerce et à l’accumulation
Si initialement et prioritairement le pèlerinage à La Mecque est effectué pour un but religieux, depuis la fin du XXè siècle et le début du XXIè siècle, l’organisation de ce voyage au Nord-Cameroun laisse des retombées économiques considérables. Les différentes parties prenantes de l’organisation de ce voyage ont ainsi associé les activités religieuses au commerce et à l’accumulation. Dans le bassin du Lac Tchad, notamment au Niger, au Nord-Nigeria, au Nord-Cameroun et au Tchad, le pèlerinage marque un temps fort pour le négoce local et international dans la mesure où il donne l’opportunité de s’approvisionner en produits manufacturés asiatiques dans la zone franche de Djeddah. Cette conception est partagée par les hommes d’affaires musulmans du bassin du Lac Tchad. En effet, pour les hommes d’affaires du Nigeria, tout comme ceux du Tchad et du Nord-Cameroun, le pèlerinage est un symbole de la réussite économique et sociale. C’est pourquoi, s’ils partent initialement pour prier à La Mecque, ils profitent aussi pour réaliser de bonnes affaires avec les milieux commerçants saoudiens (Bennafla 2005:196). Cette nouvelle donne des relations entre les États bordant le Lac Tchad et le royaume wahhabite permet de distinguer deux grandes périodes de développement du commerce entre le Nord-Cameroun et l’Arabie Saoudite : la période du commerce à la valise des années 1970 et 1980 ; la période de libéralisme qui débute en 1990. Au cours de ces deux décennies, émergent deux catégories de pèlerins et de commerçants : d’une part les pèlerins-commerçants et d’autre part les nouveaux-commerçants ou commerçants-pèlerins (Adama 2009:131 ; Bennafla 2005:196).

Par ailleurs, toutes les activités locales liées au pèlerinage profitent aux acteurs et organisateurs du pèlerinage. Il s’agit entre autres des activités du guide de pèlerins, de l’échange de la monnaie et du transport local.

Le désengagement de l’État de certains domaines sociaux dans les années 1980 a favorisé l’émergence de nouveaux  acteurs dans le champ du religieux au Cameroun. En effet, à la faveur de la crise économique et de la libéralisation des années 1990, l’Etat a présenté son incapacité à résoudre les problèmes dans certains domaines tels que la santé, l’éducation et les activités culturelles. C’est dans ce contexte que survient la libéralisation de plusieurs secteurs socioéconomiques à l’instar de l’organisation du pèlerinage. Cette libéralisation a entrainé l’émergence de nouveaux acteurs comme des encadreurs des pèlerins encore appelés démarcheurs des pèlerins.
 
 

Boeing de la compagnie aérienne CAMAIR.
Boeing de la compagnie aérienne CAMAIR.
La fonction des encadreurs des pèlerins est devenue véritablement au Nord-Cameroun une activité lucrative. Depuis le début des années 2000, ces acteurs bénéficient au niveau local des commissions d’une valeur moyenne de 50 000 FCFA prélevée sur les frais de voyage de chaque pèlerin enregistré. Certains parmi ces intermédiaires entre pèlerins et État exploitent leur statut et la possibilité qu’ils ont de voyager régulièrement à La Mecque pour faire des affaires avec les milieux commerçants du monde arabe. L’exemple de Boubakari Bello est assez édifiant. Cet encadreur des pèlerins assure, tous les mardis et les jeudis, l’expédition des produits sahéliens (29) à partir de l’aéroport de Maroua. En retour, il reçoit aussi des courriers et des marchandises provenant de l’Arabie saoudite. En plus de sa fonction d’encadreur des pèlerins, l’intermédiation qu’il assure entre le monde arabe et les hommes d’affaires de la ville de Maroua lui génère de revenus non négligeables qui lui permettent de fructifier son capital et d’assurer des investissements dans d’autres domaines socioéconomiques.

Le secteur monétaire permet aussi d’observer les stratégies d’investissement et d’accumulation. En effet, lors de la période du hadj, des perturbations interviennent au niveau du taux de change entre le Franc CFA de l’Afrique centrale, le Naira du Nigéria, le Franc CFA de l’Afrique de l’Ouest et les autres devises. C’est ce qui ressort du constat de l’islamologue Hamadou Adama. Il écrit en effet que :

 
       Lors du pèlerinage, le taux de parité, pourtant fixe à l’intérieur de la zone CFA, se trouve perturbé par les spéculations des agents de change. Au marché parallèle, le taux de change entre les deux zones monétaires est généralement de 1200 FCFA dans la zone BEAC (30) contre 1000 FCFA dans la zone BCEAO. (31) La monnaie nigériane, le naira, compte tenu de sa convertibilité en FCFA de la BCEAO, prend également de la hauteur en gagnant 20 à 30 % de la valeur habituelle aux frontières et dans les aéroports internationaux du Cameroun (Adama 2009:135).
 

