Dimanche 11 Janvier 2015

« Le Coran, ce Livre que l’imposture n’atteint pas».Shaykh Mohammad Saeed Ramadan al-Bouti




Broché: 208 pages
Édition : Sagesse d'Orient (2014)
Langue : Français ISBN-10: 291842224X

Sur l'auteur et la traductrice

Savant théologien sunnite le Shaykh Saeed Ramadân al-Bouti ( 1921-Turquie- 21 Mars 2013 + ) était syrien d’origine kurde. Il a dirigé le département des croyances et religions à la faculté de la sharî’ah de Damas. En 1955 il obtient le plus haut diplôme de l’Université Al-Azhar.
Muhammad Saeed Ramadân al Bouti est l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages de sciences islamiques, de philosophie ou bien encore de sociologie et de littérature arabe. Il a donné de nombreuses conférences publiques en France, notamment à la mosquée d’Evry en 2007.

Le lecteur francophone a désormais accès dans la langue de Molière, à de nombreux ouvrages de ce shaykh, comme par exemple
« L'islam et l'occident » ; « Comment appeler à l'Islam. » ; « La décadence des musulmans, qui en est responsable. » ; « le Djihâd en Islam » ; « Qu’est-ce qu’un Etat Islamique ?  » ; « La non-conformité aux quatre écoles juridiques, la pire des innovations » ; « le Coran, ce Livre que l’imposture n’atteint pas »

Shaykh saeed Ramadân al Bouti s’est toujours opposé aux enseignements salafistes et wahabis ; cependant, son irréductible opposition au concept de laïcité confère à son œuvre et à ses prêches une certaine radicalité qui a été dénoncée dans les milieux non-musulmans. Il n’en demeure pas moins que ses enseignements sont toujours assis sur une connaissance remarquable du fiqh et des Ecritures ( Coran, Sunna et livres des Savants).
En Juin 2011, il a notamment émis une fatawa  remarquée, interdisant aux militaires de tuer des civils en temps de guerre.
Shaykh Saeed Ramadân al Bouti est mort assassiné avec 49 personnes en plein prêche à la mosquée Al Imane de Damas, le 21 Mars 2013.
 
Samia Touati, traductrice de l'ouvrage, a soutenu son Doctorat en études orientales et méditerranéennes à l’Université de Strasbourg, le 24 Septembre 2014 : « Le péché et son rôle salvateur chez le Maître soufi égyptien Ibn’ Atâ Allah al Iskandarî  ».

Finalité et structure de l'ouvrage

Le Shaykh Al-Bouti considère l’ouvrage « Le Coran, ce Livre que l’imposture n’atteint pas » comme une feuille de route servant de support à des débats concernant la nature divine du Coran. Pour lui, la rédaction d’un tel ouvrage était plus que nécessaire, car « plus les âmes éloignées de l’Islam trouvent en lui un réconfort, plus les esprits insouciants à l’égard de ses vérités s’y intéressent, … veulent l’étudier et analyser l’ensemble de ses croyances et de ses préceptes, plus l’animosité de ses traditionnels ennemis devient vorace, dégageant davantage les senteurs de la rancœur et de l’aversion… » (p. 7).
Ce livre militant à finalité pédagogique, trouve son fondement théologique dans cette Parole Divine : « Ne témoigne pas sans connaissance de cause. Certes, de l’ouïe, de la vue et du cœur, de tout cela, il vous faudra rendre compte » (Coran 17-36). Pour le shaykh al-Bouti, toute discussion portant sur la véridicité du Coran ne peut aboutir qu’à faire éclater la vérité en dénonçant les imposteurs, car en ce domaine, ou bien les débatteurs sont dans la bonne direction, ou bien ils se trouvent dans un égarement manifeste (opinion empruntée à Coran 34-24).
 
Ce livre est construit sous la forme de 32 propositions de discussions formulées par un interlocuteur anonyme ( nommé par la formule « l’un d’entre eux a dit ») qui joue le rôle du négateur et de celui qui ratiocine en permanence en faisant preuve de mauvais esprit envers le contenu du Coran. Le shaykh al-Bouti lui répond en ouvrant sa thèse par la formule : « je dis ». Notons que le shaykh tutoie son lecteur-interlocuteur. Aux allégations des négateurs et des ennemis du Coran, le shaykh al-Bouti oppose des arguments théologiques, moraux, historiques et scientifiques censés établir définitivement le fait que le Coran est le Livre que l’imposture n’atteint pas. L’intérêt de lire ce livre, réside donc non seulement dans les leçons d’Islam fermes et claires que le shaykh dispense à ses lecteurs, mais encore dans le contenu des questions soulevées par ceux qui remettent en cause la véridicité du Coran, soit en arguant d’incohérences historiques, littéraires ou théologiques, soit en mettant en avant l’impossibilité matérielle de la survenance de certains faits décrits. Au cours de ses démonstrations, le shaykh utilise le Coran et les hadiths. La traduction en français des versets cités par l’auteur, est celle de la traduction du Coran par Abdallah Penot. Lorsque la traductrice utilise la traduction du Coran par Jacques Berque, cette dernière le signale par un renvoi de bas de page. L’auteur n’hésite pas non-plus, quoique rarement, à faire appel à des propos de personnalités laïques qui renforcent ses dires, comme par exemple le mathématicien américain converti, Jeffrey Lang.

