Les cahiers de l'Islam
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Aida FARHAT
Aida Farhat, Docteure en Etudes arabes, Civilisations islamique et orientales (Ecole Pratique des... En savoir plus sur cet auteur
Dimanche 28 Juin 2015

Le Symbolisme du Miel dans les Textes fondamentaux



Certes que l'art de l'élaboration des mets ou disons l'art de la cuisine n'est pas à la portée de tous mais j'ai voulu attacher de l'intérêt à cette conception en essayant de poser les mets sur une "table textuelle". Manger c'est tout d'abord une nécessité humaine et secondo un plaisir indispensable dépassant son caractère biologique d'alimentation pour devenir un corpus de techniques pointues, un fait culturel, un élément de patrimoine et d'identité national ou familial. Mais également un thème d'étude pour les sciences.
La cuisine, qui définie l'ensemble des techniques de préparation des aliments en vue de leur consommation par l'être humain, est diverse à travers le monde, fruit des ressources naturelles locales, mais aussi de la culture et des croyances, des échanges entre les peuples.
Comme le dit l'anthropologue Claude Lévi-Strauss [1]: «Répondant aux exigences du corps, déterminée dans chacun de ses modes par la manière dont ici et là, l'homme s'insère dans l'univers, placée donc entre la nature et la culture, la cuisine assure plutôt leur nécessaire articulation. Elle relève des deux domaines et reflète cette dualité dans chacune de ses manifestations».

Aujourd’hui on parle souvent de cuisine bio, de nouveaux nutriments à base d’algues et de protéines synthétiques, etc. Mais le Miel (العسل) jouit depuis toujours d'une haute estime, voire considération et surtout en médecine. On évalue sa sapidité en le goûtant afin de percevoir l'intensité de ses différentes saveurs. S'il est perçu comme bon, il est qualifié de savoureux ou de goûteux. En plus de sa consommation comme aliment et son goût et sa substance sucrée produite par les abeilles ou «les mouches à miel» comme désigné dans le Dictionnaire de l’Académie française [2], il a été utilisé dès l'Antiquité pour embellir la peau et soigner les maladies et les blessures.

J'ai porté mon choix sur le concept «Miel» car tout d'abord certains textes en font un sujet central. Il a été abondamment traité par la littérature, par la poésie, par la peinture, par le cinéma, par les Textes fondamentaux, etc. Secondo, le miel est d’un côté et comme condiment, il savoure toutes les cuisines du monde, c’est un aliment universel et de l’autre parce qu'il est considéré comme un symbole important des cultures, des religions et en général des textes. Symbole de douceur dans le judaïsme, la Parole de Dieu est comparée au miel. Symbole de pureté chez les adorateurs de Mithra (dieu indo-iranien). Egalement, il est l'emblème de la science et de la poésie, qui selon la conception traditionnelle, est un don du ciel.

Dans l'islam, il est considéré comme un remède. Toute une Sourate coranique est nommée «Les abeilles (النحل)» est «une preuve pour les gens qui réfléchissent». Présent dans le Delta du Nil, le miel servait à sucrer les aliments. Plusieurs papyrus égyptiens en font mention, le plus vieux datant de plus de 4500 ans [3]. Le latin mel a donné le français miel et les mots de même sens dans les autres langues romanes.
A partir de ces données j'essayerai de mettre l'accent sur l'efficacité de ce condiment et surtout de m’intéresser à ses vertus curatives et éclaircir la valeur et le symbolisme du miel surtout dans les différents textes fondamentaux.

I- Le miel dans l'Ancien Testament et le Nouveau Testament [4]

Selon la Bible, le miel est considéré comme un aliment sain, voire un remède utile dans le traitement des maladies. Sa valeur médicinale est souvent soulignée. Toutes les religions, d’ailleurs, en font de lui une voie de guérison «chifâ’». Ce n'est que récemment que ses propriétés ont été démontrées clairement grâce à de nombreuses études. Face à l'intérêt thérapeutique du miel, certains laboratoires l'incorporent dans leurs produits. Il a été utilisé pour traiter les troubles cardiaques, et comme une application externe pour les plaies de l’homme et la bête.

Ceci nous incite à souligner, avant de poursuivre notre analyse, les vertus curatives du miel [5] :

- Le miel sert comme traitement du système respiratoire ; en effet certaines communautés prennent l’habitude de boire du miel pour traiter les maux de la gorge et la toux. Cet usage a été confirmé par une récente étude de l’Université américaine de Pennsylvanie. Une expérience menée sur des enfants qui toussaient et qui prenaient du miel avant de dormir révèle que ces derniers passaient une nuit plus paisible comparant à ceux qui n’en avaient pas pris. Cette étude atteste donc l’action positive du miel sur le système respiratoire et son atténuation du mal de gorge.