Cette spéculation monétaire est un atout exploité judicieusement par les opérateurs économiques locaux en jouant sur la convertibilité des monnaies pour se faire des juteuses affaires.

Le transport interurbain est un autre secteur qui génère aussi de profits au moment des déplacements pour le pèlerinage. Depuis le début de la faillite de la CAMAIR en 2005 (32), on assiste à la centralisation du lieu de départ des pèlerins du Nord-Cameroun à l’aéroport international de Garoua. Cette centralisation a pour conséquence le développement du transport terrestre des pèlerins des villes périphériques telles que Kousseri, Mokolo, Maroua, Guider, Figuil, Ngaoundéré, Poli, Touboro vers l’aéroport de départ à Garoua. Dans ce transport interurbain des pèlerins, interviennent les véhicules des agences de transport terrestre. Les agences qui gagnent la part importante de ce marché de transport sont Touristiques-Express et Danay-Express. Ces entreprises de transport, à capitaux détenus essentiellement par les musulmans, passent des contrats juteux avec les encadreurs des pèlerins et font de bonnes recettes au départ tout comme au retour des pèlerins au Nord-Cameroun. À côté de ces deux agences qui dominent le secteur de transport terrestre au Nord-Cameroun, d’autres de moindre envergure exploitent aussi le marché de transport des pèlerins. Il s’agit de Lux-Voyages, Mokolo-Express, Afrique-Express, Woila-Voyages, Narral-Voyages, National-Voyages etc. Si Touristique-Express et Danay-Express se limitent au transport des pèlerins des métropoles régionales et départementales, les autres agences transportent et acheminent les pèlerins dans les différentes localités les plus reculées du Nord-Cameroun. Cette rentabilisation des activités liées au hadj augmente, non seulement les recettes des agences de transport terrestre à un moment précis de l’année, mais assure aussi des investissements au Nord-Cameroun.

4.3. Modes d’investissement et de réinvestissement des revenus du pèlerinage
Les négoces effectués par les musulmans du Nord-Cameroun en Arabie Saoudite au moment du pèlerinage ou dans le monde arabe en générale génèrent des revenus substantiels aux nouveaux-commerçants. Ils bénéficient aussi à tous les acteurs économiques impliqués dans les activités liées à l’organisation du pèlerinage. Ces revenus sont investis et réinvestis dans divers domaines économiques et infrastructurels.

Les phénomènes qui traduisent les échanges commerciaux entre le Nord-Cameroun et le monde arabe, tel que souligné précédemment, sont la vente ambulante et l’émergence des boutiques spécialisées dans la livraison des produits d’origine saoudienne, arabe ou asiatique. La plupart des propriétaires de ces magasins sont des commerçants-pèlerins ou des commerçants qui profitent des occasions du pèlerinage pour se ravitailler par l’intermédiation des commerçants-pèlerins. Ces derniers tirent un bénéfice important qu’ils investissent dans d’autres secteurs d’activités.

Le premier secteur ciblé et privilégié d’investissement est celui du transport. Beaucoup d’acteurs du pèlerinage injectent le revenu issu de l’organisation du hadj ou tout simplement le revenu de leur commerce avec le monde arabe dans l’achat des motos-taxis (33) et des voitures de transport urbain et interurbain. Quelques commerçants-pèlerins rencontrés dans les principales villes du Nord-Cameroun à savoir Ngaoundéré, Garoua et Maroua se confient clairement qu’une partie de leur revenu est utilisée pour l’achat des motos au Nigeria voisin, des petites voitures de marque Corolla, Starlet ou de cars de marque Toyota Hiace. À Ngaoundéré, les Corolla assurent le transport entre le centre urbain et la ville estudiantine de Dang. Dans la région de Garoua, les Starlet relient la ville de Ngong à la localité de Touroua et les Hiace circulent entre le centre urbain de Garoua et les villes périphériques telles que Ngong, Guider, Figuil, Poli et Mayo-Oulo. Il en est de même dans la région de Maroua et de Kousseri où des Toyota Hiace desservent les petites villes des arrondissements et des départements comme Mora, Banki, Bogo, Pétté, Gazawa.

