Loubna-Chahid est diplômée de l’Institut International de la pensée Islamique (ex IIIT France). En savoir plus sur cet auteur
Samedi 17 Novembre 2012

La zakât : pour une spiritualité sociale



Les inégalités sociales que nous pouvons constater dans certains pays, notamment le Maroc, sont frappantes et devront nous interpeller sur les mesures de répartition de la richesse mises en place par le gouvernement.
 
Ces inégalités se creusent de plus en plus entre les différentes couches de la société marocaine et le contexte économique actuel ne fait qu’amplifier cette disparité.
Le taux de chômage s'est établi, durant le 2ème trimestre 2012, à 8,1% [1]. Le constant est d’autant plus inquiétant que la criminalité [2] monte en flèche  et l’insécurité atteint un niveau inquiétant au sein de la population marocaine, particulièrement les femmes.
Le Maroc n’étant pas bien entendu, un cas isolé.
 
Face à cela, le citoyen peut ressentir au tréfonds de lui-même le besoin de changer cette réalité sociale et aspirer à réduire, même partiellement, ces inégalités et y apporter des solutions pérennes et durables.
 
Il serait donc impératif de réfléchir à un modèle social solidaire.
 
Une des mesures de répartition de la richesse, voire de la création de valeur, institutionnalisée par le message coranique qui me semble intéressante à étudier est la zakât (l’aumône légale).
 
Les répercussions de cette mesure sur la situation socioéconomique de la société marocaine méritent d’être analysées.
 
Il ne s’agit pas ici d’être dans une logique d’assistanat éternel mais dans une démarche de réalisation d’une autonomie financière. Nous pourrons imaginer que les fonds collectés seront destinés au financement de petites entreprises qui profiteront aux jeunes chômeurs et exclusivement au financement des actions sociales.
 
Je ne dispose par des outils et des compétences nécessaires me permettant de simuler de manière scientifique les bénéfices de la zakât. Mon objectif est tout simplement d’en expliciter le fonctionnement et de souligner que, par son effet d’entraînement, la zakât créée une dynamique sur le marché favorisant ainsi la consommation, l’épargne et stimulant l’investissement.
L’institutionnalisation de la zakât s’est opérée suivant un processus de conscientisation, de conviction et d’adhésion progressive préparant graduellement les esprits et les conditions pour sa mise en pratique.
 
Elle tire son fondement dans le coran d’abord et la sunna en explicite la portée pratique. Etymologiquement, le terme zakât signifie purification et accroissement.

Elle fût décrite dans les premiers versets comme une vertu et une œuvre pieuse des plus pratiquants invitant les musulmans à suivre l’exemple des communautés précédentes.
 
Les personnes qui possèdent le minimum imposable (niçâb) sont redevables de la zakât aux personnes dont les conditions économiques se situent en deçà de ce minimum.
 
En s’acquittant de la zakât, l’individu fait preuve de solidarité envers son confrère et réalise un acte de foi.
 
Dieu le Très Haut dit : « Prélève de leurs biens une Sadaqa par laquelle tu les purifies et les bénis, et prie pour eux. Ta prière est une quiétude pour eux. Et Allah est Audient et Omniscient » verset 103, Sourate Le repentir.
 
L’acquittement de la zakât impliquerait que le revenu des populations les moins aisées augmente et ainsi leur consommation. Le comportement et les changements économiques ne concernent pas uniquement les bénéficiaires de la zakât. Ils affectent également les redevables.
 
Le prophète (pbsl) a dit : « Si vous adoptez un orphelin possédant des biens, investissez les afin que l’aumône ne réduisent pas ses épargnes » [3].
 
Ce hadith stipule que l’application de la zakât devrait encourager les redevables à investir par craintes que ces prélèvements réduisent leurs épargnes.
 
Cet investissement crée de la valeur et produit une variation de la demande sur le marché. L’accroissement de la demande provoque à son tour une variation de la production et donc de l’offre.
 
Ce faisant, ce mécanisme économique se traduit par la création de nouvelles opportunités d’emploi et donc de nouveaux revenus. 
 
Toutefois, nous ne pouvons présenter la zakât comme « la solution miracle » des malaises socio-économiques de notre société mais son impact potentiel a le mérite d’être étudié.
 
La concrétisation de sa finalité relève d’une prise de conscience et d’une responsabilité individuelle, collective et publique. Cet engagement doit guider notre conscience spirituelle et citoyenne.
 
Il va sans dire que la dimension éthique est indispensable à la pérennité des mesures mises en place et à la réalisation d’une justice sociale. La crise financière et économique  dont souffre le monde aujourd’hui en témoigne.
 
Dieu le Très haut  dit « …En vérité Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les individus qui le compose ne modifient pas ce qui est en eux mêmes… » Verset 11, Sourate « Le tonnerre »
 
Il tient donc à nous d’être le changement que nous désirons voir autour de nous. S’engager intérieurement sur la voie de la réforme (al islâh) devrait conduire naturellement à une transformation extérieure.


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 [1] Selon le Haut Commissariat au Plan (HCP) du Maroc.

[2] « Lundi 4 juin, au parlement, le ministre de l’Intérieur, Mohand Laenser, a dévoilé les chiffres de l’insécurité, recensant près de 500 000 faits de délinquance dans le pays pour 2011, soit 15 crimes pour 1000 habitants. C’est, à titre de comparaison, beaucoup moins qu’un pays comme la France, qui tourne à 69 pour 1000. Mieux, le premier flic du royaume a souligné le peu de meurtres au Maroc, avançant un taux d’homicide de “0,4 cas pour 100 000 habitants, un chiffre très en deçà de ceux enregistrés dans nombre de pays développés”, avant de se féliciter du taux d’élucidation des enquêtes (85%) », Criminalité : Les vrais chiffres, www.telquel-online.com, article publié le 28 juin 2012.

[3] Un essai de traduction personnelle du hadith : " ألا من ربى يتيماً له مال فليتجر به ، ولا يتركه حتى تأكله الصدقة
 



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