Les cahiers de l'Islam
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Samedi 27 Mars 2021

Qu'est ce que le salafisme ? Azmi Bishara



Le salafisme, l’un des courants les plus médiatisés de l’Islam,s’est tragiquement imposé au monde entier. Cette nébuleuse inspire autant de noms, de concepts et de groupes parfois difficiles à distinguer : wahhabisme, quiétisme, jihadisme, al-Qaïda, Etat islamique… La liberté de ton et l’érudition d’Azmi Bishara font découvrir dans cet essai de philosophie politique, les fondamentaux et les enjeux de ce courant de pensée qui prône le retour aumode de vie des « pieux ancêtres ». S’appuyant sur les écrits des intellectuels orientaux, allant du XIIe siècle jusqu’aujourd’hui, l’auteur plaide pour une mise en dialogue des penseurs des deux côtés de la Méditerranée.

 

Qu'est ce que le salafisme ? Azmi Bishara
Broché: 303 pages
Editeur :
Orients Editions; 1er édition (19 mars 2021)
Langue : Français
ISBN-13:
979-1093315218

Sur l'auteur

Qu'est ce que le salafisme ? Azmi Bishara
Azmi Bishara, palestinien, ancien membre de la Knesset, docteur en philosophie, est l’un des plus grands intellectuels arabes contemporains.

Ses analyses ont marqué et inspiré les printemps arabes. Il vit actuellement au Qatar où il dirige l’un des principaux centres de recherches arabes en sciences sociales: le Centre arabe de recherche et d'études politiques (CAREP).

 
L'utopie salvatrice religieuse "projette sur le passé ce qui n'a jamais été, absorbe ce qui est dans une conception de ce qui n'est pas, et appréhende l'avenir à travers une acceptation qui ne sera jamais."
FRITZ AUGUST VOIGHT

Première préface

Qu'est ce que le salafisme ? Azmi Bishara
    Par Henry Laurens
    Titulaire de la chaire d'Histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France
 
    Azmi Bishara est né en 1956 à Nazareth. Il appartient à la catégorie des « Arabes de 1948 ». La ville de Nazareth étant un lieu saint chrétien, l’armée israélienne l’a traitée avec ménagement et sa population a été augmentée de nombreux réfugiés des villages voisins détruits volontairement par les conquérants. Nazareth est ainsi devenue la ville arabe la plus importante d’Israël. Cette population arabe a été mise sous régime militaire (sorte de loi martiale permanente) jusqu’en 1966. Le Parti communiste Maki, au recrutement judéo-arabe et non-sioniste, se trouve alors être la principale force politique autorisée et il encadre largement la société arabe de Galilée.
   
     Jusqu’en 1967, les Arabes de 1948, coupés du monde arabe, sont conduits à se définir comme avant tout des « Arabes israéliens ». Une bonne partie d’entre eux votait plus ou moins contraint pour les partis de gauche israéliens. La guerre de 1967 démontre au jeune Azmi Bishara la pérennité de l’État d’Israël et lui fait en même temps découvrir d’autres Palestiniens, ceux des territoires occupés. Paradoxalement, la conquête israélienne réunifie en partie le peuple palestinien tandis que des partis politiques proprement arabes peuvent se constituer.

    Durant ses études secondaires, Azmi Bishara milite tout naturellement chez les jeunes communistes. En 1974, il commence ses études supérieures à l’université d’Haïfa puis les continue à l’université hébraïque de Jérusalem. En 1980, comme beaucoup d’Arabes israéliens, il bénéficie d’une bourse pour étudier de l’autre côté du rideau de fer. Pendant six ans, il fait ses études doctorales en philosophie à l’université Humboldt de Berlin en Allemagne de l’Est et obtient en 1986 une mention d’excellence pour sa thèse intitulée « La logique et historique dans l’approche de recherche, poursuivie dans le livre Le Capital de Karl Marx ».

     À son retour d’Allemagne, il enseigne à l’université de Bir Zeit en Cisjordanie occupée. Il participe à diverses activités de recherche et à des centres de réflexion sur la démocratie.