Un autre secteur où investissent les pèlerins-commerçants et les commerçants-pèlerins est le domaine informatique et électronique. La montée en puissance de l’outil informatique et le terrain qu’il gagne dans le milieu universitaire a attiré, ces dernières années, l’appétit de certains entrepreneurs du pèlerinage à y investir. Aussi bien sur le campus de l’Université de Ngaoundéré que dans la ville de Maroua, avec l’ouverture de l’ENS et de l’ISS (34), on peut identifier certains cybercafés appartenant aux commerçants-pèlerins. Aboubakar est l’un des encadreurs officiels des pèlerins basé à Maroua. Pour fructifier les commissions (35) qu’il perçoit de l’État après la collecte des fonds auprès des pèlerins, il a ouvert un cybercafé. Concomitamment, il livre aussi des ordinateurs portables appelés localement « occasion Doubaï ». Il les négocie lors de ses différents voyages à La Mecque. D’autres, par contre, investissent dans la vente des téléphones portables, des jeux vidéos, du matériel wifi, des CD Rom, des antennes paraboliques et des logiciels piratés.

Les fonds générés par les investissements opérés dans la vente des produits saoudiens, l’exploitation du domaine de transport des pèlerins, la vente du matériel informatique et la création des cybercafés sont réinvestis dans l’immobilier. Nombre des pèlerins-commerçants ou des commerçants-pèlerins ont réussi à s’offrir des maisons modernes d’habitation personnelle grâce à leurs affaires avec le monde arabe. Les exemples sont assez nombreux dans le Nord-Cameroun. Dans la ville de Kousseri, située à proximité de la ville de Ndjamena, les informations recueillies auprès des propriétaires des boutiques spécialisées dans la vente des produits asiatiques, convergent pour dire que le commerce avec Djeddah et, de plus en plus avec les Emirats Arabes-Unis, leur assure une prospérité économique dont les revenus sont réinvestis dans tous les domaines rentables, notamment dans la construction des maisons de location. Ils soulignent justement l’importance du réseau de pèlerinage dans cette prospérité économique. Depuis 2009, l’ouverture de l’Université de Maroua a mobilisé les grands Al hadji de la place, à se tailler des parcelles sur le site de la nouvelle institution universitaire, pour construire des mini-cités pouvant abriter les étudiants. Ce phénomène est plus observable sur le campus de l’Université de Ngaoundéré où, depuis sa création en 1994, des mini-cités sont construites à un rythme accéléré. Parmi les investisseurs dans ces locations estudiantines, figurent les Al hadji d’affaires qui tirent un profit considérable de leurs relations commerciales avec l’Arabie Saoudite et le Golfe persique.

Les Al hadji n’investissent pas que dans l’immobilier. Une autre catégorie réinvesti les revenus du commerce avec le monde arabe dans le domaine agro-pastoral. Cette catégorie est constituée des anciens Al hadji, des pèlerins-commerçants, des commerçants-pèlerins et même des encadreurs des pèlerins. Il s’agit en réalité des pèlerins qui investissent dans l’engraissement des bovins. Ceux-ci ravitaillent en bovins le Nigeria voisin, mais aussi le sud-Cameroun. Al hadji Madi Bouba, Al hadji Garba, Al hadji Madi Koolédjo et bien d’autres font partie de ceux qui ravitaillent la ville de Mubi en bétail. Ceux de la trame d’Al hadji Bagaroua réinvestissent leurs revenus du pèlerinage dans le stockage des arachides qu’ils acheminent vers les capitales politique et économique du Cameroun, à savoir Yaoundé et Douala.
place à chaque guide officiel des pèlerins ayant atteint le quota fixé par l’administration.
 

Conclusion

La problématique du pèlerinage et de ses connexions avec le commerce et l’investissement permet de comprendre et d’évaluer son impact sur l’économie au Nord-Cameroun et dans le bassin du Lac Tchad en général. L’analyse diachronique tout au long de ce travail montre clairement l’imbrication des activités commerciales et du pèlerinage dans le temps et dans l’espace. Depuis la période précoloniale, le pèlerinage et le commerce ont été conjointement pratiqués dans le cadre du commerce transsaharien, activé par les grands commerçants des royaumes et empires précoloniaux de l’Afrique de l’Ouest (36) mais aussi par ceux des entités politiques traditionnelles des abords du Lac Tchad. Cette entrée des royaumes bordant le Lac Tchad dans le circuit du commerce afro-arabe transsaharien a impliqué inéluctablement le Nord-Cameroun dans le réseau de l’Islam, du pèlerinage et du commerce avec le monde arabe. Dans le cadre de ces activités, plusieurs routes et pistes ont été inventoriées et permettent de comprendre les fondements historiques des relations internationales entre l’Afrique au sud du Sahara, les États arabes de l’Afrique du Nord et du Golfe persique.

