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Vendredi 13 Mai 2016

Compte rendu du 1er colloque des intellectuels musulmans francophones à Paris


L'Académie Française de la Pensée Islamique (AFPI) organisait le 7 mai 2016 le premier Colloque des Intellectuels musulmans francophones à la Fondation Maison du Maroc à Paris. Nous publions ci joint un résumé des différentes interventions pour chaque table ronde.





Présentation du colloque par Nadia Henni-Moulaï, journaliste, fondatrice du site Melting Book, auteur de "Petit précis de l'islamophobie ordinaire ".

Discours d'introduction du président de l'AFPI, Jamel El Hamri.

1ère table ronde : "Penser le religieux et religiosité d'une pensée".

Amine Djebbar / Les cahiers de l'Islam ©
En quoi une pensée d'inspiration religieuse peut-elle être utile à la fois aux adeptes d'une religion et à l'ensemble des hommes ?

Modératrice : Huê Trinh Nguyen, journaliste à Saphirnews.



Gabriel Hagai, Rabbin, linguiste et enseignant à l'EPHE

Le rabbin Hagai a précisé que la soif de connaissance a toujours été l'une des caractéristiques de la pensée juive. Cette dernière se perpétue par le renouvellement, évitant la sclérose spirituelle. La Torah peut apporter à l’humanité. Cette quête de savoir et ce renouvellement peuvent, selon lui, se prolonger dans l'engagement citoyen. 

Par ailleurs le Rabbin Hagai a indiqué que malgré la divergence de certaines écoles de pensée juive au cours de l'histoire, les adeptes de ces différents courants pouvaient tout de même se marier entre eux, soulignant ainsi que la coexistence pacifique, au sein d'une communauté religieuse ou d'une société, est possible.


Henri de La Hougue, Théologien, prêtre et enseignant à l'Institut Catholique de Paris (ICP)

Une pensée d'inspiration religieuse permet avant tout à ses adeptes de les guider vers l'amour de Dieu et vers l'amour des autres. Il y a une nécessaire attitude d'ouverture.

Elle est également utile à l'humanité car elle donne des clés pour comprendre le monde. Seule une prise en compte de la pensée religieuse permet d'éviter que la radicalité de cette pensée se développe à l'égard de la société.

C'est une ouverture vers les autres religions, comprenant également les agnostiques. Il y a du bon chez l'autre, il faut donc un chemin de dialogue. En outre, il ne faut pas voir la religion de l'autre uniquement à travers son prisme, il faut faire une immersion. Recueillir les différents points de vue, savoir ce qu'elle apporte à ses adeptes sur un plan personnel. Henri de La Hougue cita l'anecdote d'un chrétien qui ayant lu le Coran déplora qu'il n'y ait pas le mot "amour" sans se rendre compte du nombre de fois où était cité le mot "Rahma" (Miséricorde) dans le Coran.

Enfin, il rappela que le Concile de Vatican 2 n'a pas constitué une rupture avec le monde mais qu'il fut au contraire au cœur du monde et qu'il avait permis de respecter la liberté de conscience des autres.


Djamel Djazouli, Membre fondateur et ancien Directeur de l'AFPI, enseignant à l'ICP

Mr Djazouli a commencé par définir les composantes d'une pensée. Cette dernière se déploie en deux temps : intelligence et volonté. Elle se manifeste aussi en deux objets : intériorité et extériorité. Il cite le verset « Nous leur montrerons Nos signes dans l'univers et en eux-mêmes, jusqu'à ce qu'il leur devienne évident que c'est cela (le Coran), la Vérité. Ne suffit-il pas que ton Seigneur soit témoin de toute-chose ? (S41, V53). La pensée se manifeste à la fois à travers une introspection et un comportement social.

La pensée profane travaille sur le corps et la pensée religieuse travaille sur l’esprit. La pensée permet une meilleure connaissance de soi et une connaissance plus vraie du monde.


Anouar Kbibeche, Président du Culte Français du Culte Musulman (CFCM)

C’est une invitation, une ouverture vers l’autre comme l’atteste le verset : Ô hommes! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d'entre vous, auprès d'Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur. Une pensée d’inspiration religieuse permet de reconnaître la diversité des sensibilités : Si Allah avait voulu, certes Il aurait fait de vous tous une seule communauté. (V45, S5).

Elle permet d’élargir la dimension fraternelle. Certains musulmans pensent, à tort, que la fraternité se limite aux musulmans. 