- Le miel est un antiseptique ; il possède des vertus calmantes et cicatrisantes pour les blessures. Grâce à ses propriétés antibactériennes, il élimine rapidement l’infection présente, mais aussi il empêche la plaie de s’infecter de nouveau. Les propriétés anti-inflammatoires du miel atténuent les marques de cicatrisation. Face à son efficacité thérapeutique certains laboratoires l'intègre dans leurs produits.

C’est l’exemple de l'hôpital de Limoge [6] qui utilise le miel pour cicatrisé les plaies des patients. Le professeur Descottes, ancien chef du service de chirurgie viscérale de Limoges, a lui-même témoigné des effets cicatrisant impressionnant du miel [7].

Un article paru dans Doctissimo Santé [8] rapporte que dans le service du Professeur Descottes, au CHU de Limoges, les recherches ont amené à utiliser du miel à la place des pansements cicatrisants classiques avec de très bons résultats. L’accélération de la cicatrisation générée par le miel a fait économiser des «centaines de journées» d’hospitalisation à l'Hôpital.

- Le miel est aussi un conservateur ; sa richesse en potassium fait de lui un bactéricide naturel. On peut donc l’utiliser, comme déjà dit, pour conserver des aliments.
- Le miel a des vertus nourrissantes ; il est très utilisé dans les cosmétiques pour ses propriétés hydratantes, nourrissantes, et anti-oxydantes. On le retrouve ainsi dans les soins pour cheveux, les crèmes hydratantes, les baumes, et même dans des compléments alimentaires.

Certes d’autres bienfaits rejoignent cette liste que nous avons proposée. Le miel demeure, selon les spécialistes, un aliment curable (chifâ’) contre plusieurs maladies et un moteur de restauration des forces et de la santé. Les Hébreux apprécient beaucoup le miel comme une substance alimentaire. Cela est prouvé par les paroles du fils de Sirach, qui a reconnu le miel comme : «l’une des principales choses à utiliser dans la vie de l’homme» [9].

La manne, qui est décrite comme une exsudation sucrée, tombait du ciel tous les jours, excepté le jour du Chabbat ; était la nourriture des Hébreux dans le désert, d'après l’Ancien Testament et le Coran (Al Mann).

Selon l’Exode, les Hébreux murmuraient contre Moïse parce qu'ils mourraient de faim, ainsi il leur a donné de la nourriture en leur disant : "La maison d'Israël donna à cette nourriture le nom de manne. Elle ressemblait à de la graine de coriandre; elle était blanche, et avait le goût d'un gâteau au miel" [10]. Comme déjà mentionné, dans le Coran la manne est citée trois fois :

Dans la sourate 2 (al-Baqara), verset 57 :
«Et Nous vous couvrîmes de l’ombre d’un nuage ; et fîmes descendre sur vous la manne et les cailles : - «Mangez des délices que Nous vous avons attribués!».
قال الله تعالى: "وَظَلَّلْنَا عَلَيْكُمُ الْغَمَامَ وَأَنزَلْنَا عَلَيْكُمُ الْمَنَّ وَالسَّلْوَى كُلُواْ مِن طَيِّبَاتِ مَا رَزَقْنَاكُمْ وَمَا ظَلَمُونَا وَلَكِن كَانُواْ أَنفُسَهُمْ يَظْلِمُونَ".

Dans la sourate 7 (al-A'râf), verset 160 :
«Et Nous révélâmes à Moïse, lorsque son peuple lui demanda de l’eau: «Frappe le rocher avec ton bâton.» Et voilà qu’en jaillirent douze sources. (...) Nous les couvrîmes de l’ombre du nuage, et fîmes descendre sur eux la manne et les cailles : «Mangez des bonnes choses que Nous vous avons attribuées».
قال الله تعالى: "وَقَطَّعْنَاهُمُ اثْنَتَيْ عَشْرَةَ أَسْبَاطًا أُمَمًا وَأَوْحَيْنَا إِلَى مُوسَى إِذِ اسْتَسْقَاهُ قَوْمُهُ أَنِ اضْرِب بِّعَصَاكَ الْحَجَرَ فَانبَجَسَتْ مِنْهُ اثْنَتَا عَشْرَةَ عَيْنًا قَدْ عَلِمَ كُلُّ أُنَاسٍ مَّشْرَبَهُمْ وَظَلَّلْنَا عَلَيْهِمُ الْغَمَامَ وَأَنزَلْنَا عَلَيْهِمُ الْمَنَّ وَالسَّلْوَى كُلُواْ مِن طَيِّبَاتِ مَا رَزَقْنَاكُمْ وَمَا ظَلَمُونَا وَلَكِن كَانُواْ أَنفُسَهُمْ يَظْلِمُونَ".