Malgré cet enracinement ancien des relations afro-arabes à travers le commerce et les voyages à La Mecque, la colonisation européenne va bouleverser les circuits du commerce et du pèlerinage par son intervention en Afrique au cours de la deuxième moitié du XIXè siècle. La volonté de réorienter les axes commerciaux de la méditerranée vers l’Océan Atlantique a fait naitre, au cours de la période coloniale, les pèlerins officiels et les pèlerins clandestins. Les contraintes de voyages auxquelles sont confrontés ces deux types de pèlerins ont limité leur volonté de pratiquer le commerce et la possibilité de rentabiliser le pèlerinage, d’investir et de réinvestir au niveau local. Cependant, l’avènement des indépendances créent des conditions favorables au voyage à La Mecque. Ces facteurs entrainent la réactivation des circuits du pèlerinage et du commerce précoloniaux. L’émergence des pèlerins-commerçants et des commerçants-pèlerins est l’une des conséquences de cette réactivation qui crée une économie du hadj en stimulant plusieurs secteurs d’activités au Nord-Cameroun. L’ouverture démocratique dans les années 1990 a fait accroitre les mobilités humaines transnationales et renforcer la réactivation des réseaux du commerce et du pèlerinage. Elle inaugure aussi la période de l’intensification des échanges commerciaux entre le Nord-Cameroun et le monde arabe. Les revenus tirés des relations et des activités du pèlerinage assurent des investissements et des réinvestissements dans plusieurs domaines économiques au Nord-Cameroun. Mais, il reste que le commerce entre la partie septentrionale du Cameroun et le Golfe persique emprunte davantage la voie de l’informel. C’est pourquoi l’État devrait régulariser ces échanges afin de faire des relations afro-arabes durables et promouvoir les relations sud-sud, sans pour autant criminaliser l’État en Afrique (Bayard, Ellis et Hibou 1997).

Par le Dr Boubakari Mawoune.