    Durant les première années du processus d’Oslo, les partis politiques arabes soutiennent le gouvernement Rabin sans appartenir officiellement à la majorité gouvernementale. Mais leurs votes sont indispensables au maintien du gouvernement qui, par ailleurs, répond à certaines demandes sociales de la population arabe israélienne. La droite israélienne accuse Rabin d’être l’otage des Arabes. Après l’assassinat de Rabin, le 4 novembre 1995, Shimon Pérès s’éloigne de la communauté arabe, évolution renforcée par ses successeurs, ce qui met fin à la participation effective des Arabes d’Israël à la définition de la politique gouvernementale.

     C’est dans ce contexte qu’Azmi Bishara avec d’autres intellectuels arabes fonde en 1995 le parti dit Balad. Il est élu à la Knesset en 1996 et se révèle un trublion de la politique israélienne. Partant du principe qu’un État juif et démocratique signifie qu’il est démocratique pour les Juifs et juif pour les autres, il lance le slogan de « l’État de tous les citoyens » ayant pour but une réelle égalité. Il ne s’agit pas de nier les réalités ethno-nationales mais de mettre fin à toutes les discriminations tout en reconnaissant une autonomie culturelle pour chacune des composantes de la population. On peut y voir l’écho des réflexions des austro-marxistes d’avant 1914.

     En 1999, époque où le Premier ministre israélien est désigné au suffrage direct de la population, il présente sa candidature ce qui choque beaucoup de gens pour qui le poste ne peut être que réservé à un Juif. Risquant de mettre en danger l’élection d’Ehud Barak contre Benjamin Netanyahou il est exposé à de très fortes pressions qui le conduisent à se retirer de la course au dernier moment.

    En 2001, la cinéaste progressiste Simone Bitton lui consacre un documentaire « citizen Bishara » qui le montre dans ses interactions avec ses concitoyens juifs.

    Au temps de la seconde intifada, il est dénoncé par la droite israélienne comme soutien du terrorisme pour sa défense de la résistance palestinienne. Son éligibilité est remise en cause, mais la Cour suprême israélienne le rétablit dans ses droits.

     Il se rend au Liban et en Syrie après la guerre de 2006. Les autorités israéliennes l’accusent d’avoir fourni des renseignements au Hezbollah et aux ennemis d’Israël. Séjournant à l’étranger, Azmi Bishara annonce le 22 avril 2007 sa démission de député. Il renonce à revenir dans son pays affirmant qu’il ne peut faire confiance en la justice israélienne et que son seul tort est d’être un citoyen palestinien qui aime son pays. En 2011, une loi israélienne lui ôtera sa nationalité et ses droits à la retraite de député.

     Il s’établit au Qatar où il mène différentes activités universitaires. Il crée tout un réseau de centres de recherches arabes dans différents pays (CAREP). On y retrouve parmi les meilleurs des universitaires du monde arabe à une époque où les régimes autoritaires arabes travaillent à stériliser la pensée critique. De nombreuses publications en plusieurs langues et de qualité sont produites dans ces centres.

     L’essentiel de sa production intellectuelle tourne autour de la démocratie. L’originalité de sa recherche repose sur sa maîtrise de la pensée politique occidentale et de la réflexion politique arabe. Il a ainsi produit des études sur l’idée de société civile, sur le confessionnalisme, la laïcité, la nation. La réflexion n’est pas seulement théorique, elle prend en compte différentes études de cas en particulier à partir du printemps arabe de 2011.

     Le présent ouvrage en est la démonstration. C’est une étude consacrée à la salafiyya, terme utilisé plus qu’abusivement par une partie du personnel politique français. Il faut reconnaître que la lecture de ce travail est ardue du fait de l’abondance des références à des auteurs de différentes époques.

     Il travaille à montrer que le salafisme (référence aux premières générations de l’islam) peut être une attitude que l’on retrouve à différents moments de l’histoire de l’islam, mais qu’il faut à chaque fois l’analyser en fonction de son contexte propre, c’est-à-dire des conditions sociales et politiques de l’époque, et ne pas en faire une entité transhistorique qui évoluerait en vase clos.

    Il rejette ainsi ce que j’appelle de mon côté la « ligne de métro » Ibn Hanbal-Ibn Taymiyya-Abd al-Wahhab-le salafisme contemporain.

    Ibn Hanbal s’est exprimé à un moment où les autorités califales du ixe siècle soutenait l’école de pensée mu’tazilite qu’il considérait comme hérétique. Conflit philosophique et enjeux de pouvoir allaient de pair. Ibn Taymiyya est un acteur et un penseur qui s’exprime à l’époque (xiiie siècle) du conflit entre les Mamlouks, (défenseurs de l’Islam) et les Mongols. Abd al-Wahhab est un réformateur religieux du xviiie siècle en Arabie qui utilise l’arme de l’anathème contre ceux qu’ils considèrent comme de faux musulmans et qui s’allie avec la famille Sa’ud pour établir un État.