Elle incite à la solidarité, comme lorsque le Pape François a exhorté toutes les communautés catholiques (en Europe) à accueillir une famille de réfugiés.

La pensée d’inspiration religieuse peut conduire à jouer un rôle social et à investir le domaine écologique, avec l’exemple notamment de leaders musulmans qui se sont intéressés à la question environnementale, en marge du COP21.


Bariza Khiari, Sénatrice de Paris, Présidente de l’Institut des Cultures d’Islam (ICI).

Absente, résumé de son communiqué :

Toute religion est poésie, la psalmodie du Coran est elle même musique. La foi n’est pas une fiction mais l’art peut sublimer la religion.

La religion a souvent eu des rapports ambivalents avec l’art comme par exemple la Querelle des Images (ou Querelles iconoclastes) à Byzance ou le Cantique des oiseaux de Attar. 

L’art est perçu comme un outil de transgression car l’artiste est considéré comme un homme libre chez certains religieux. L’art peut permettre de dépasser les règles comme avec la calligraphie.

« Dieu est beau et il aime la beauté » et l’Islam ne se limite pas uniquement à un code pénal.

2 ème table ronde : "Les penseurs musulmans face au patrimoine intellectuel de la civilisation islamique".

Amine Djebbar / Les cahiers de l'Islam ©


Quels devraient être les rapports de la pensée islamique de France avec le patrimoine théologique, juridique, philosophique, mystique et scientifique de la civilisation musulmane ?

Modérateur : Slimane Rezki, éditeur, spécialiste de l’œuvre de Guénon et du soufisme.



Inès Safi , chercheur en physique théorique, contributrice au dialogue science et foi

Quand on oppose l’Islam à la modernité, on se heurte essentiellement à deux obstacles : L’Islam est contre la Raison (donc contre les sciences) et l’islam est contre la Femme.

Inès Safi dénonce le négationnisme historique pratiqué par certains historiens qui établissent des raccourcis entre l’héritage grec et la période de la Renaissance, la civilisation musulmane n’est pas identifiée comme celle ayant étudié, traduit et fait redécouvrir les philosophes antiques grecs. La civilisation arabo musulmane fut même dénigrée par certains historiens comme Ernest Renan.

Cela s’explique par le fait que l’Histoire est écrite par les gagnants. Il y a en outre une  confusion que les chrétiens et les musulmans ont entretenu à l’égard de la Science. Les Sassanides ont vécu une période de décadence notamment quand les philosophes vivaient sous la persécution byzantine.

Le grand penseur Ibn Arabi a souligné la croyance  et la diversité des autres religions à travers la métaphore du Soleil et des étoiles. Inès Safi déplore les tensions qui incarnent le combustible du feu identitaire.

Il faut revisiter les liens de transmission, explorer l’histoire des sciences. Nous devons emmener nos enfants vers la complexité pour aller vers l’humilité. 


Yusuf Ozcan, Membre du CFCM, étudiant en islamologie (théologie) à l’EPHE

Il faut faire perdurer la tradition des grands penseurs dans la civilisation islamique car il y a actuellement une stagnation en terme de pensée. Il y a la Raison constituante et la Raison constituée (référence aux anciens), cette dernière est celle qui domine aujourd’hui. La communauté musulmane doit maîtriser son agenda intellectuel.

Pour poser un débat serein il faut sortir des cages dogmatiques, ne pas suivre des fatwas émises au profit d’idéologies politiques ou religieuses, Yucuf Ozcan, cite entre autre l’exemple d’Al Ghazali (avant sa crise spirituelle). 

Il est dommage de ne pas développer l’esprit critique dans l’éducation de nos enfants, il faut les aider à trouver leur cheminement spirituel. Il faut être à l’écoute de nos jeunes.


Tareq Abou Nour, chercheur en jurisprudence et finance islamique, enseignant et écrivain

Les textes scripturaires doivent respecter la modernité en terme de contexte actuel. Malgré une réalité temporelle trompeuse, l’Islam a indéniablement apporté sur le plan scientifique. La quête du savoir est même une injonction prophétique à travers le haddith qui stipule que chercher la Science est une obligation.