Dans la sourate 20 (Tâ-Hâ), verset 80 :
«Ô Enfants d’Israël, Nous vous avons déjà délivrés de votre ennemi, et Nous vous avons donné rendez-vous sur le flanc droit du Mont. Et Nous avons fait descendre sur vous la manne et les cailles».
قال الله تعالى: "يَا بَنِي إِسْرَائِيلَ قَدْ أَنجَيْنَاكُم مِّنْ عَدُوِّكُمْ وَوَاعَدْنَاكُمْ جَانِبَ الطُّورِ الأَيْمَنَ وَنَزَّلْنَا عَلَيْكُمُ الْمَنَّ وَالسَّلْوَى".

Dans un autre contexte souvent le miel est associé au lait, parfois traduit caille, crème ou beurre. D'ailleurs, dans les versets coraniques que nous venons de citer la manne, qui représente le miel, est associée à la caille [11]. Le miel et le lait représentent donc deux aliments complémentaires indispensables participant à apaiser totalement la faim et la soif. Aussi c'est un moyen de purification. Dans des civilisations, comme celle des Hébreux, le lait est d’une importance vitale. Ainsi, le lait et le miel évoquent immédiatement, pour le lecteur de la Bible, les caractéristiques de la Terre promise, telle que Dieu la dessine aux yeux de Moïse. La Terre Promise de Canaan est désignée comme une «terre où ruissellent le lait et le miel», ainsi le malheur est caractérisé par l’absence  «de lait et de miel».

Il vaut la peine de noter que jamais le lait n’a été une matière d’offrande pour un sacrifice dans la liturgie d’Israël. Les textes de la Bible parlent souvent du lait de manière figurative, comme le symbole d’une plénitude, d’une abondance, d’une fertilité [12]. Dans la Bible, la formule connaît diverses variations. Des rituels de Babylone mentionnent le lait et le miel comme une nourriture offerte aux dieux. Chez les Hébreux le lait et le miel sont un don de Dieu pour le bonheur de l'homme.
- "Il mangera de la crème et du miel, Jusqu'à ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien" [13].

Dans le Cantique des cantiques [14], la formule fait partie de la relation amoureuse. La femme aimée est décrite avec les caractéristiques de la terre d'Israël. En l'embrassant, l'amant goûte au lait et au miel. La terre est une femme, la femme est une terre, aimée mais jamais possédée : "Tes lèvres distillent le miel, ma fiancée, le miel et le lait sont sous ta langue [15] ".

Aussi nous citons parmi les versets bibliques qui associent le miel au lait :
- "C’est de crème et de miel que se nourriront tous ceux qui seront  restés dans le pays [16] ".
- "Nous sommes allés dans le pays où tu nous as envoyés et vraiment c'est un pays ruisselant de lait et de miel ; en voici les fruits ! [17] ".
- "Monte vers ce pays où coulent le lait et le miel [18] ".
- "Car les enfants d'Israël avaient marché quarante ans dans le désert jusqu'à la destruction de toute la nation des hommes de guerre qui étaient sortis d'Égypte et qui n'avaient point écouté la voix de l'Éternel ; l'Éternel leur jura de ne pas leur faire voir le pays qu'il avait juré à leurs pères de nous donner, pays où coulent le lait et le miel [19] ".

Le Miel est aussi défini, dans la Bible, comme élément de séduction et d’attirance. C'est un cadeau servant à charmer pour parvenir et réussir à se faire accorder des "désirs" : Quand Jacob, le patriarche a envoyé ses fils en Egypte, leur a donné du miel, pour offrir en cadeau au gouverneur : "Israël, leur père, leur dit: Puisqu'il le faut, faites ceci. Prenez dans vos sacs des meilleures productions du pays, pour en porter un présent à cet homme, un peu de baume et un peu de miel, des aromates, des pistaches et des amandes [20] ".
Le miel est considéré par les Hébreux comme une production locale et une richesse naturelle d'une valeur absolue doit être bien exploité et bien conservé. C'est un bien précieux : Le jour où le Christ a été ressuscité et a comparu devant ses disciples, il a demandé de la nourriture. Ils lui ont donné du poisson grillé et un nid d’abeilles "Ils lui présentèrent du poisson rôti et un rayon de miel [21] ".

