Dimanche 19 Octobre 2014

Deux ans déjà !!



Les Cahiers de l'Islam fête ses deux ans d'existence. A cette occasion, nous proposons à nos lecteurs, la " profession de Foi " de la "Revue de l'Islam". Cette revue mensuelle fut créée en 1895 et publia des articles sur l'Islam et les Musulmans jusqu’en 1902.

C'est donc quasiment 120 ans qui sépare la création des Cahiers de l'Islam de celle de son aînée. Pourtant, le lecteur découvrira une similitude frappante entre les circonstances et les raisons qui présidèrent à la création des deux revues.

Cent vingt ans ont passé, des milliers de soldats français de confession Musulmane sont tombés pour la France sur les champs de bataille des deux guerres mondiales, des milliers d'ouvriers de confession Musulmane ont contribué à faire de la France la 5eme puissance économique mondiale qu'elle est encore aujourd’hui, des millions d'européens de confession Musulmane participent désormais à l'avenir de la communauté européenne et pour autant l'ignorance, la méconnaissance de l'Islam (première religion du monde [1]) et les préjugés à son encontre prévalent encore. 
 
C'est pourquoi, la revue les Cahiers de l'Islam, à l’instar de son aînée, s'est donnée pour objectif de faire mieux connaitre, au travers d’une approche pluridisciplinaire et sans exclusivisme, le caractère universel du patrimoine spirituel et intellectuel déployé par l’Islam depuis maintenant quinze siècles.  

 


Maschallah !

                       Nous sommes à la veille de graves événements. L'opinion publique européenne est déchaînée contre le monde musulman. On rançonne le Gouvernement ottoman pour lui imposer des privilèges en faveur de peuples qui n'ont jamais cessé d'être privilégiés. On propage l'idée de la soumission du Khalife des musulmans, et par là on tache d'exalter le monde musulman contre son Khalife. En même temps, on pousse à la guerre civile entre les différentes nationalités de l'Orient, comme si l'on voulait à tout prix envenimer les dissensions de religion et de race qui jadis ensanglantèrent l'Asie. C'est une politique de provocation et de haine. De la part de certains meneurs, la mauvaise foi domine; de la part d'autres, l'ignorance. Et l'islamisme [2], mis au pilori, est en proie à toutes les déprédations et à toutes les ignominies.
                       
                       En ces circonstances critiques, nous venons accomplir une œuvre de conciliation. Trois puissances se sont coalisées en cette croisade anti-islamique. L'Angleterre, la Russie, la France ; et elles comptent plus de 100 millions de sujets musulmans : sujets directs ou protégés ! Sa gracieuse Majesté, souveraine du British Empire, a pour son compte sous son sceptre plus de musulmans que d'anglais proprement dits. Celle constatation suffit pour montrer l'absurdité d'une pareille politique. Car on a beau dire que l'on s'en prend uniquement aux Turcs, il n'est pas moins vrai que toute cette algarade ne sert, au fond, qu'à masquer un implacable réquisitoire contre le fanatisme musulman. Or, c'est précisément cette légende du « fanatisme musulman » que les fondateurs de cette Revue se proposent de combattre. Ils font appel à la collaboration de tous ceux qui sont en mesure de parler, en connaissance de cause, de l'islamisme et des peuples islamiques.

                       Nous nous proposons deux buts principaux :
                       Défendre en Europe les intérêts musulmans.
                       Expliquer le vrai sens de l'islamisme.
                       
                       Pour atteindre le premier, nous invoquons les mêmes principes dont se servent les adversaires et les calomniateurs de l'Islam : les principes d'humanité et de justice.
                       
                       Pour le second nous n'avons qu'à nous appuyer sur la vérité historique et sur le sens commun.
                       
                       Jamais la religion musulmane n'a été une religion d'intolérance et de fanatisme : nous le prouverons.
                       
                       Nous prouverons aussi que la doctrine du Coran, n'est nullement incompatible avec les idées de civilisation et de progrès. Les Saints Pères de l'Islam, qui ont joué parmi leurs coreligionnaires le même rôle que les Pères de l’Église chez les chrétiens ont trouvé un mot admirable pour définir les interprétations et les exégèses du Livre auguste dicté par Dieu au prophète Mahomet : le mot Charia [3], qui veut dire large voie, comme pour proclamer que l'Islamisme est ouvert à toutes les grandes choses et à toutes les grandes idées ; apte à favoriser toutes les grandes évolutions. Le recueil de la Charia, qui se poursuit depuis des siècles, est un monument dont l'achèvement ne sera jamais accompli. Car la Charia ne se borne pas à constituer une législation spéciale, comme ou le suppose généralement, une législation aux données étroites et exclusives, toutes au désavantage des non mahométans. La Charia est le Coran même, le fruit de l'initiation mis à la portée du vulgaire, et partant l'analyse de la théologie et de la philosophie musulmanes sous leurs aspects religieux, social, juridique et politique.

                       L'idée que l'on a généralement de l'Islam eu Europe est formée de préjugés et d'erreurs : nous croyons qu'il importe de faire cesser le malentendu qui reste depuis des siècles interposé entre la Croix et le Croissant.
                       
                       Cette Revue s'attachera donc à provoquer et à entretenir chez les européens un mouvement de juste sympathie et d'estime éclairée, eu faveur des musulmans ; elle ne soutiendra ni la Turquie, ni le Maroc, ni la Perse, ni l'Afghanistan, ni aucun État musulman en particulier : elle aspire à être l'organe de l’Islamisme en Europe et se consacrera à relever aux yeux de l'Occident le prestige de la Religion et de la Société musulmanes injustement discréditées.

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[1] Deuxième si l'on somme les fidèles Catholiques aux fidèles Protestants.
[2] Islamisme est employé ici comme synonyme d'Islam, dans le sens "pratique de l'Islam" et non dans le sens d'une "idéologie politique" prenant appui sur l'application rigoureuse de la charia.
[3] Dans le texte que nous possédons, le terme employé est "Chèri". Afin de faciliter la lecture et la compréhension du texte, nous avons préféré lui substituer le mot "Charia" plus communément employé de nos jours. 



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