La civilisation islamique a porté en son sein de grands scientifiques tels que Al Kawarizmi (fondateur de l’algèbre), Razi (Département psychiatrique et musique dans les hôpitaux), le médecin Ibn Sinna (Avicenne), des géographes (comme El Idrissi) etc…

Cet apport scientifique s’est même constitué de façon harmonieuse dans un contexte multi religieux comme l’exemple de l’Andalousie où des penseurs appartenant aux trois grandes religions monothéistes ont pu produire des œuvres majeures. Le penseur juif Abraham al Fasi, originaire de Fès au Maroc, a rédigé des fatwas en langue arabe (XI ème siècle).

En France, la première présence des musulmans remonte à l’ère post romane. On retrouve l’influence des confréries musulmanes (Ikhwan) dans l’Abbaye de Toulouse. Le code juridique musulman (Fiqh) a notamment inspiré Louis IX et le code Napoléon (code civil)*. 

Pour Tareq Abou Nour, il y a aujourd’hui un problème organisationnel en France : il y a plusieurs intellectuels et ouvrages sur l'Islam qui sont de grande qualité mais ils ne sont pas médiatisés.

* Voir l’ouvrage L’Humanisme de l’islam de Marcel André Boisard


Tayeb Chouiref, spécialiste du Soufisme, enseignant de la langue arabe

Tayeb Chouiref a choisi de mettre en avant la vie de Jean-Louis Michon (m. 2013). 

Michon est né dans une famille chrétienne aisée, il a voulu approfondir sa relation avec Dieu. C’est une des raisons pour lesquelles il avait choisit l’islam comme religion. Il créa un groupe de réflexion et découvrit l’œuvre de René Guénon (m. 1951). 

Jean-Louis Michon découvrit que le patrimoine islamique n’était pas suffisamment mis en valeur, il voulait donc remercier cette belle religion qui l’accueillait. Il mena un combat pour instaurer un dialogue fécond entre l’Orient et l’Occident, une revalorisation du patrimoine commun entre les religions.

Le chemin de la connaissance de soi passe à travers des ouvrages qui expriment le sacré. 

Le littéralisme a toujours existé en Islam. Tayeb Chouiref cite l’exemple du Compagnon du Prophète qui avait compris littéralement la métaphore du fil noir et du fil blanc (en réalité la nuit et l'aube).


Abdelwadoud Gouraud, Membre de l’Institut des Hautes Études Islamiques, enseignant

L’esprit de restauration incarné par le penseur al Ghazali est toujours actuel. Il y a une certaine correspondance entre son époque et la nôtre. Al Ghazali a parlé du débat entre la Foi et la Raison, pour lui elles ne s’opposaient pas mais se complétaient.  Il a souligné les limites de la Raison. L’importance de la connaissance : l’Homme est imprégné d' ar Rûh (esprit divin) et celui du Qulb (cœur). 

Avant sa crise spirituelle Al Ghazali parlait de science mais sans avoir acquis la certitude. Il a insisté sur la nécessité d’un engagement spirituel; son témoignage est intéressant pour nous aujourd’hui. Notre rôle est de perpétrer cette chaîne, ne pas perdre cette tradition, s’inspirer de son esprit et ne pas faire du mimétisme.

Les intellectuels musulmans du passé ont fait un effort de réflexion, ils avaient cette soif de connaissance. Qu’est ce qui est important pour nous aujourd’hui : la focalisation sur l’aspect juridique et les règles dogmatiques ou la soif de connaissance ?

3 ème table ronde : "Les penseurs musulmans face au Coran et à la tradition prophétique"

Amine Djebbar / Les cahiers de l'Islam ©


Quelles approches et méthodologies de lecture du Coran et de la tradition prophétique authentique la pensée islamique de France devrait adopter ?

Modérateur : Djamel Djazouli, ancien Directeur de l'AFPI, enseignant à l'Institut Catholique de Paris

Absents : Rachid Benzine, Saaed Jazari et Tahar Mahdi.



Nour el Houda Bouaroua, enseignante langue arabe et d' Usul al Fiqh, étudiante en Master 2 à l’INALCO

La lecture du Coran doit être intemporelle, il y a deux approches :

*Mettre en relief le texte et le contexte
*Comprendre la finalité de la loi (Maqasid el Chariah)

Les fondements de la jurisprudence (Usul al Fiqh) ne constituent pas une discipline figée, cette dernière est évolutive. Les Maqasid (finalités de la loi) tiennent compte à la fois du contexte et de l’intérêt de l’individu. Le but de la Charia est d’atteindre la béatitude mais celle ci commence déjà dans ce bas monde.