Aussi, Quand la Reine Jézabel va demander de l'aide auprès du prophète Akhija à Silo car son fils était mourant, le roi "Jéroboam dit à sa femme : Lève-toi, je te prie, et déguise-toi, (...) et qu’on ne sache pas que tu es la femme de Jéroboam, et va-t’en à Silo; voici, là est Akhija, le prophète, qui a dit de moi que je serais roi sur ce peuple. Et tu prendras avec toi dix pains, et des gâteaux, et une cruche de miel, et tu iras vers lui ; il te dira ce qui arrivera à l’enfant [22] ".
Egalement, dans la Bible le miel est fréquemment employé dans un sens symbolique métaphorique :
- Tout d'abord la parole de Dieu est souvent comparée au miel :
«Le jugement du Seigneur est doux que le miel et les fientes du nid d’abeilles [23]».
Ou aussi : « (…) sont douces tes mots à mon goût, oui, plus que le miel à ma bouche [24]».
Le miel était par conséquent défendu dans les sacrifices offerts à Dieu : "Aucune des offrandes de céréales que vous apporterez au Seigneur ne sera préparée avec un ferment, car vous ne ferez jamais fumer ni du levain ni du miel en nourriture offerte pour le Seigneur [25] ".
Egalement, Il y’a deux comptes dans la Bible que les hommes soient ordonnés de manger un livre ou le rouleau du livre et dans chaque cas le livre goûté doux comme du miel : «Il me dit : Fils de l'homme, nourris ton ventre et remplis tes entrailles de ce rouleau que je te donne ! Je le mangeai, et il fut dans ma bouche doux comme du miel [26] ".
Et encore : "Et j'allai vers l'ange, en lui disant de me donner le petit livre. Et il me dit : Prends-le, et avale-le ; (...) mais dans ta bouche il sera doux comme du miel [27] ".
De même, le miel est utilisé dans un sens érotique :
- "Tes lèvres distillent le miel, ma fiancée; Il y a sous ta langue du miel et du lait [28] ".
- "Car les lèvres de l'étrangère distillent le miel, Et son palais est plus doux que l'huile [29] ".
- "Que tes paroles sont douces à mon palais, Plus que le miel à ma bouche [30] ".

A travers une image imaginaire, Samson nous raconte son conte mythique. Il a été attaqué par un lion. Sans arme Samson "déchira le lion". Quand il est revenu "après un certain temps", il a constaté que les abeilles avaient pris possession du cadavre de lion pour stocker leur miel. Samson a pris un peu de miel, et a partagé avec son père et sa mère : "Et voici, il y avait un groupe d'abeilles et du miel dans le corps du lion [31]".
Lors de fête de son mariage, Samson a proposé une énigme pour des jeunes Philistins. Incapables de résoudre l’énigme pendant trois jours, la femme de Samson a obtenu de lui la réponse et l’a trahi en la donnant à ces jeunes, qui ont ensuite prétendu avoir résolu l’énigme en disant : "Les gens de la ville dirent à Samson le septième jour, avant le coucher du soleil : Quoi de plus doux que le miel, et quoi de plus fort que le lion? [32] ".
Certes que le miel est une nourriture bénéfique et saine, cependant il doit être pris avec modération. Sa douceur suggère naturellement la satisfaction que l'on éprouve avec des choses bonnes. En effet si on profite avec excès de la bonté du miel il devient un objet de dégoût : "Il n'est pas bon de manger beaucoup de miel, Mais rechercher la gloire des autres est un honneur [33] ".
De même, dans le Livre des Proverbes de Salomon "Si tu trouves du miel, n'en mange que ce qui te suffit, De peur que tu n'en sois rassasié et que tu ne le vomisses [34]".

Enfin, il faut signaler que le miel désigne dans les coutumes des Hébreux une richesse naturelle, un don divin servant comme provision dans des moments durs. Cependant, ces derniers épargnent le miel pour une utilisation future. D'ailleurs, la Bible mentionne que les Hébreux étaient soucieux de leur épargne du miel. Cela est prouvé par l’appel des hommes à Ismaël : "Mais il se trouva parmi eux dix hommes, qui dirent à Ismaël : Ne nous fais pas mourir, car nous avons des provisions cachées dans les champs, du froment, de l'orge, de l'huile et du miel. Alors il les épargna, et ne les fit pas mourir avec leurs frères [35] ".
Il semblerait que l'opération d'épargner le miel pour un futur usage est une opération empruntée aux abeilles lors de la production du miel. Parvenu à maturité, le miel a une durée de conservation extrêmement longue. Le miel est ainsi stocké par les abeilles pour servir de réserve de nourriture ; en particulier pendant les saisons défavorables, en saison sèche ou en hiver.