     Pour comprendre le salafisme contemporain, il faut « comprendre le conflit qui oppose ces organisations et les régimes politiques des États islamiques, et non l’islam et l’Occident (si ce n’est comme un motif discursif de l’idéologie de ces organisations, construit sur l’idée que les régimes au pouvoir dans le monde islamique s’identifient ou se conforment à l’Occident, voire sont aux ordres des régimes occidentaux eux-mêmes). Il s’agit là d’un conflit structuré autour de la crise de l’État, des crises de l’identité, de la relation à la mémoire et à l’histoire, de la question nationale, des questions sociétales, de l’intégration sociale, des problèmes soulevés par les nouveaux phénomènes socio-culturels issus du processus de modernisation ainsi que de la question palestinienne, entre autres problématiques. »

     On voit bien que ces discours correspondent à des réalités politiques, sociales et culturelles totalement différentes les unes des autres. Les références utilisées sont des instruments dont on dispose dans les luttes en cours. Ce n’est pas le passé qui détermine le présent, mais le présent qui pioche dans le passé les outils qu’il lui faut.

     Azmi Bishara prend presque la défense des orientalistes classiques qui au moins connaissaient le corpus des écrits islamiques :
« Qu’elle se soit inscrite à l’intérieur ou à l’extérieur du cadre d’une expertise académique destinée aux cercles décisionnels orientaux de l’époque, la production des orientalistes classiques avait une valeur scientifique per se. Or dans la production post-orientaliste, cette valeur scientifique a été compromise au profit de récits formatés prêts à l’emploi, dont les références sont sélectives et lacunaires. »

    L’auteur peut ainsi définir une typologie du salafisme :
« Nous pouvons définir quatre types de religiosité utilisés par le salafisme en ce qu’il considère les salaf comme une référence, une source de légitimité et l’un des plus hauts degrés de la religion. Le premier type est utilisé afin de préserver en l’état ce qui est établi. Il s’agit souvent, bien qu’à des degrés divers, d’un mode de religiosité rigoriste et puritain. Le deuxième considère le salafisme comme un retour aux principes fondamentaux de la religion destiné à se débarrasser des superstitions et de tout ce qui entrave les possibilités de développement et de modernisation. Le troisième est utilisé pour intervenir, par l’intermédiaire de la religion, dans les affaires publiques, en contestation de l’ordre en vigueur. C’est le salafisme politique. Le quatrième mode enfin, est mobilisé dans la rébellion violente contre l’islam tel qu’il se décline dans la réalité des sociétés et États existants. Ce type de religiosité trouve dans les salaf un motif d’autojustification. »

    C’est un vrai travail d’éclaircissement conceptuel que l’on trouve dans ce livre et c’est bien là le but recherché par Azmi Bishara : se doter d’instruments critiques pour aborder la question du salafisme, mais aussi celle de la crise de l’État et de l’identité dans le monde arabe contemporain, c’est-à-dire la critique de la modernité arabe contemporaine dans son ensemble.

Deuxième préface

Qu'est ce que le salafisme ? Azmi Bishara
    Par Stéphane Lacroix
    Chercheur au Centre de recherches internationales de Sciences Po Paris.
 
    Avec ce livre sur le salafisme, Azmi Bishara s’attèle à un sujet qui fait l’objet depuis une quinzaine années d’une littérature académique grandissante, tant dans les pays occidentaux que dans le monde arabe. La contribution d’Azmi Bishara prend la forme d’un essai mêlant diverses approches méthodologiques mais dont on pourrait – s’il fallait le catégoriser disciplinairement – dire qu’il appartient à la philosophie politique, discipline de prédilection de l’auteur. Il en ressort un texte foisonnant, nourri de références nombreuses à la pensée islamique comme à l’histoire, et dont l’accès pourra, au premier abord, sembler ardu à certains lecteurs hexagonaux. Il faut se souvenir en effet qu’Azmi Bishara écrit pour un lectorat arabe maîtrisant les termes du corpus islamique et plus susceptible d’être familier des personnages historiques évoqués dans le texte. Il faut néanmoins faire l’effort de lire ce qu’Azmi Bishara a à nous dire.

