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Vendredi 6 Avril 2018

Le régime tchétchène se prévaut de l’islam pour mieux réprimer (LE MONDE diplomatique)


Après avoir perdu deux guerres contre l’armée russe, le maquis tchétchène compte aujourd’hui une majorité de djihadistes. En réponse, le pouvoir local, allié de Moscou, exalte la tradition soufie et la polygamie. Cette manipulation de la religion n’a pas empêché la recrudescence des attentats. Au grand dam du Kremlin, qui a installé ce régime afin qu’il maintienne l’ordre.



Aladdin Garunov. — « Ma prière », de la série « Zikr », 2012 Gallery Shchukin, Paris
Aladdin Garunov. — « Ma prière », de la série « Zikr », 2012 Gallery Shchukin, Paris

LE MONDE diplomatique
Article extrait du numéro d'avril 2018


Des millions de personnes défilaient en France, le 11 janvier 2015, en hommage aux journalistes de Charlie Hebdo assassinés quatre jours plus tôt par les frères Kouachi. Une soixantaine de chefs d’État et de dirigeants politiques étaient venus à Paris témoigner leur solidarité. Huit jours plus tard, une voix brise cette communion internationale : 800 000 musulmans venus de tout le Caucase du Nord participent à Grozny, capitale de la Tchétchénie, à un rassemblement contre la caricature du Prophète qui a fait la « une » du « numéro des survivants », le 14 janvier. « We love prophet Muhammad », peut-on lire sur de nombreux ballons rouges en forme de cœur flottant au-dessus des têtes. « Jamais nous ne laisserons salir le nom de Muhammad », avertit Ramzan Kadyrov, chef de la République tchétchène et initiateur de l’événement. Deux ans plus tard, à la veille d’une manifestation contre la répression de la minorité rohingya en Birmanie, il lance : « Si Moscou soutient les démons qui commettent ces crimes aujourd’hui, je serai contre la position de Moscou. »

Les incartades que s’autorise le dirigeant tchétchène à l’égard du pouvoir fédéral invitent à mettre en doute la stabilité du pacte scellé entre Moscou et Grozny au milieu des années 2000. En vertu de ce contrat, les nouvelles autorités tchétchènes jouissent d’une grande latitude dans la gestion de leurs affaires internes ; mais elles doivent en échange une loyauté infaillible au Kremlin, notamment lors des échéances électorales. Au scrutin présidentiel de mars 2018, M. Kadyrov a offert au président Poutine un score aussi écrasant que douteux : 91 % des voix (contre 99,8 % en 2012). Cet unanimisme de façade s’explique par la mise en coupe réglée d’une population connue pour sa longue résistance à son intégration dans l’Empire russe, au milieu du XIXe siècle, et pour sa volonté d’indépendance au moment de la chute de l’URSS.

Le régime d’exception auquel est soumise la population tchétchène s’enracine dans les deux guerres contemporaines qui (...)


Retrouvez cet extrait sur LE MONDE diplomatique.
 




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