II- Le miel dans l’islam

Le Coran et la Sunna nous mentionnent plusieurs aliments bénéfiques pour notre santé. Le miel est un prodige parmi ces plusieurs qui Dieu a accordé à Ses Hommes. Grâce à ses vertus, il est utilisé depuis des siècles à travers le monde entier dans la médecine traditionnelle mais de plus en plus dans la médecine moderne. Son efficacité miraculeuse scientifique est révélée par le Saint Coran et expliquée par les traditions ou les hadîths.

- Dans le Coran

Susdit, toute une Sourate coranique est nommée «Les abeilles (النحل) [36]» et on peut lire :
«Et voilà ce que ton Seigneur révéla aux abeilles : Prenez des demeures dans les montagnes, les arbres, et les treillages que les hommes font, puis mangez de toute espèce de fruits, et suivez les sentiers de votre Seigneur, rendus faciles pour vous. De leur ventre, sort une liqueur, aux couleurs variées, dans laquelle il y a une guérison pour les gens. Il y a vraiment là une preuve pour les gens qui réfléchissent».
قال الله تعالى: "يخرج من بطونها شراب مختلف ألوانه فيه شفاء للناس إن في ذلك لآية لقوم يتفكرون".

L’apiculture moderne propose différents types de miels d’origine florale et géographique, de saveur et d’aspect très variés. Le miel est dit «monofloral» lorsque son origine provient en grande partie d’une seule variété de fleurs. Les autres miels sont dits «toutes fleurs» et peuvent être également désignés par leurs origines géographiques [37].
- Aussi, dans la Sourate Muhammad [38] :
«Voici la description du Paradis qui a été promis aux pieux : il y aura des ruisseaux d'eau (...), des ruisseaux du lait (...), et des ruisseaux du vin délicieux à boire, ainsi que des ruisseaux du miel purifié».
قال الله تعالى: "مَثَلُ الْجَنَّةِ الَّتِي وُعِدَ الْمُتَّقُونَ فِيهَا أَنْهَارٌ مِنْ مَاءٍ غَيْرِ آسِنٍ وَأَنْهَارٌ مِنْ لَبَنٍ لَمْ يَتَغَيَّرْ طَعْمُهُ وَأَنْهَارٌ مِنْ خَمْرٍ لَذَّةٍ لِلشَّارِبِينَ وَأَنْهَارٌ مِنْ عَسَلٍ مُصَفًّى وَلَهُمْ فِيهَا مِنْ كُلِّ الثَّمَرَاتِ وَمَغْفِرَةٌ مِنْ رَبِّهِمْ".

Le miel est considéré comme un bienfait divin et une guérison. C’est aussi une récompense dans l’au-delà pour les pieux, les personnes qui sont attachés pieusement aux croyances, aux devoirs et aux pratiques de la religion.


- Dans les hadîths [39]

1- Le Prophète Muhammad a dit [40] : «La guérison se trouve dans trois choses : la saignée (mihjam [41]), le miel (‘asal), et la cautérisation par le feu (kay), mais j’interdis à ma communauté le recours à la cautérisation».
عن ابن عباس رضي الله عنه قال: قال رسول الله صلى الله عليه و سلم: "الشفاء في ثلاثة: في شرطة محجم, أو شربة عسل, أو كية بنار, و أنا أنهى أمتي عن الكي".

Une deuxième version :
قال رسول الله صلى الله عليه و سلم: "شفاء أمتي في ثلاث: آية من كتاب الله, أو لعقة من عسل, أو كاس من حجامة, أو لذعة من نار".

2- Abû Sa‘îd al-Khudhrî [42] rapporte qu’un homme est venu voir le Prophète [43] : «Mon frère se plaint d'un mal du ventre. Le Prophète lui a dit : «Fais lui boire du miel». L'homme est revenu une deuxième fois, le Prophète lui a redit : «Fais lui boire du miel». L'homme est revenu une troisième fois, le Prophète lui a redit : «Fais lui boire du miel». La quatrième fois, le Prophète lui a dit : «Allah a dit vrai et le ventre de ton frère a menti. Fais lui boire du miel». Alors il lui a donné du miel et il a guéri».
عن أبي سعيد الخذري: أن رجلا أتى النبي صلى الله عليه و سلم, فقال: أخي يشتكي بطنه، فقال: اسقه عسلا. ثم أتاه الثانية, فقال: اسقه عسلا. ثم أتاه الثالثة: فقال: اسقه عسلا. ثم أتاه الرابعة فقال النبي صلى الله عليه و سلم: صدق الله وكذب بطن أخيك, اسقه عسلا. فقال: فسقاه فبرأ".