Au nombre des causes qui peuvent susciter une incompréhension du Coran parmi les musulmans eux-mêmes, mais aussi chez ceux des non-musulmans qui ne sont pas aveuglés par leurs passions et qui se refusent à nuire à la Parole Divine ainsi qu’à son transmetteur, le Prophète Muhammad (saws), le shaykh al-Bouti évoque la méconnaissance de la langue arabe, qui est celle dans laquelle l’ultime Rappel a été descendu en ce monde : « …Mais ceux qui passent à côté de cette sublime éloquence coranique, les orientalistes non arabes, prennent leur position d’étrangers à l’arabité et de là leur ignorance des règles de l’éloquence arabe comme preuve de leurs accusations de failles dans le Coran. Si tu vois un arabe qui parle une langue classique pure, puis qui suit ces orientalistes non arabes dans les accusations qu’ils portent contre le Coran et dans leur entreprise de lui associer des erreurs, sache qu’il s’est condamné à être un de leurs satellites et à imiter ce qu’ils font. » (p. 28). Le shaykh al-Bouti accuse également les « critiques moqueurs » du Coran d’être ignorants des codes de l’éloquence arabe, ou pire même encore, de les connaître « comme des lycéens », mais de « faire mine de les ignorer pour pouvoir mieux mettre à l’index le Livre de Dieu qui est en réalité la première source pour la langue arabe en matière de syntaxe et de style ». (p. 182). C’est ainsi qu’il rappelle à ceux qui ne comprennent pas – ou ne veulent pas comprendre- que Dieu (swt) puisse user de stratagèmes et d’artifices contre ceux-là mêmes qui ourdissent des complots contre la Parole Divine (Relire à ce sujet Coran 27-50 et Coran 4-142 : « Les hypocrites s’imaginent tromper Dieu, mais en réalité c’est Lui qui les leurre » -traduction Jacques Berque-), qu’il existe en langue arabe une figure de style appelée « al Mushâkala » (la similitude) permettant de « répondre [ à un interlocuteur] des paroles similaires aux siennes, soit à titre de menace et de dissuasion, soit pour se moquer de son inanité et de sa mauvaise compréhension ». (pp. 182-183).

Le livre du Shaykh al-Bouti est un ouvrage très abordable pour quiconque dispose d’un socle minimal en Science Islamique. N’étant pas construit comme la plupart des ouvrages écrits par des occidentaux – c'est-à-dire avec un plan en deux ou trois parties encadré par une solide introduction et une conclusion plus légère , ce livre peut apparaître de prime abord sans unité. Pourtant, lorsqu’il refermera cet ouvrage, le lecteur se rendra compte qu’il a acquis de solides connaissances en sciences coraniques et qu’il a été confronté à de nombreuses questions qu’il ne se serait très probablement pas posé de lui-même, questions auxquelles le shaykh répond de manière circonstanciée : Le Coran avoue-t-il que le musulman s’est éloigné du droit chemin ? (page 63 à 68) L’usage par Dieu (swt) du pronom personnel « Nous » contredit-il- l’Unicité du Coran ? (page 76 à 80). Comment le Coran peut-il être la Parole de Dieu (swt), alors qu’il ne fait en grande partie que rapporter les paroles des autres ? ( page 81 à 85), etc…

