Les cahiers de l'Islam


Mardi 5 Février 2013

Utiliser l’islam afin de mettre fin à la violence à l’encontre des femmes

Par Nihal Magdy (bloggeuse egyptienne et britannique)



Photo :  AP/M. Spencer Green
Photo : AP/M. Spencer Green
 En février, en Ecosse, les femmes musulmanes ont officiellement lancer une nouvelle campagne afin de lutter contre la violence domestique. Bien que la violence contre les femmes soit un problème global, qui ne fait pas la différence entre les nationalités, les races ou les religions, certains se sont penché sur la violence à l’encontre des femmes dans les pays musulmans et en ont conclu l’existence d’un lien. Toutefois, les volontaires d’Amina, une œuvre de charité destinée aux femmes musulmanes et basée au Royaume-Uni, prétendent que l’islam doit être considéré comme une solution pour supprimer la violence à l’égard des femmes.

 Ils ont récemment lancé une campagne afin d’ébranler l’idée d’un islam encourageant la violence sous toutes ses formes. Amina travaillera dans la communauté, avec des imams, et utilisera le Hadith (une collection de traditions contenant les paroles et les actions du prophète Mohammed) et des versets coraniques, afin non seulement de renforcer la notion que l’islam condamne la violence, mais aussi que ses textes mettent l’emphase, de façon répétitive, sur les traitements attentionnés, juste et respectueux des femmes.

Le verset du coran le plus fréquemment utilisé afin de justifier la violence contre les femmes est la sourate 4 : verset 34 (4:34) du coran. Il a été traduit par Yusuf Ali : « […] Quant à celles dont vous craignez la désobéissance [ nushuz ) et mal conduite, exhortez (première), (suivant), refuser de partager leurs lits, (et dernière) les battre (un peu) [udribuhuna ] ; […] » (« […] Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance [nushuz] et la mauvaise conduite, exhortez-les (d’abord), (ensuite) éloignez-vous d'elles dans leurs lits et (en dernier lieu) frappez-les [udribuhuna ] ; [ ... ] »).


La mauvaise interprétation des parole arabes nushuz et udribuhuna , et leur utilisation hors contexte, ont abouti à une compréhension erronée et très largement répandue de ce verset. Par exemple, le mot daraba (la racine du mot udribuhuna ) possède vingt-cinq significations différentes, y compris « to go away from » (s’éloigner de) ou quitter pour quelque temps. Si on se base sur cette dernière signification, la translittération se lit comme suit : « As to those women on whose part you fear disloyalty, first admonish them, then abandon their sleeping places, then go away from them. » (« Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d'elles dans leurs lits et quittez-les pour quelque temps »).

De plus, l’utilisation ici du mot nushuz rend applicable les trois étapes de ce verset uniquement dans des situations très spécifiques et sérieuses. Mohammed Abdel Haleem, un professeur en études islamiques à la School of Oriental and African Studies (l’Ecole des études orientales et africaines) de Londres, argumente que le mot se réfère spécifiquement à l’infidélité.

Il nous suffit de regarder l’exemple donné par le prophète Mohammed et le message général du coran pour réaliser que l’islam condamne clairement toute sorte de violence à l’égard des femmes. La sourate 30, verset 21 (30 :21), déclare : « Et parmi Ses signes Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de l'affection et de la bonté. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent ».

Afin de s’assurer que de tels messages soient diffusés, la campagne d’Amina encourage également les hommes et les femmes à s’exprimer contre la violence. C’est une obligation, argumentent-ils, pour les musulmans de se battre contre les abus et de s’opposer catégoriquement contre toute croyance erronée prétendant que l’islam soutient la maltraitance des femmes.

Un tel travail peut être la pierre angulaire de la solution à la violence s’il parvient à atteindre les leaders religieux à travers les différentes communautés. Les imams tendent à avoir un degré d’influence substantiel sur les communautés musulmanes, car se sont des individus qui sont dignes de confiance et crédibles. Ainsi, travailler avec eux afin de s’assurer que le message soit délivré dans l’enceinte de la mosquée, aussi bien aux hommes qu’aux femmes, est crucial. Les voix combinées des imams a le potentiel d’instiller un changement absolument nécessaire dans la façon de traiter les femmes.

Un tel travail peut également être effectué au niveau de la famille. Il est pertinent de faire en sorte que les enfants comprennent dès le plus jeune âge l’importance de respecter les femmes et de les traiter avec gentillesse, en suivant les enseignements du prophète Mohammed. Ceci doit être renforcé à la maison comme dans les écoles religieuses. Les parents, et tout particulièrement les pères, peuvent servir d’exemples, en suivant le comportement plein de bonté du prophète lui-même.

L’islam fournit des règles de conduite très claires grâce à ses textes en ce qui concerne tous les aspects de la vie, y compris le traitement des femmes. Cette connaissance et cette compréhension, ce même outil qui a été manipulé par misogynie, peut être utilisé afin d’éradiquer le problème de la violence domestique au sein des communautés musulmanes. 

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En partenariat avec le Service de Presse de Common Ground (CGNews)

Le lecteur interressé par ce sujet pourra relire l'article " Traduction de l'article de Mohamed Talbi sur la sourate "Les femmes" paru dans la revue "Le Maghreb" " par Youssef Elmhadhbi




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