Ce hadîth témoigne l’action purgative et purifiante du miel sur l’estomac et les intestins. Il participe dans le soulagement des nombreux maux du ventre, notamment la diarrhée, l’ulcère d’estomac, etc. Cette action, comme déjà mentionné, est attestée par des études récentes. Selon une interprétation d’Ibn al-Qayyim al-Jawziyya (mort en 751/1328) ; la quantité du miel n’était pas suffisante pour soigner complètement le frère malade, d’où la nécessité de répéter l’opération jusqu’à atteindre la dose qui permet de guérir définitivement.
Dans son livre «الطب النبوي», Ibn al-Qayyim al-Jawziyya [44] mentionne les nombreux avantages du miel : «Il évacue les débris des veines, des intestins et autres. Il dissipe l’humidité par ingestion ou application (externe), il est aussi utile aux vieillards, (...) et à l’humeur froide et humide. Il est nourrissant, facilite les selles, conserve la texture des pâtes et de tout ce qu’on y dépose, fait disparaître le goût des remèdes répugnants, purifie le foie et la poitrine, (...) et il convient à la toux glaireuse».

Toujours selon Ibn al-Qayyim, le Prophète prenait du miel avec de l’eau froide. C’était un bon remède pour préserver sa santé et s’entretenir. Des études récentes nous ont confirmé cette spécificité du miel et surtout le miel dilué dans l’eau chaude.

3- Selon le hadîth, Abdallâh Ibn Mas'ûd a dit [45] : «Il y a deux guérisons qui sont mentionnées dans le Coran : le Coran et le miel. Le Coran est une guérison de ce qu'il y a dans les poitrines et le miel est une guérison contre toutes les maladies [46]».
قال عبد الله بن مسعود رضي الله: "في القرآن شفاءان: القرآن و العسل. القرآن شفاء لما في الصدور و العسل شفاء من كل داء".

Ce hadîth est confirmé par ces deux versets :
«Nous faisons descendre du Coran, ce qui est une guérison et une miséricorde pour les croyants» [47].
قال الله تعالى: "وَنُنَزِّلُ مِنَ الْقُرْآنِ مَا هُوَ شِفَاء وَرَحْمَةٌ لِّلْمُؤْمِنِينَ وَلاَ يَزِيدُ الظَّالِمِينَ إِلاّ خسارا".
Et [48] : «Si Nous en avions fait un Coran en une langue autre que l’arabe, ils auraient dit : «Pourquoi ses versets n’ont-ils pas été exposés clairement ? Un [Coran] non-arabe et [un Messager] arabe ?» Dis/ «Pour ceux qui croient, il est une guidée et une guérison». Et quant à ceux qui ne croient pas, il y a une surdité dans leurs oreilles et ils sont frappés d’aveuglement en ce qui le concerne; ceux-là sont appelés d’un endroit lointain».
قال الله تعالى: "وَلَوْ جَعَلْنَاهُ قُرْآنًا أَعْجَمِيًّا لَّقَالُوا لَوْلا فُصِّلَتْ آيَاتُهُ أَأَعْجَمِيٌّ وَعَرَبِيٌّ قُلْ هُوَ لِلَّذِينَ آمَنُوا هُدًى وَشِفَاء وَالَّذِينَ لا يُؤْمِنُونَ فِي آذَانِهِمْ وَقْرٌ وَهُوَ عَلَيْهِمْ عَمًى أُوْلَئِكَ يُنَادَوْنَ مِن مَّكَانٍ بَعِيدٍ".

4- Un autre hadîth vient attester le précédant :
-Selon ‘Abdallâh Ibn ‘Abbâs [49] : «Un homme est venu voir le Messager d’Allah, il lui a dit : j’ai rêvé hier soir d’une tenture qui fait couler du beurre fondu et salé de conserve (samn) et du miel. Abû Bakr, après avoir supplié le Prophète de répondre, a dit : la tenture est l’islam alors que le miel et le beurre coulés désigne le Coran. C’est sa douceur qui coule».
عن ابن عباس رضي الله عنه قال: "أن رجلا أتى رسول الله صلى الله عليه وسلم فقال: إني رأيت الليلة في المنام ظلة تنطف السمن والعسل. فقال أبو بكر: يا رسول الله, بأبي أنت, والله لتدعني فأعبرها, فقال النبي صلى الله عليه وسلم: أعبرها. فقال: أما الظلة فالإسلام, وأما الذي ينطف من العسل والسمن فالقرآن, حلاوته تنطف".