Afin de montrer comment raisonne le shaykh al-Bouti au cours des développements de cet ouvrage, nous avons choisi parmi ses 32 propositions, d’en présenter quatre : « Le Coran contredit-il la création de l’Univers par Dieu (swt) en six jours ? » (pp. 99-102) ; « Les Envoyés et la précellence que le Coran accorde à certains d’entre eux sur d’autres » (pp. 107-111) ; « Le coucher du soleil dans une source bouillonnante » (pp. 58-62) ; « Le Coran permet aux croyants de boire du vin – pourtant illicite- au Paradis ! » (pp. 146-151). Bien entendu, l’ouvrage traite de bien d’autres problématiques soulevées par le shaykh et qui sont captivantes, comme par exemple l’analyse par le shaykh al-Bouti des motifs qui montrent une parfaite honnêteté du Prophète (saws) lorsqu’il (saws) épousa Zaynab, l’ex-épouse de son fils adoptif Zayd (pp. 138-145), ou bien lorsque le shaykh démontre, « preuves historiques » à l’appui, que le Coran n’est pas l’œuvre d’Omar ibn al Kattab, mais bien le résultat d’un long et fastidieux travail de collecte des supports écrits qui contenaient la Révélation reçue par le Prophète (saws), travail engagé par les deux premiers Califes et plus spécifiquement par Omar Ibn al Kattab (pp. 175-181).

1er exemple de question : Le Coran contredit-il la Création de l’Univers par Dieu (swt) en six jours ?

Le Coran affirme que Dieu (swt) a créé les Cieux et la Terre et ce qu’ils contiennent en 6 jours (Coran 50-38). Toutefois, il est affirmé en Coran 41-9/12 que Dieu (swt) a tout créé en 8 jours. Ceux qui lisent le Coran rapidement ou qui recherchent la polémique, ne manqueront pas de souligner que le Coran ne peut être la Parole de Dieu (swt) quand il contient de telles contradictions. Le shaykh al-Bouti répond à une telle objection en citant intégralement les versets litigieux en question : « Dis- leur : Reniez-vous donc Celui qui a créé la terre en deux jours pour Lui attribuer des pairs, Lui qui est le Seigneur des mondes ? Il a ancré les montagnes à sa surface [ de la terre], il l’a bénie [ la terre], et à déterminé ses richesses en 4 jours exactement. [ Voilà en réponse]aux curieux. Puis Il S’est établi au ciel alors que celui-ci était de la fumée et lui a dit ainsi qu’à la terre : Venez à Moi bon gré, mal gré " , "Nous venons à Toi, de notre plein gré " répondirent-ils. Il façonna 7 cieux en 2 jours et inspira à chacun d’eux Son Commandement et Il orna le ciel de ce monde de luminaires [ destinés aussi] à le protéger. C’est ainsi que tout fut déterminé par le Puissant, le Très Savant. » (Coran 41-9-12). Après avoir souligné que cette erreur d’interprétation du décompte des jours de la Création s’expliquait – notamment  par « une méconnaissance de la langue arabe et de ses figures de style » (p. 100), le shaykh al-Bouti admet bien qu’une lecture superficielle donne effectivement le nombre de 8 pour les jours de la Création : 2 jours pour la Création de la terre ; 4 jours « pour en déterminer les richesses » et encore 2 jours pour la Création des Luminaires des Cieux : 2+4+2= 8. Alors, comment résoudre cette contradiction ? Le shaykh al-Bouti déclare donc que « l’illusion s’est introduite dans la mauvaise compréhension du second verset qui évoque la Création de ce qui existe sur terre comme montagnes et de ce qu’elle contient comme moyens de subsistance. Or, les quatre jours qui concluent ce verset représentent la durée de la Création de la terre entière avec ce qu’elle englobe de montagnes et de subsistances » ( p. 100). Dans ce cas, on revient bien à 4 jours consacrés à la Création de la terre + 2 jours consacrés à la Création des Cieux ( et de ce qu’ils renferment), soient 4+2= 6 jours. Enfin, le shaykh rejette l’interprétation de ceux qui considèrent le mot « jour » comme synonyme de « cycle cosmique » (p. 101), d’abord et avant tout parce qu’il perçoit dans cette interprétation une vision scientifique de la Création de l’Univers, totalement indémontrable en raison de la faiblesse des connaissances humaines en la matière.

2eme exemple de question : Le Coran et la hiérarchisation des Messagers et Envoyés .