 Notes et références bibliographiques

 
(1) La version initiale de cet article a été présentée à la session inaugurale de l’Institut d’Etudes Afro-arabes sur « L’économie politique changeante des relations afro-arabes », organisé par le CODESRIA du 12 au 23 Mars 2012 à Rabat au Maroc.
(2) Cette notion de réseaux commerciaux en rapport avec le pèlerinage est expliqué dans l’un de nos articles inédit, soumis au colloque international d’Oran en Algérie dont le thème général portait sur « Les territoires sahariens au XXIè siècle : développement, gouvernance et identités ».
(3) Le cas des royaumes et empires des abords du lac Tchad sera abordé dans la sous partie suivante.
(4) « Les royaumes africains médiévaux » www-zope.acstrasbourg.fr/form_Royaumes_africains.pdf? 
(5) Leçon n°6: «Regards sur l’Afrique », www.s4.e-monsite.com/37587686lecon-n-6-regards-sur-l-afrique-pdf.p.
(6) « Les royaumes africains médiévaux », www-zope.acstrasbourg.fr/form_Royaumes_africains.pdf ?, p. 3.
(7) Ce débat autour de la connexion du continent africain à la Mer Méditerranée, sa déconnexion et sa reconnexion à l’Océan Atlantique apparait dans les écrits de Samir Amin sur l’avènement du capitalisme et de la colonisation. Il a été aussi abordé par Aly Amadi Dieng lors de sa communication à la session inaugurale de l’Institut d’Etudes Afro-arabes, organisé par le CODESRIA du 12 au 23 Mars 2012 à Rabat au Maroc. Il a montré comment l’expansion du capitalisme et l’avènement de la colonisation ont déconnecté l’Afrique du monde arabe en déplaçant le centre mondial du commerce de la Mer Méditerranée vers l’Océan Atlantique.
(8) Cette expression a été inspirée par le titre de l’article d’Adamou Aboubakar qui a écrit sur Les relations entre les deux rives du Sahara du XIè au XXè siècle, Institut des Etudes Africaines, Rabat, Université Mohamed V Souissi, 2005.
(9) Vaste territoire couvrant l’actuel l’adamawa State au Nigeria et la région de l’Adamaoua au Cameroun conquis par l’expansion islamique organisé par les Peuls sous la conduite d’Ousman Dan Fodio au début du XIXè siècle.
(10) L’Adamawa connu des historiens se réfère à l’immense province de l’empire peul de Sokoto, au XIXè siècle, centrée sur sa capitale Yola, au bord de la Bénoué. Au contraire, l’Adamaoua actuel, dans son sens géographique, englobe les plateaux qui s’étendent au centre du Cameroun, de la frontière nigériane à celle de la Centrafrique. Au XIXè siècle, les Foulbé désignaient cette extension de leur empire par le vocable Fombina qui signifie « sud », tandis que les hautes terres étaient appelées tout simplement Hooseere, c’est-à-dire la montagne. A l’époque allemande, ces plateaux faisaient partie de l’hinterland camerounais en même temps que toutes les plaines du nord. L’« Adamawa » des Allemands se rapportait surtout à la région de Garoua qu’ils investirent de l’ancien rôle de Yola sur leurs possessions. Avec la délimitation de la frontière franco-anglaise, l’ancienne capitale peule Yola fut définitivement séparée de l’essentiel des territoires qu’elle contrôlait au siècle précédent. L’appellation « Adamawa » a perduré du côté nigérian, aussi bien que du côté camerounais, mais pour désigner des entités différentes de part et d’autre de la frontière. (J. Boutrais, 1993, « Adamawa » et « Adamaoua », in J. Boutrais, (éd.), Peuples et cultures de l’Adamaoua. Acte du Colloque de Ngaoundéré du14 au 16 Janvier 1992, Paris, ORSTOM, p. 7).
(11) Ce fut d’abord l’administration coloniale allemande qui institua la Deutsches Schutzgebiet Kamerun. Cette fiche de contrôle des pèlerins a été récupérée par les Français qui l’ont surnommé le fiche d’Al hadji à partir de 1916.
(12) Lamibe (sing. Lamido) sont les chefs traditionnels qui dirigent les structures politiques appelées lamidats. Avec l’arrivée de la colonisation, certains Lamibe, jaloux de leur pouvoir, se sont farouchement opposés au colonisateur. Cependant, lorsque l’administration coloniale a réussi à s’implanter, d’autres Lamibe vont finir par composer avec le nouveau maître occidental. L’administration coloniale française a trouvé en eux des Lamibe loyalistes.
(13) En effet, la présence coloniale a suscité la naissance des deux types de marabouts au sein de la communauté musulmane du Nord-Cameroun : d’une part, les marabouts anti-français dont les gestes et discours sont contraires aux aspirations et aux projets coloniaux et, d’autre part, les marabouts qui étaient au service de la France dont les discours allaient dans le sens de convaincre leurs coreligionnaires à accepter l’ordre colonial et  à y obéir.
(14) Pour les débats liés aux statistiques des pèlerins issus des différentes régions du Cameroun il est intéressant de lire la thèse de Taguem Fah G.L., 1996, « Les élites musulmanes et la politique au Cameroun de la période coloniale française à nos jours », Thèse de Doctorat 3e cycle, Université de Yaoundé.