5- Selon Aïcha [50] : «Le Messager de Dieu aimait le sucré et le miel»
عن عائشة رضي الله عنها قالت: " كان رسول الله صلى الله عليه و سلم يحب الحلواء و العسل" [51]

6- D’après Mu‘awiya Ibn Hîda[52] : «Dans le Paradis il y a un fleuve d’eau, un fleuve du miel, un fleuve du lait et un fleuve du vin par la suite ils se séparent» [53].
عن معاوية بن حيدة: " إن في الجنة بحر ماء, وبحر عسل, وبحر لبن, وبحر خمر, ثم تشقق الأنهار بعد".

J’'ai tenté ici, d'un côté, mettre l'accent sur les bienfaits du miel face à une cuisine novatrice qui s'intéresse à des nouveaux aliments, autrement dit, j’ai voulu "réhabiliter" les vertus du miel et lui "rendre hommage" en soulignant son efficacité et son histoire à travers les textes. Et de l'autre, examiner la place qui occupe le miel dans les différents textes fondamentaux. Sa douceur a fait donc de lui un sujet thématique dans les différents textes. Sa douceur que se soit comme aliment, grâce à son goût et sa saveur, ou comme remède mérite considération et intérêt, qui ne doivent pas être négligés. Evidement un miel pur provenant directement de la récolte faite par l’apiculteur sans conservateur ajouté est toujours conseillé et meilleur. Egalement, la poésie a mis l'accent sur cet aliment. Les philosophes grecs écrivaient très souvent sur ce sujet. Lucrèce par exemple, philosophe et poète latin et aussi disciple d'Epicure, a écrit [54] :
 
«Je chante, illuminant un ténébreux domaine
Où je colore tout de la beauté des vers !
Et ce charme est utile à l'œuvre que je tente :
Le médecin qui fait d'ingénieux efforts
Pour donner aux enfants l'absinthe rebutante
À d'un miel doux et blond du vase enduit les bords».
 
La doctrine épicurienne est la doctrine des disciples d'Epicure, philosophe grec et aussi fondateur de l'une des plus importantes écoles philosophiques de l'Antiquité, qui se propose la recherche exclusive du plaisir. Cette doctrine lui était attribuée par ses adversaires ultérieurs car Epicure rejetait cette doctrine, voire cette morale. Etant trop dure à avaler, j'entends parler de la doctrine, par ses contemporains déjà très atteints par les troubles de l'âme, il fallut le miel de la poésie pour la faire passer. Lucrèce annonce que la doctrine épicurienne est très «dure à avaler», il désire donc soigner les hommes atteints des maux de l’existence, en leur expliquant les causes de leurs malheurs. A travers sa poésie, son miel, il essaye donc de calmer cette souffrance. Il veut utiliser son talent poétique pour cette noble cause :
 
«D'abord ce que j'instruis n'est certes pas petit
Car je viens délivrer notre esprit de l'entrave
De la religion, et ensuite je grave
Dans des vers éclairés un sujet ténébreux,
En parsemant le tout d'attraits harmonieux.
Et encore cela n'est-il pas sans mobile.
Quand ils veulent donner l'absinthe difficile
Aux enfants, les docteurs trempent d'un miel sucré
Les bords du gobelet afin que soit joué
 
Sous la douceur de cette citation j’ai voulu achever la discussion concernant le miel : «La science est d'un goût amer à ses débuts, mais à la fin elle est aussi douce que le miel [55]».