Pour que la pensée islamique soit productive il faut donc établir des réflexions à la lumière de ces finalités.

Quelle position doit-on adopter face à l’héritage scientifique ? Certains penseurs musulmans préconisent de nouvelles législations, d’autres ne le souhaitent pas. L’autonomie de la science est primordiale, les fatwas ne doivent pas être dictées par des idéologies religieuses ou politiques, notamment celles qui déterminent ce qui est halal ou haram.

Nour El Houda Bouaroua cite le haddith : « Allez acquérir la Science jusqu’en Chine ». Ce qui démontre selon elle l’importance des sciences profanes, il ne faut donc pas se limiter aux seules sciences islamiques. La civilisation islamique ne s‘est pas constituée uniquement avec des musulmans, elle cite l’exemple de la Beit el Hikma (Maison de la sagesse) à Bagdad ou celui avec les juifs d’Andalousie.


Oumar Dourmane, enseignant en Sciences Islamiques, spécialiste en usul-al-fiqh

Oumar Doumane parle de la disponibilité potentielle du texte divin, tout dépend de l’approche et l’interprétation qui restent humaines, la production de la pensée reste propre à l’Homme. La liberté est indispensable en Islam.

Les deux références scripturaires unanimes en Islam sont le Coran et la tradition prophétique (Sunna), à l’instar du code pénal, un texte sacré doit faire autorité. 

La langue arabe est la première clé de compréhension de ce texte, sa maîtrise est donc primordiale. Les juristes musulmans ont développé aux cours des siècles une méthodologie qui s’appuie sur différentes connaissances : les textes scripturaires, les points de divergences, les différentes écoles juridiques, les prédécesseurs (savants), la langue arabe, science du discours (ilm al Qalam).

Au VII ème siècle la maîtrise du droit islamique est ajoutée et au VIII ème siècle le théologien Shâtibî incorpore les sciences de la finalité et supprime celle de Ilm al Qalam.

Aujourd’hui les sciences humaines sont ajoutées dans la méthodologie d’approche des textes scripturaires. 

Il faut développer la spiritualité, intégrer les sciences profanes c’est pratiquer la religion : Oumar Doumane cite l’exemple de la médecine car pour une question relative à la santé, on ne sollicite pas l’avis d’un religieux mais d’abord celui d’un médecin.


Tahar Mahdi (absent), Imam, théologien. Résumé de son communiqué :

La pensée islamique a été élaborée par les savants musulmans au cours des siècles et selon leur époque. Aujourd’hui on consomme sans produire. Dans le Coran il n’existe pas le mot imitation, une pensée figée qui suit à la lettre la loi est contraire à la tradition prophétique.

Il y a dans la communauté musulmane des libres penseurs qui pratiquent l’ijtihad (effort de compréhension) mais qui renient le patrimoine, ils ne (re) connaissent pas les statuts légaux (al-Ahkâm). L’autre tendance est celle des penseurs qui respectent la tradition islamique, qui étudient et analysent grâce à l’outil des sciences humaines. 

Quelle est la place de la philosophie aujourd’hui ? Il faut travailler la dimension spirituelle pour pacifier le monde. Il faut une législation nouvelle et plus de spiritualité pour répondre aux défis contemporains. Les communautés musulmanes subissent le passé et le présent mais sans rentrer dans le futur.

L’intellect n’évolue pas, les musulmans européens recherchent uniquement l’interdit. Dépassés par les nouvelles technologies, ils s’attardent à des futilités (saluer ou non un non musulman) au lieu de comprendre leur conception. Il faut allumer une bougie au lieu de maudire l’obscurité. Tahar Mahdi conclut par l’extrait du verset 11 de la Sourate 13 : « En vérité, Allah ne modifie point l'état d'un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes ».

4 ème table ronde : "Les penseurs musulmans : rôles et rapports à la modernité et la France"

Amine Djebbar / Les cahiers de l'Islam ©


Quels types de productions de pensée islamique en France pour quelles vocations au sein de la modernité ?

Modératrice : Nadia Bey, journaliste à Radio Orient

Absent : Ghaleb Bencheikh


Cheikh Bentounès, Guide spirituel de la confrérie al Alawiyya

Du vivant du Prophète, ses Compagnons avaient leur guide, leur modèle. Aujourd'hui nous débattons du modèle : quel courant suivre ? Nous devons passer de la culture du "Je" à la culture du "Nous". Nous regardons dans le miroir de l'autre, nous devons nous ouvrir à l'altérité. On ne parle plus d'ihssan (excellence).

