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Mardi 22 Mai 2018

Palestine : derrière les fronts. Entretien avec le Dr. Samah Jabr (Revue Contretemps)


Selim Nadi s’est entretenu pour Contretemps avec la Dr. Samah Jabr, psychiatre psychothérapeute et écrivaine palestinienne, pour évoquer sa trajectoire, son travail en Palestine, les rapports entre la colonisation et la psychiatrie ou encore la figure de Frantz Fanon.




Publié le 16 mai 2018
Contretemps

Pourriez-vous revenir sur votre parcours ? Dans l’une des chroniques de Derrière les fronts, vous écrivez qu’en Palestine occupée « la psychiatrie est la profession médicale la plus stigmatisée et la moins gratifiante » : pourquoi vous être tournée vers cette spécialisation ?

J’ai fait mes études de médecine en Palestine, j’étais parmi la première promotion de l’école de médecine mise en place en 1994. Pendant mes stages ici, en Palestine, j’ai rapidement remarqué le rapport entre le corps et l’esprit – j’ai, par exemple, pratiqué dans un cabinet pendant la deuxième Intifada (2001) et j’ai vu beaucoup d’hommes venus se plaindre de maux corporels après que les Israéliens leur aient refusé l’accès à leur travail et qu’ils l’aient, par conséquent, perdu. J’ai constaté que la psychiatrie est un domaine de la médecine dans lequel il y avait beaucoup de manques et, par conséquent, beaucoup de besoins. Mon père venait de la psychologie éducationnelle et je m’intéressais beaucoup à ce qu’il écrivait et aux livres qu’il avait dans sa bibliothèque.

Ce qui me fascine dans la psychiatrie et la psychologie, c’est que l’on trouve un langage universel. La compréhension du comportement humain fournit ce langage qui peut m’aider à communiquer avec les autres et à mieux les comprendre.

Venons-en à la question de la « stigmatisation » de cette discipline en Palestine. Lorsque j’ai dit à ma mère que je souhaitais me spécialiser en psychiatrie, elle m’a dit : « Nous, on voudrait que tu sois un médecin normal » (rires de Samah). Beaucoup de gens pensent comme elle : que les malades psychiatriques sont des psychotiques, qu’ils perdent leur faculté de jugement, qu’ils ont une apparence négligée… C’est un petit pourcentage des gens qui souffrent de troubles psychiatriques. Les gens ordinaires stigmatisent la psychiatrie parce qu’ils ont eux-mêmes peur de perdre leur cerveau – qui est l’organe le plus précieux, mais paradoxalement sa spécialité en médecine est moins considérée.

La psychiatrie est moins gratifiante que les autres domaines de la médecine, car les gens qui souffrent de maladies psychiatriques sont souvent appauvris par celle-ci. Ce n’est donc pas très intéressant d’un point de vue financier. La plupart des médecins préfèrent donc être chirurgiens ou dans le domaine de la gynécologie obstétrique, qui est aussi moralement gratifiante, où l’on peut voir un beau bébé, plutôt qu’en psychiatrie, où l’on voit des maladies, souvent chroniques, qui ont de graves conséquences au niveau de la personnalité et du quotient intellectuel.

Vous liez la résistance palestinienne à une sorte de remède pour les Palestiniens – l’occupation israélienne étant « incompatible avec la santé psychologique » des Palestiniens, ce qui ressort également du film « Derrière les fronts, résistances et résiliences en Palestine » qui accompagne la sortie de l’ouvrage –, qu’entendez-vous par là ?

Sans pathologiser les gens qui choisissent de ne pas s’engager dans la résistance, cette dernière apparaît comme la réaction la plus saine face à l’oppression. Il y a plusieurs réactions à une situation oppressive : résignation, capitulation, assimilation, isolement, aliénation et la résistance...

Retrouvez la suite de cet article sur le site Contretemps.
 




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