Dimanche 16 Juin 2019

Au détroit d'Averroès






Driss Ksikes, Fayard, février 2019, 224 p

Ibn Rochd  ? Averroès  ? Le médecin-philosophe andalou n’a jamais cessé de muter et ressusciter. Né à Cordoue en 1198, il est mort en exil à Marrakech. Sa dépouille et ses manuscrits ont été exhumés et acheminés trois mois plus tard de Marrakech à Cordoue. Plus de vingt ans après, il a été rebaptisé à Paris du nom d’Averroès. Depuis, il a été ouvertement diabolisé par les théologiens puis secrètement réhabilité par les philosophes. Ce n’est qu’au xixe  siècle que certaines de ses œuvres, écrites en hébreu et en latin, ont été retraduites en arabe. Au siècle dernier, redécouvert par libéraux et marxistes arabes, il est considéré comme subversif ou confiné dans des cercles d’initiés.

Dans ce récit plus vrai que vrai, Adib, professeur de philosophie dans un lycée de Casablanca, chroniqueur radio, tente avec panache de faire redécouvrir au public la voix de cet humaniste musulman. En toute maîtrise de l’anachronisme constitutif de notre temps, effaçant les frontières entre les personnages du xiie  siècle et ceux du xxie, Driss Ksikes nous montre combien un homme libre d’esprit se sent encore à l’étroit chez lui. Parce que philosophe  ?
  
Driss Ksikes est écrivain et dramaturge. Il est chercheur en média et culture et dirige le centre de recherche Economia. Il vit et travaille à Rabat.
 



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