La foi est une fondation qui ne tient pas uniquement sur un pilier, en l'occurence la jurisprudence islamique. Celle ci n'en demeure pas moins une production humaine. Il faut un peu désacraliser cette production humaine et développer la spiritualité. 


Omero Marongiu-Perria, Sociologue spécialiste de l'Islam en France.

Il y a une transformation dans la dialectique : il y a des protagonistes qui s'influencent. Nous sommes restés dans des clôtures dogmatiques, c'est comme si l'histoire de l'islam se limitait au Droit musulman.

Il y a un paradigme hégémonique de domination, il n'y a pas de rupture épistémologique alors que la société a évolué. Comment parler de Dieu ? Il y a par ailleurs différents rapports :

-Le rapport de soumission à Dieu
-Le rapport de genre (homme/femme)
-Le rapport avec la société

Durant les siècles passés, on mettait en débat des avis, des productions intellectuelles et non "l'islam" que l'on a personnifié comme lorsqu'on dit par exemple "L'islam dit que", ce qui est faux. 


Ousmane Timera, Islamologue, enseignant

Il faut dépasser la modernité et la "musulmanité". L'Islam se confond avec l'héritage, l'islam est la relation entre Dieu et l'homme. La foi est la capacité de dépasser la modernité pour atteindre quelque chose que l'on ne voit pas. Il faut lire la Création et la Révélation au delà des idéologies ou des grilles de lecture des anciens.

La modernité est une étape, c'était une rupture avec le passé. Ousmane Timera parle de post modernité et utilise le terme de reliance. Il préconise de lire directement le Coran.


Ismail Mounir, imam, enseignant et conférencier

Ce qui se passe aujourd'hui était prévisible il y a 10 ans : avec l'avènement d'internet il y a une rupture entre les dignitaires religieux et la jeunesse. La formation religieuse à l'étranger ne répond plus aux attentes de la jeunesse musulmane en contexte français. Ismail Mounir s'est interrogé sur ce qu'il pouvait lui apporter face aux nouvelles technologies et ce besoin.

Ismail Mounir s'inscrit dans une tradition de Réforme. Son enseignement est attaché à aucune école juridique,  il traduit des concepts en laissant les mots en arabe. Il cite l'exemple du mot Tawhid  et précise qu'il n'existe pas dans le Coran, ce qui est important c'est la définition que l'on donne au terme car ce dernier revêt diverses significations selon les courants religieux : Fusion avec Dieu, rapport dans la société...

Son but n'est pas de former des oulémas ou savants mais de permettre d'avoir un équilibre moral, psychologique, il faut décadenasser certaines idées reçues sur la religion. La lecture du Coran est ouverte à tous (tes). On récolte aujourd'hui ce que la société a produit de négatif : la frustration, la haine, la misogynie...

 

Discours de clôture

Jamel El Hamri. Copyright Amine Djebbar / Les cahiers de l'islam

Jamel El Hamri, Président de l'AFPI, doctorant à l'Université de Strasbourg


Il faut investir dans la donation pour les différentes institutions intellectuelles musulmanes pour leur permettre d'organiser ce type d'évènement. 


La pensée islamique actuelle est en gestation, pour faire l'histoire il faut produire si l'on veut participer aux grands débats de société. Jamel El Hamri fait un rappel des différentes interventions qui ont eu lieues durant ce colloque.

Selon lui, Il faut faire preuve d'audace intellectuelle sans agitation. Il y a une nécessité de transmettre à nos jeunes, de vulgariser sans abaisser le niveau de nos intellectuels car ce n'est pas à eux de le faire. La pensée islamique de France traduit une forme d'égo civilisationnel blessé.

Jamel El Hamri parle de défi théologique à relever face au mal incarné par le terrorisme. Il cite Mohammed Arkoun qui a définit les théologiens musulmans comme des acteurs sociaux.

Enfin Jamel El Hamri rend hommage aux premières générations de parents musulmans en France qui au delà d'un manque de maîtrise de la langue française et/ou d'arabe littéral, pour certains, ont incarné la spiritualité musulmane et nous ont transmis cet héritage, ce patrimoine.

 

Copyright AFPI

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