Le lecteur du Coran apprend que : « Nous ne faisons de différence entre aucun de Ses Envoyés » ( Coran 2-285). Pourtant en Coran 2-253 , il est écrit : « Ces Envoyés, Nous donnons la précellence à certains d’entre eux sur d’autres » ( traduction de Jacques Berque). Quel verset mérite –t-il donc la confiance du lecteur ? Le shaykh al-Bouti souligne que contrairement aux apparences, « il existe une parfaite harmonie et une concordance totale entre ces deux versets ». (p. 108). En fait, Coran 2-285 : « Nous ne faisons de différence entre aucun de Ses Envoyés » sonne comme un avertissement à l’encontre de ceux qui se permettent de choisir les Envoyés et les Messagers dans lesquels ils croient ou refusent de croire. C’est donc ce tri entre les prophètes qui est condamné en Coran 2-285. D’ailleurs, toujours selon le shaykh al-Bouti, cette interprétation trouve une confirmation en Coran 6-159 lorsque Dieu (swt) dit au Prophète (saws) : « Tu n’as rien à voir avec ceux qui ont divisé leur religion en la scindant en sectes ». Quant au verset : « Ces Envoyés, Nous donnons la précellence à certains d’entre eux sur d’autres ; il en est à qui Dieu parla. Il éleva certains en degrés. Nous accordâmes à Jésus [Isa], fils de Marie [ Maryam] les preuves évidentes et Nous le soutînmes avec le Saint Esprit » (Coran 2-253), il faut comprendre que « celui auquel Dieu( swt) parla directement est plus élevé en degrés que ceux qui n’ont pas atteint cette posture. De même que Dieu (swt) distingua Isa (as) fils de Maryam (as) en lui octroyant des preuves spéciales qu’Il n’accorda à personne d’autre et en le soutenant avec le Saint Esprit. Pareillement, Dieu (swt) préféra Ibrâhîm [ Abraham] à de nombreux autres Envoyés et Prophètes…lorsqu’Il [ est] dit : ‘’ Dieu a pris Ibrahîm pour ami intime’’ » (Coran 4-125). Ainsi « préféra-t-il également Muhammad (saws) à l’ensemble des Prophètes et Messagers en l’envoyant à l’humanité entière, en faisant sa louange dans le Coran, et en lui accordant l’insigne intercession dont Il le distinguera au Jour Dernier ». (p. 109). Le shaykh conclut son propos en réaffirmant que Dieu (swt) : « a voulu que les Prophètes et les Messagers qu’Il envoya au fil des siècles, soient différents les uns des autres en terme d’élévation en degrés et de proximité avec Dieu (swt). Cependant, le dénominateur commun entre eux, demeure le fait qu’ils soient tous soutenus par la Révélation Divine et que les Hommes aient l’obligation de croire en eux tous…. » (p. 109).

3eme exemple de question : Le Coucher du soleil « dans une source bouillonnante ».

En Coran 18-85/86, il est enseigné que « Dhûl –Qarnayn [ l’ ‘’homme aux deux cornes’’, assimilé par de nombreux savants en sciences Islamiques à Alexandre de Macédoine], suivit une voie jusqu’à ce que parvenu au couchant du soleil, il s’aperçut que celui-ci disparaissait dans une source bouillonnante ». Certains ont voulu voir dans cette description, une erreur scientifique. Or, selon eux, seuls les Hommes – et jamais Dieu (swt)- peuvent commettre une erreur aussi grossière que celle de dire que le soleil se couche dans une ‘’ source bouillonnante ’’. Citant le célèbre exégète du Coran Ibn Kathîr (1301-1373+), le shaykh al-Bouti dit comprendre l’expression « jusqu’à ce que parvenu au couchant du soleil », comme la description du chemin suivi par Dhûl-Qarnayn qui le conduisit à la partie extrême accessible de la terre du côté Ouest. Concernant le passage : « il s’aperçut que celui-ci [ le soleil] disparaissait dans une source bouillonnante [ ‘ayn hami’a] », le shaykh al- Bouti fait observer que « tous les astronomes, les philosophes, et les physiciens du monde entier, s’ils se mettent au bord de la mer et observent le coucher du soleil, [ ils] ne verront que ce qu’a mentionné le Coran, tel que les yeux de Dhûl- Qarnayn l’ont vu ». (p. 59). Ainsi, le mot ‘’ source bouillonnante ’’ est une métaphore qui- au-delà de la mise au point du shaykh- illustre bien le fait que le Coran supporte plusieurs niveaux de lectures. Cette dénonciation par le shaykh al-Bouti de ceux qui par ignorance ou mauvaise foi, cherchent des incohérences dans le Coran en traduisant mal les textes ou en faisant semblant de ne pas comprendre les versets du Livre, est à relier avec une autre proposition du shaykh al-Bouti, visant à réduire au silence ceux qui ont trouvé des incohérences entre Coran 73-9 : « Le Seigneur de l’Orient et de l’Occident, il n’est de Dieu que Lui, prends Le donc pour Garant », Coran 55-17 : « Le Tout- Miséricordieux, le Seigneur des deux Orients et des deux Occidents » et enfin Coran 70-40 : « J’en jure par le Seigneur des Orients et des Occidents ». En fait, Coran 73-9 « le Seigneur de l’Orient et de l’Occident », s’adresse à tous les Hommes qui ont une capacité d’analyse simple : Le soleil se lève d’un endroit – l’Est- et se couche dans un autre endroit – l’Ouest . L’expression contenue dans Coran 55-17 « Le Seigneur des deux Orients et des deux Occidents » s’adresse à des personnes dotées d’une capacité de compréhension plus aiguisée, qui peuvent admettre aisément que lorsque le soleil se lève à l’Orient d’un croyant, il se couche en même temps à l’Occident d’un autre croyant, ces deux croyants se trouvant placés dans deux endroits différents au même instant. On peut donc bien parler légitimement de ‘’ deux Orients et de deux Occidents ’’, puisque celui qui prie Maghrîb en voyant le soleil se coucher, sait qu’à l’opposé géographique de lui, se trouve un autre être qui prie Fajr en voyant le lever du soleil. Les deux croyants sont bien tournés vers l’Orient en même temps et donc sont également dos tourné vis-à-vis de l’Occident au même moment. Il y a donc bien, symboliquement parlant, deux Orients et deux Occidents. Enfin, lorsque le Coran 70-40 rapporte : « J’en jure par le Seigneur des Orients et des Occidents… », il s’adresse cette fois à des personnes capables d’une grande capacité d’abstraction , aptes à intégrer le fait que puisque la terre tourne autour du soleil, « le lever de celui-ci se renouvelle à chaque fois dans différents pays et pour différents peuples , comme son coucher se renouvelle également [ et simultanément] de la même façon. Ainsi, le soleil reste-t-il en permanence à se lever et à se coucher, et les [ différents] endroits de la terre se partagent donc tous entre Orients et Occidents sans arrêts ». (p. 35). Il n’existe donc aucune incohérence entre Coran 73-9, Coran 55-17 et Coran 70-40. Il s’agit en réalité d’une lecture à trois niveaux possibles de la même affirmation.