   
Tout d’abord parce qu’Azmi Bishara est l’un des grands noms de la sphère intellectuelle arabe de notre époque, et que ses livres contribuent à nourrir le débat dans cette partie du monde. Or le débat intellectuel arabe est relativement peu connu en Occident, et ce qui en est connu ne l’est que par le truchement de ses « interprètes autorisés » – c’est-à-dire ceux qui écrivent dans nos langues et qui, trop souvent, ne nous disent que ce que nous voulons entendre. On verra notamment qu’Azmi Bishara s’appuie, dans sa réflexion sur le salafisme, sur les écrits de toute une série d’autres intellectuels dont l’influence dans le monde arabe est inversement proportionnelle à leur notoriété en Occident : Fahmi Jadaan, Mohammad Abed al-Jabiri, ou encore Aziz al-Azmeh, pour n’en citer que trois. Par son ouvrage, Azmi Bishara se fait ainsi le passeur d’une tradition de pensée relativement ignorée dans nos contrées.

     Et c’est bien là le problème, car à ne pas connaître les termes du débat tel qu’il se pose dans le monde arabe, on se condamne à penser de manière circulaire et on prend, in fine, le risque de toutes les caricatures. C’est là précisément ce que cherche à nous dire Azmi Bishara dans ce livre, lorsqu’il s’en prend à un « orientalisme » dont le principal péché est de ne se parler qu’à lui-même. Pour autant, Azmi Bishara ne ménage pas ses critiques contre ces « anti-orientalistes » post-modernes qui, pour se démarquer de l’orientalisme honni, se complaisent dans des réflexions abstraites, et souvent déconnectées de textes et de traditions qu’ils vont jusqu’à s’interdire de connaître. Le propos d’Azmi Bishara plaide, en somme, pour un rééquilibrage méthodologique, et pour une mise en dialogue plus féconde des réflexions produites des deux côtés de la Méditerranée.

    Du propos d’Azmi Bishara, il ressort une série de réflexions qui offrent un regard acéré et souvent novateur sur le salafisme. Qu’on songe, par exemple, à sa manière de reconceptualiser la jahiliyya – ce terme utilisé par l’historiographie islamique classique pour désigner l’anté-islam, et réemployé tant par Muhammad Ibn Abd al-Wahhab que par les penseurs islamistes contemporains pour qualifier l’impiété des sociétés modernes – en « état de nature », dans un sens proche de celui de Thomas Hobbes. Ou encore à ses remarques sur la manière dont la « sanctification des salaf » tend à transformer le salafisme en un avatar de cette même religiosité populaire qu’il prétend combattre. On pourra lui reprocher néanmoins d’ignorer tout un pan de la littérature académique produite sur le salafisme en Occident, qui ne peut pas être résumée à un orientalisme justement décrié. On pense aux travaux de Nabil Mouline, Henri Lauzière, ou Joas Wagemakers, entre autres, qui s’appuient sur une connaissance précise à la fois des textes et de leur terrain d’étude, et auraient toute leur place dans la discussion.

     Par-delà les aspects purement académiques de son oeuvre, Azmi Bishara est aussi un intellectuel public engagé, très impliqué dans les dynamiques politiques du Moyen-Orient – et plus seulement la question palestinienne, comme c’était le cas jusqu’aux années 2000. C’est avec les révolutions de 2011 qu’il s’est véritablement révélé dans ce rôle, devenant d’une certaine manière l’un des intellectuels organiques des printemps arabes. Ce positionnement lui a valu des inimitiés féroces, et ses écrits sont vus avec suspicion – lorsqu’ils ne sont pas tout simplement bannis – dans les pays qui se sont résolument rangés dans le camp de la contre-révolution autoritaire – Arabie saoudite ou Égypte, par exemple. Avec la crise qui divise les pays du Golfe depuis 2017 et a provoqué des cassures profondes dans le champ intellectuel arabe, le fait qu’il soit basé à Doha au Qatar n’a pas apaisé les choses avec ses adversaires. Rien de tout cela ne l’a cependant amené à reconsidérer son engagement.

