Les cahiers de l'Islam
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Dimanche 23 Juin 2019

« On se fait battre jusqu’à ce qu’on croie mourir » : le calvaire des enfants talibés au Sénégal



Confiés par leur famille à des écoles coraniques pour y recevoir un enseignement religieux, de jeunes mineurs sont obligés de mendier et souvent violentés.
Par Matteo Maillard
 

A Dakar, en avril 2016, un jeune enfant d’une école coranique (talibé) obligé de mendier pour rapporter un revenu à son marabout. SEYLLOU/AFP
A Dakar, en avril 2016, un jeune enfant d’une école coranique (talibé) obligé de mendier pour rapporter un revenu à son marabout. SEYLLOU/AFP
Dans les rues de Dakar, ils sont une présence que l’habitude a rendue invisible. En haillons, la peau boursouflée par la gale, une boîte de concentré de tomates vide aux pieds pour recueillir l’aumône, ils sont les « talibés », ces enfants mendiants affiliés pour la plupart à une daara, une pension coranique.

Si le phénomène est connu du public, les conditions de vie de ces enfants le sont moins. Afin de poser un diagnostic, Human Rights Watch (HRW) et la Plateforme pour la promotion et la protection des droits humains (PPDH) ont enquêté dans 22 daaras et dans 13 centres d’accueil pendant plusieurs semaines, interviewé plus de 150 témoins : 88 talibés ou anciens talibés, 23 maîtres coraniques et de nombreux travailleurs sociaux, experts de la protection de l’enfance et agents du gouvernement, dans quatre régions du Sénégal. Le rapport de 81 pages, intitulé « “Il y a une souffrance énorme” : graves abus contre des enfants talibés au Sénégal » et révélé mardi 11 juin, fait le constat effroyable de dizaines de sévices subis par de très jeunes mineurs et perpétrés par des maîtres coraniques (marabouts) ou leurs assistants en 2017 et 2018.

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D’après les données récoltées par HRW, il y aurait plus de 100 000 talibés en école coranique au Sénégal, obligés par leur maître de mendier pour récolter de l’argent et des vivres telles du sucre, du riz ou du pain. Pourtant, il ne faut pas non plus généraliser et toutes les daaras n’exploitent pas leurs talibés. « C’est un phénomène très complexe, tient à préciser Lauren Seibert. Il y a différents niveaux de négligence. Si l’on a vu certains marabouts forcer leurs élèves à la mendicité ou les battre, d’autres faisaient ce qu’ils pouvaient, malgré leur misère, pour offrir aux enfants des conditions de vie et d’études décentes. »

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Au Sénégal, recruter des enfants à des fins d’« exploitation de la mendicité » est un crime. Mais les peines « sont souvent réduites », avance Lauren Seibert. Elle donne l’exemple de ce maître coranique de Saint-Louis condamné en février à deux ans de prison pour « coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner », après avoir battu un enfant.
 
L’ONG suggère plusieurs recommandations à l’Etat sénégalais pour renforcer son arsenal juridique. Aux yeux de HRW, « il faut voter une loi sur le statut des daaras afin d’établir des standards officiels de sécurité et de santé, appuie-t-elle. Aujourd’hui, les milliers de daaras du Sénégal ne sont astreintes à aucune réglementation. Il y a très peu d’inspections et d’arrestations suite à des cas de maltraitance. Du fait de lois peu claires et pas suffisamment appliquées. »
 
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