Les cahiers de l'Islam
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Dimanche 22 Mai 2016

Pourquoi Daech attire aussi des gens normaux


L’anthropologue Scott Atran et le sociologue Raphaël Liogier partagent une conviction : si l’Etat islamique recrute aussi facilement, c’est qu’il propose un récit auquel on peut croire. Pour le combattre, il faut donc proposer des mythes concurrents.




Pascal Riché, publié le 21 mai 2016 sur Le nouvelobs

L'OBS :  Scott Atran, dans votre livre, vous jugez qu’on sous-estime la capacité d’attraction de Daech, l’utopie et même les «valeurs» que porte cette organisation. Des terroristes, des psychopathes, ou, comme les qualifie Olivier Roy, des «nihilistes», ont-ils des valeurs ?

Scott Atran : Parler de «psychopathes» ou de «nihilistes» empêche la compréhension du phénomène. Comment expliquez-vous que l’on trouve des sympathisants de Daech dans une centaine de pays – au dernier décompte –, hommes et femmes, de tous âges, avec des positions sociales diverses ? Des jeunes gens marginalisés en France, des universitaires en Grande-Bretagne, des professionnels en Afrique du Nord… Ils sont attirés par la révolution que porte Daech et par le changement profond de leur vie qu’elle peut leur procurer.

Ils perçoivent leur vie actuelle comme dénuée de sens : c’est elle qu’ils jugent «nihiliste» et dont ils veulent sortir. La plupart, même s’ils viennent de milieux criminels, se sentent investis, sincèrement, d’une mission morale. Parmi eux, il y a, comme partout, des gens stupides, des gens brillants, quelques psychopathes… mais ce sont généralement des gens normaux. Ce qu’il faut expliquer, c’est pourquoi ces gens normaux sont attirés par cette aventure révolutionnaire.

Raphaël Liogier : Je pense comme Olivier Roy qu’on est davantage en présence d’une «islamisation de la radicalité» que d’une «radicalisation de l’islam», mais je ne suis pas d’accord avec lui sur la suite, sur le fait qu’on serait dans un moment nihiliste. Le nihilisme, phénomène qui s’inscrit dans une évolution de la modernité occidentale libérale, marque un abandon des grands récits. Or Daech propose justement un tel récit.

Les humains ne peuvent pas vivre sans grand récit, c’est-à-dire sans mythe. Le «sol mythique» précède la rationalité : on doit adhérer à ce sol, dans le sens d’«adhérence», avant d’adhérer à un projet collectif, dans le sens d’«adhésion». L’adhérence renvoie au «désir d’être», qui est supérieur au désir de survivre et même au désir de vivre. Être, c’est s’inscrire dans un récit. Quand on demande à un enfant «ce qu’il veut être plus tard», on est bien dans l’idée de narration. Et le religieux, c’est la narration avant tout.

Retrouvez la suite de cet article sur le site de l'Obs.




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