Les cahiers de l'Islam
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Lundi 18 Juillet 2016

Turquie : « Ce qui frappe, c’est l’improvisation des putschistes »



Istambul, le 16 juillet. BULENT KILIC AFP
Istambul, le 16 juillet. BULENT KILIC AFP




Publié le 16 juillet 2016
Le Monde.fr

Chroniqueur au quotidien de gauche laïc Cumhuriyet, Ahmet Insel, professeur émérite à l’université Galatasaray, a longtemps dirigé Birikim, l’une des plus prestigieuses revues intellectuelles turques. Il est l’auteur "La nouvelle Turquie d’Erdogan" (La Découverte).


Le Monde.fr : Que sait-on aujourd’hui des auteurs de la tentative de coup d’Etat ?

Une partie des présumés cerveaux du « coup » ont déjà été arrêtés. Parmi eux, un ancien chef des forces aériennes, Akin Öztürk, ou un ancien conseiller juridique de l’état-major, Muharrem Köse. Ils sont accusés d’appartenir aux réseaux de la confrérie islamiste de Fetullah Gülen, qui a été longtemps l’alliée d’Erdogan pour asseoir son pouvoir et infiltrer l’appareil de l’Etat, avant de devenir son plus farouche adversaire.

Mais parmi les quelque 2 839 officiers et soldats arrêtés le 16 juillet, on trouve de tout. Des jeunes cadets de l’académie militaire de Canakkale, mais surtout des officiers de la gendarmerie, des forces aériennes, dont les responsables des bases d’Ankara et d’Izmir, et quelques commandants de brigades de chars. Il y a aussi des officiers supérieurs qui, sans être accusés d’avoir organisé le putsch, ont laissé faire, comme le commandant de Mersin, le grand port du sud, qui dès l’annonce du « coup, » a déclaré prendre en main la région et demandé l’arrestation du préfet comme des autres représentants de l’autorité civile.

Il semble aussi, selon plusieurs sources, que la justice, avec l’accord de l’état-major, préparait un vaste coup de filet au sein de l’armée contre des officiers qui avaient contribué à monter les fausses preuves pour le compte des « gülenistes », qui avaient servi à arrêter et juger ces dernières années une grande partie de la haute hiérarchie militaire pour de prétendus projets de coup d’Etat contre le pouvoir de l’AKP. Cela expliquerait pourquoi les putschistes ont précipité leur opération pour le moins mal préparée.

En cela, ce coup d’Etat diffère de ceux du passé ?

Oui. Aussi bien en 1960 qu’en 1971 et en 1980, lors des coups d’Etat précédents, c’était l’armée en tant que telle qui agissait sous le commandant de son chef d’état-major, estimant la République en danger et prétendant rétablir l’ordre constitutionnel.

Cette fois, ce qui frappe, c’est en effet l’amateurisme des putschistes, leur improvisation et surtout le fait qu’ils ne représentent qu’une petite partie de l’armée. Leur première initiative n’a pas été, comme dans les « coups » classiques, de s’emparer des représentants du pouvoir civil, des députés comme des membres du gouvernement et du chef de l’Etat, mais d’arrêter le chef d’état-major et des différentes armes, en une espèce de coup d’Etat au sein même de l’armée.

Et c’est aussi pour cela que leur putsch a échoué. Erdogan avait eu le temps de leur échapper et de mobiliser ses partisans. Il est aussi très frappant qu’ils aient pris le contrôle de la télévision, sans comprendre qu’aujourd’hui, il existe les réseaux sociaux, mais aussi les chaînes satellitaires.

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