Samedi 7 Juin 2014

A Mayotte, l'islam tranquille

Cette île de l'océan Indien est le plus musulman des départements français. Entre l'école laïque et la mosquée, la majorité des habitants pratiquent leur religion en accord avec les lois de la République.



Le soleil est encore bas, il est à peine plus de 7 heures, et une douzaine d'enfants transpirent déjà sur les verbes du deuxième groupe. D'habitude, la classe de CM2 de Riffay Abdoul-Haïr, instituteur de 45 ans, compte 27 élèves.
Mais, aujourd'hui, c'est la grève et certains en profitent pour faire l'école buissonnière. Sous les ventilateurs qui tournent à plein régime, les filles sont coiffées de foulards jaunes, roses ou à carreaux. 
 

Situé dans l'archipel des Comores, dans l'océan Indien, Mayotte compte environ 95 % de musulmans. 

Sur cette île de 200 000 habitants – devenue département français en avril 2011 –, la loi sur le voile qui a fait tant de bruit en métropole fait doucement sourire. « Le châle fait partie de la coutume, balaie l'enseignant : il n'a rien à voir avec la religion. »
Les fêtes musulmanes s'ajoutent aux jours fériés nationaux
A Mayotte, l'islam a donc un visage tranquille. Les fêtes du calendrier musulman viennent s'ajouter aux jours fériés nationaux. Et pendant le jeûne du ramadan, les administrations adaptent tout naturellement leurs horaires de travail.
Sur cette île où la culture africaine est venue teinter d'animisme (croyance prêtant une âme aux animaux et aux éléments naturels) la pratique de l'islam, tout le monde vous le dira : la religion est quelque chose de personnel.
Et la laïcité ? « C'est la tolérance et le respect de chacun, lance Faouzia Cordji, présidente d'une association locale de défense des droits des femmes. Ce n'est pas avec des lois que ce respect s'impose. La différence, c'est ce qui fait la richesse. »
De Mayotte, confetti de terre perdu au milieu de l'océan Indien, on ne parle souvent que pour évoquer des problèmes : immigration clandestine, chômage massif, explosion de la délinquance.
« Pourtant, la façon dont l'islam s'intègre ici dans la République devrait servir d'exemple en métropole ! », s'exclame Thani Mohamed Soilihi, sénateur PS de Mayotte.
Dans sa classe, l'instituteur Riffay Abdoul-Haïr déploie la carte de France. Les départements d'outre-mer (DOM) manquent à l'appel, mais qu'importe, aujourd'hui, le cours va porter sur la Bourgogne.
« Le programme est le même qu'en métropole. Et nous apprenons aussi nos ancêtres les Gaulois », sourit-il. 12 h 15, la sonnerie donne le signal de la sortie des classes.
Mais, à l'exception d'Elouan, un petit blondinet m'zungu – c'est ainsi que les Mahorais appellent les Blancs –, les enfants entament une nouvelle journée.
Tandis que le maître fait un détour par la mosquée, Chaina, 9 ans, va revêtir un voile un peu plus couvrant pour la prière et Mounir, enfiler son kofia, le couvre-chef traditionnel, pour se rendre à l'école coranique (madrassa). Là, on ne plaisante pas avec les absences.
Après la classe, l'école coranique

Photo LeParisien/Richard Bouhet/AFP
Dès l'âge de 4 ans, la plupart des enfants suivent l'enseignement coranique tous les jours, sauf le vendredi – jour de la prière –, week-ends et vacances scolaires compris. 

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