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Lundi 19 Mars 2018

Pourquoi le livre "L'Orientalisme", paru il y 40 ans, reste d'actualité (Les Inrockuptibles)


Paru il y 40 ans aux Etats-Unis, "L’Orientalisme" d’Edward Saïd a bouleversé le paysage intellectuel mondial. Cet ouvrage, devenu un classique, propose notamment de réévaluer les productions culturelles à l’aune des clichés véhiculés à l’égard du monde arabe et musulman. Entretien avec Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue et philosophe spécialiste de son auteur. D’Eugène Delacroix au film Black Panther, elle éclaire et revient sur la pensée développée dans cet ouvrage.





Les Inrocks
le 14 mars 2018



Paru il y 40 ans aux Etats-Unis, "L’Orientalisme" d’Edward Saïd a bouleversé le paysage intellectuel mondial. Cet ouvrage, devenu un classique, propose notamment de réévaluer les productions culturelles à l’aune des clichés véhiculés à l’égard du monde arabe et musulman. Entretien avec Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue et philosophe spécialiste de son auteur. D’Eugène Delacroix au film Black Panther, elle éclaire et revient sur la pensée développée dans cet ouvrage.


Propos recueillis par Julie Ackermann

Pouvez-vous introduire la pensée développée par Edward Saïd dans L’Orientalisme ?

Sonia Dayan-Herzbrun  - C’est un livre difficile et complexe, mais la thèse d’Edward Saïd montre que l’Orient n’existe pas en tant que tel mais qu’il est une création de l’Occident. Une création  réciproque car l’Occident s’est construit contre l’Orient. Au début du XIXe siècle, avec les entreprises de colonisation en Afrique du Nord, au Proche et Moyen-Orient, se constitue une vision binaire du monde, qui oppose "nous" les occidentaux et "eux" les orientaux. Edward Saïd pointe la construction d’un "Autre" absolu, caractérisant l’orientalisme et se mutant en déshumanisation des peuples colonisés. Cette déshumanisation a abouti aux massacres coloniaux.

L’orientalisme désigne une idéologie, un système de domination ?

Je l’interprète comme un ensemble de discours qui participe du processus de domination de certaines personnes, communautés, pays sur d’autres. La domination coloniale a plusieurs faces: une face politique, économique et culturelle. Les trois sont intimement liées, mais ce qui intéresse Saïd, c’est l’aspect culturel : il était jusque-là très peu étudié.

Comment la domination culturelle se manifeste-elle ?

Edward Saïd analyse la presse, les journaux de voyages, des livres d’auteurs comme Victor Hugo, Gustave Flaubert ou Karl Marx. Il montre que leurs œuvres contiennent une suite de stéréotypes sur les colonisés, en particulier sur les "orientaux", mais que jusqu’alors on n’y a pas été sensible parce qu’on les partageait. A partir de L’Orientalisme, on a pu avoir une analyse critique de ces énoncés, et porter sur eux un regard réflexif. On a pu lire autrement les études scientifiques et les productions culturelles. Les pays du Proche et Moyen-Orient étaient, dans cette conception,  perçus comme des lieux inhabités dans lesquels les occidentaux allaient à la recherche d’eux-mêmes. Leurs habitants étaient à peu près invisibles. L’Égypte, par exemple, n’existait que par les pyramides et les obélisques. Lorsque en 1991 une vaste et meurtrière opération militaire fut menée contre l’Irak, elle fut appelée "tempête du désert", comme s’il n’y avait pas, dans les régions bombardées, des humains à mourir sous les bombes. Il y a à l’origine  et plus largement de la part des entreprises coloniales, un refus de s’intéresser à l’histoire propre des pays et à leurs sociétés. Cela a eu pour conséquence un grand déficit de connaissance vis à vis d’eux. Encore aujourd’hui, il n’y a pas suffisamment de travaux pour comprendre ces sociétés, au-delà des clichés.

Cette "invisibilisation" dont vous parlez infuse particulièrement la culture populaire contemporaine…

Je suis, effectivement, toujours frappée par l’invisibilité des "racisés" dans les feuilletons TV. Par exemple, quand on se balade à Marseille, on voit plein de femmes en hijab. Mais dans la série Plus Belle La Vie, où toutes les questions concernant la sexualité sont abordées sans préjugés, on n’en voit pas. C’est comme si elles n’existaient pas. Les quelques racisés présents à l’écran sont "blanchis", c’est à dire qu’ils sont absolument assimilés. L’orientalisme est bien ancré dans les productions culturelles, mais aussi au-delà. Il peut prend la forme de l’islamophobie ou encore de discours selon lesquels l’Islam serait incompatible avec la démocratie. 

Retrouvez la suite de cet article sur le site Les Inrocks.

 




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