4eme exemple de question : Le Coran promet du vin – pourtant illicite [ en ce monde]- au Paradis

D’aucuns se sont offusqués de ce que le Coran ait prohibé le vin (et par extension suite à un raisonnement juridique, l’alcool) sur terre (en le qualifiant même de « souillure » [rijs]), quand ce même Coran promet aux élus du Paradis qu’ils pourront en boire dans des verres de cristal servis par des éphèbes semblables à des perles dissimulées : « Voici la description du Paradis qui a été promis aux Pieux : Il y aura là des ruisseaux d’une eau jamais malodorante, et des ruisseaux d’un lait au goût inaltérable, et des ruisseaux d’un vin délicieux à boire, ainsi que des ruisseaux d’un miel purifié… » (Coran 47-15) ; ( voir à ce sujet également Coran 52-23 et Coran 56-17/19). Comment donc l’illicite ici- bas devient licite dans l’au- delà ? (p. 146 et s.) Le shaykh al-Bouti nous livre l’exégèse suivante desdits versets : « Sur terre, Dieu (swt) a voulu éprouver l’Homme en le rendant responsable de procéder à des choix, à des arbitrages entre ce qui est bon et licite, et ce qui est mauvais et illicite. Ainsi, la créature consciente et obéissante à son Seigneur, méritera-t-elle dans la vie future, une récompense pour les privations qu’elle se sera volontairement imposée au cours de sa vie terrestre en s’éloignant des pratiques préjudiciables contre lesquelles Dieu (swt) l’a mise en garde » (p. 149). En revanche, dans les mondes célestes, « les multiples jouissances…qui orneront la vie des Gens du Paradis, seront alors épurées de tous les défauts qui les entachaient dans ce bas monde [ et] qui étaient dictés par le fait que celui-ci était un lieu d’épreuves et de responsabilité ». (pp. 149-150). Il va donc de soi que les raisons qui avaient présidé au classement de certaines actions dans le chapitre de l’illicite (comme boire du vin et des liqueurs fortes par exemple) ayant disparu dans la demeure éternelle, l’illicite sur la terre deviendra fort logiquement licite au Paradis.

Conclusion

L’ouvrage ici étudié de Shaykh al-Bouti s’achève sur la citation de Coran 2-175/176 : « Ceux qui font du Livre un objet de divergence, sont [ avec les endurants] en profond désaccord ». Un des objectifs de l’auteur sera atteint, si les endurants parviennent à puiser dans son ouvrage les arguments à opposer aux négateurs et aux ignorants lorsque ces derniers mettent en cause la véridicité du Coran. Dans cet ouvrage, shaykh al-Bouti montre combien le grand savant de l’Islam qu’il fut, savait faire partager ses convictions avec douceur et fermeté au plus grand nombre, sans jamais transiger avec la qualité des enseignements dispensés.



Dans la même rubrique :