    Le fil rouge qui traverse les travaux d’Azmi Bishara depuis cette période – et même un peu avant en réalité – est celui des conditions de possibilité de la démocratie dans le monde arabe. Avec l’équipe de chercheurs et de jeunes talents qui l’entourent, il a d’ailleurs produit une série d’ouvrages remarquables sur les dynamiques post-2011 dans les pays touchés par la dynamique printanière. C’est en tirant ce fil qu’il en est venu à s’intéresser aux mouvements islamistes, ces derniers représentant la principale force d’opposition à l’ordre ancien, et dès lors une donnée centrale dans l’analyse de tout processus de transition démocratique. C’est d’ailleurs bien ce qui s’est confirmé dans les urnes en 2011 en Égypte et en Tunisie, avec la victoire des Frères musulmans et d’Ennhada. C’est par ce biais, donc, qu’Azmi Bishara en est arrivé à l’étude du salafisme – un sujet a priori loin de ses préoccupations de recherche initiales, et qui pourtant y est entré à mesure que les salafistes s’imposaient au Moyen-Orient comme une force sociale et politique de premier plan, au point de constituer en 2011 le deuxième parti politique représenté au parlement égyptien.

    Tout cela éclaire le regard que porte Azmi Bishara sur les salafistes. On le voit notamment insister sur cette « théologie de l’obéissance » qui caractérise l’approche du politique prônée par les plus quiétistes d’entre eux, et sur leur refus de principe d’un système démocratique où le peuple s’arroge le droit de contredire les lois de Dieu. Car c’est bien cette tendance des salafistes à légitimer par le religieux l’autoritarisme des régimes arabes, quand ce n’est pas à le remplacer par un autoritarisme plus brutal encore comme l’a fait l’organisation « État islamique », qui interroge Azmi Bishara. Ce dernier sait néanmoins – et il le dit clairement – que le contexte joue un rôle fondamental dans l’expression concrète du salafisme. Et que quand bien même les salafistes voudraient s’en extraire, le contexte les rattrape, les forçant à des aggiornamentos parfois contraires à ce qu’ils proclamaient peu avant être la lettre de leur doctrine. En ce sens, comme le montre bien le livre, il n’existe pas un salafisme, mais des salafismes aux expressions multiples.

     La position engagée d’Azmi Bishara, et le fait qu’il s’agisse ici d’un essai plutôt que d’une somme académique, expliquent enfin le ton parfois critique, voire polémique, du propos. Mais que l’on en partage ou non le fond ou la forme, il faut reconnaître que les réflexions d’Azmi Bishara sont souvent heuristiques et toujours savamment argumentées. C’est ce mélange de courage intellectuel et d’érudition qui rend la lecture de l’ouvrage extrêmement stimulante.

Avant-propos

    Par Azmi Bishara
  
    À l’origine, ce texte a été pensé comme une introduction théorique à un ouvrage collectif sur l’organisation de l’État islamique (Daech) réalisé sous ma direction et publié par le Centre arabe de recherche et d’études politiques (CAREP). Dans sa première mouture, il se structurait autour d’observations sur le salafisme formulées d’après un manuscrit antérieur à mon livre La Religion et la laïcité en contexte historique et demeuré impublié. Mais tandis que sa rédaction touchait à sa fin, il m’apparut, ainsi qu’à mes collègues du centre, qu’il serait plus approprié d’en faire un livre à part entière. D’une part parce qu’en publiant ce texte en introduction d’un ouvrage sur Daech, on risquait de laisser entendre que l’organisation de l’État islamique était un dérivé naturel, s’inscrivant dans une sorte d’histoire de la pensée, du salafisme et du wahhabisme. D’autre part parce que nous souhaitions consacrer une étude à ces derniers. J’ai donc rédigé une introduction spécifiquement sur l’organisation de l’État islamique tout en m’attelant sans attendre à ce nouveau projet, afin qu’il paraisse sous le titre « Thèses sur le salafisme et le wahhabisme » avant que ne s’achève notre recherche collective sur Daech.

     Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont contribué à transformer ce texte en un véritable livre, et tout particulièrement le chercheur du CAREP Raed al-Samhouri pour son aide dans l’élaboration des sources et la rédaction de l’ouvrage, ainsi que pour ses précieuses observations.

    Je remercie également le département des recherches du CAREP, et notamment mon ami le chercheur Jamal Barout qui a supervisé la relecture du livre et s’est joint à ma réflexion sur différentes notions et références présentes dans l’ouvrage. Je remercie enfin le département de l’édition et des publications du CAREP qui a oeuvré à la parution de ce livre.

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