__________________
1] Claude Lévi-Strauss, Mythologiques III. L’origine des manières de table, Paris, Plon, 1968.
[2] «Abeille», Dictionnaire de l'Académie Française, 1ère Édition» [archive], "sur Analyse et traitement informatique de la langue française", 1694
[3] Site : L’origine du miel- Les abeilles de Titou.
[4] Rappelons que l'Ancien Testament, écrit par les prophètes, compte 39 livres. Les Juifs le subdivisaient en trois parties: la Loi (appelée encore le Pentateuque), les Prophètes et les Ecrits saints. Le Nouveau Testament compte 27 livres : 4 évangiles, les Actes des Apôtres, 13 épîtres de Paul, l'épître aux Hébreux, 7 épîtres dites catholiques ou générales et l'Apocalypse.
[5] Femme actuelle; Art. «Les vertus curatives du miel»; pp. 1-4, 06/10/2007.
[6] Classé 21ème en 2009 dans le palmarès des 50 meilleurs hôpitaux de France.
[7] Site : Famille EGGER, Art. "Les vertus du miel (de thym)", Suisse, 19/08/2009.
[8] Anne-Sophie Glover-Bondeau, Art. "Le miel à l'hôpital: un allié pour la cicatrisation", 01/03/2012.
[9] Ancien Testament, Ecclésiaste, chapitre 39, verset 26.
[10] Ancien Testament, Exode, chapitre 16, verset 31.
[11] Selon différentes traductions.
[12] Site : Société Expo-Bible du Québec (SEBQ), art. «Le lait et la miel dans la Bible».
[13] Ancien Testament, Esaïe, chapitre 7, verset 15.
[14] Dit aussi Cantique de Salomon ou Chant de Salomon, est un livre de la Bible.
[15] Ancien Testament, le Cantique des cantiques, Chapitre 4, verset 11.
[16] Ancien Testament, Esaïe, chapitre 7, verset 22.
[17] Ancien Testament, Nombre, chapitre 16, verset 13.
[18] Ancien Testament, Exode, chapitre 13, verset 27.
[19] Ancien Testament, Josué, chapitre 5, verset 6.
[20] Ancien Testament, Genèse, chapitre 43, verset 11.
[21] Nouveau Testament, Luc, chapitre 24, verset 42.
[22] Ancien Testament, Rois, chapitre 14, verset 2-3.
[23] Ancien Testament, Livre de Samuel, chapitre 19, verset 10.
[24] Ancien Testament, Livre de Samuel, chapitre 119, verset 102.
[25] Ancien Testament, Livre Lévitique, chapitre 2, verset 11.
[26] Nouveau Testament, Ezéchiel, chapitre 3, verset 3.
[27] Nouveau Testament, Apocalypse, chapitre 10, verset 9.
[28] Ancien Testament, Livre des Cantiques, chapitre 4, verset 11.
[29] Ancien Testament, Livre des Proverbes, chapitre 5, verset 3.
[30] Ancien Testament, Livre des Psaumes, chapitre 119, verset 103.
[31] Ancien Testament, Livre des Juges, chapitre 14, verset 8.
[32] Ancien Testament, Livre des Juges, chapitre 14, verset 18.
[33] Ancien Testament, Livre de Proverbes, chapitre 25, verset 27.
[34] Ancien Testament, Livre des Proverbes, chapitre 25, verset 16.
[35] Ancien Testament, Ezéchiel, chapitre 41, verset 8.
[36] Coran, S. 11, v. 69.
[37] Wikipédia, art. «Miel ; Qualité des miels, origines et traçabilité».
[38] Coran, S. 47, v. 15.
[39]  Rappelons que le hadîth est une communication orale du Prophète de l'islâm Muhammad et par extension un recueil qui comprend l'ensemble des traditions relatives aux actes et aux paroles de Muhammad et de ses Compagnons, considérés comme des principes de gouvernance personnelle et collective pour les Musulmans, que l'on désigne généralement sous le nom de «tradition du Prophète».
[40]  Sahîh al-Bukhârî, hadîth n° 5681.
[41]  Mihjam ou hijâma consiste à appliquer, par des spécialistes, une ventouse sur certaines parties du corps et faire de légères incisions pour faire sortir du mauvais sang.
[42] Compagnon du Prophète Muhammad, il est mort en 693H.
[43]  Sahîh al-Bukhârî, hadîth n° 5684.
[44] Ibn al-Qayyim al-Jawziyya, «الطب النبوي» (traduit : La Médecine Prophétique), chapitre 6.
[45] Abdallâh Ibn Mas'ûd, mort en 652H, Compagnon du Prophète Muhammad.
[46] Al-Bayhaqî, al-Sunan al-Kubrâ, hadîth n° 19566.
[47] Coran, S. 17, v. 82.
[48] Coran, S. 41, v. 44.
[49] ‘Abdallâh Ibn ‘Abbâs mort en 687H, Compagnon du Prophète.
[50] Aïcha, est mort en 678H, épouse favorite du prophète, elle a rapporté de nombreux hadîths.
[51] Sahîh al-Bukhârî, hadîth n° 5115.
[52] Mu‘âwiya al-Quraychî Ibn Hîda, Compagnon du Prophète.
[53] Sahîh al-Tirmidhî, hadîth n° 2571.
 [54] Du Sully Prudhomme traduisit ainsi le début du chant IV du De Rerum Natura de Lucrèce, vers 12-8.
[55] Inscription anonyme, X-XII ème siècle.






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