(15) D’après Taguem Fah G. L. et Bah Thierno M., le mahdisme est une tendance mystique et eschatologique de l’islam, une école de pensée fondée sur l’attente d’un Messie. Selon la doctrine mahdiste, le monde est entré dans l’ère de tribulation ; l’islam va disparaitre de la surface du monde, parce le diable est déjà descendu sur la terre ; c’est ce qui explique la colonisation, l’affaiblissement de l’islam, les hécatombes des guerres du XXè siècle. Mais le Mahdi viendra à la fin du monde pour rétablir l’ordre, la justice et la paix ainsi que pour revitaliser la foi islamique.
(16) L’UPC (Union des Populations du Cameroun) est la première formation politique au Cameroun qui avait adopté une position radicale à l’égard de l’administration coloniale française. Banni de l’existence légale en 1955, ses leaders et ses militants étaient traqués par l’administration coloniale française. Les régions dans lesquelles ce parti est implanté sont soumises à des surveillances. 
(17) C’est ce qui ressort de l’essentiel des archives coloniales françaises que nous avons exploitées pour le compte de notre thèse de Ph.D.
(18) Certains fidèles musulmans ayant effectué le pèlerinage à pied nous ont décrit cet itinéraire du voyage à La Mecque.
(19) Le gouvernement camerounais se méfiait des grands mouvements religieux islamiques pour éviter d’affronter un deuxième problème ; puis qu’il connaissait déjà une crise politique interne, celui de la rébellion de l’UPC qui menaçait l’unité nationale du pays.
(20) http://www.cameroon.infoline « Historique et présentation de la CAMAIR », site consulté le 15 octobre 2010.
(21) En Afrique, seuls l’Afrique du Sud, le Lesotho, le Malawi et le Swaziland ont maintenu leurs relations diplomatiques avec Israël. Certains Etats avaient déjà rompu les leurs au lendemain de la « Guerre de six jours » en 1967.
(22) A propos de cette rupture créée par la colonisation en Afrique, il existe un débat sur cette question. Pour les uns, la colonisation est une rupture ; pour les autres, la colonisation est une parenthèse. Pour comprendre ce débat, il est intéressant de lire Piault, M.-H. (dir.) (1987), La Colonisation : rupture ou parenthèse?, Paris, L’Harmattan.
(23) En effet, dans les sociétés du Nord-Cameroun où l’islam et la culture peule ont fortement influencé les modes de vie, les femmes sont restées depuis longtemps à l’écart du commerce. La crise économique des années 1980 a multiplié les divorces ; les femmes divorcées  se sont senti obligées d’exercer des activités génératrices de revenus afin d’assurer leur survie, ou même de contribuer au fonctionnement du ménage (cas des femmes mariées). Dans cette logique des marchés dits de femmes et le commerce féminin se sont développés à Maroua. Pour en savoir plus lire Gassida Gaza G. et al, 2010,  « Marchés de femmes et commerce féminin à Maroua : 1955-2007 », Mémoire de DIPES II, ENS, Université de Maroua.
(24) La revue Politique Africaine a lancé un appel à contribution en 2010 sur la question de pluralisation religieuse en Afrique. Nous avons soumis, à cet effet, une proposition de résumé sur les « Associations islamiques, entrepreneurs religieux et pèlerinage musulman au Cameroun ». Cet article en cours de finalisation analyse bien l’émergence de nouveaux acteurs dans le champ public religieux et notamment dans l’organisation du pèlerinage au Cameroun.
(25) Pour comprendre l’évolution de la CAMAIR, lire « Quelques dates historiques de la CAMAIR » sur http://www.cameroo.online, 23 septembre 2008.
(26) Les hebdomadaires camerounais  comme « Le Messager », « Œil du Sahel », « Cameroon Tribune », « Le Jour » font état de l’organisation du pèlerinage et du nombre de pèlerins qui alimentent les débats à la veille de chaque édition du pèlerinage.
(27) Chaque veille du pèlerinage, des affiches publicitaires sont faites dans les espaces publics, notamment devant les mosquées. Ces affiches font une large diffusion des tarifs du voyage à La Mecque et de la répartition de la somme en différentes rubriques.
(28) Cette politique consiste en la création de la zone franche à Djeddah où les commerçants étrangers ont la possibilité d’acquérir de marchandises au prix préférentiel.
29) Il s’est abstenu de nous parler du contenu des colis qu’il expédie en Arabie Saoudite.
30) Banque des Etats de l’Afrique Centrale.
31) Banque de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest.
32) « Quelques dates historiques de la CAMAIR » sur http://www.cameroo.online, 23 septembre 2008.
(33) Pour comprendre le rôle et la place des Motos-taxi dans le fonctionnement de l’économie au Nord-Cameroun, il est intéressant de lire l’article de Sadou A., « Le taxi moto et l’insécurité urbaine dans le Nord-Cameroun, le cas de la ville de Ngaoundéré » sur http://www.ville-en-mouvement.com/taxi/.../Sadou1%20ngaoundere.pdf.
(34) Ecole Normale Supérieure et Institut Supérieur du Sahel sont des écoles de formation rattachées à l’Université de Maroua.
(35) En effet, dans les frais de voyage à La Mecque, l’Etat prélève une somme de 50 000 FCFA par pèlerins et l’attribue une place à chaque guide officiel des pèlerins ayant atteint le quota fixé par l’administration.
(36) Lire à cet effet Grégoire E. et Labazée P. (dirs.), 1993, Grands commerçants d’Afrique de l’Ouest, Paris, Karthala.
 
 
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