Les cahiers de l'Islam


Khalil Temmar dirige les éditions LE RELAIS , il est l'auteur des ouvrages : « Résolution d'un cœur... En savoir plus sur cet auteur
Samedi 5 Janvier 2013

Les concepts de l'Islam et la réforme de la nation



Nous présentons ici un texte dans lequel l'auteur appelle les musulmans, grâce à une introspection débouchant sur une réforme individuelle,  à renouer avec les valeurs fondamentales de leur religion que sont entres autres: la responsabilité, le sens de la communauté, le sens de la solidarité . Ce n'est qu'aprés cette nécessaire réforme que leurs actions s'inscriront dans le cadre de l'éthique musulmane et qu'elles seront alors efficientes. Réforme, Action, Solidarité, autant de thémes abordés dans son ouvrage " Résolution d'un coeur vivant : Renouveler le pacte ".

Les concepts de l'Islam et la réforme de la nation

Durant leur longue marche à travers l’histoire, les musulmans ont connu plusieurs types de déviations. Cependant, la plus grave fut la déviation dans la perception de concepts fondamentaux de l’Islam. En effet, cette déviation a concerné aussi bien les concepts de la profession de foi (" la ilaha illa Allah " : Il n’y a de dieu que Dieu) et de l’adoration que ceux du destin et de la prédestination et de la vie d’ici-bas en rapport avec l’Ultime demeure. Cette "régression religieuse" qui avait atteint des niveaux redoutables a fini par engendrer le déclin de la civilisation islamique.


Déviations conceptuelles

La déviation concernant le concept de la profession de foi ("Il n’y a de dieu que Dieu"), qui est l’essence même de l’Islam et le premier de ses piliers, s’est traduite par la perte pour ce pilier de l’exclusivité dans la gestion de la cité et la gouvernance de la communauté. La profession de foi était devenue une expression qu’on formule quelques fois par jour ; dépourvue d’une partie de ses dimensions, elle ne dirigeait plus la vie des musulmans. Nous pouvons souligner également dans ce contexte, les déviations relatives au dogme qui se sont traduites par des mythes, des superstitions et des tombeaux de saints pris pour lieux de pèlerinage et de dévotion.

Quant au concept de l’adoration, qui est un concept global, général et qui donne lieu à un mode de vie, il a été limité aux rituels du culte, à une simple relation entre la personne et Dieu. Concernant le concept du destin et de la prédestination, qui était à l’origine une source d’énergie incitant à l’œuvre et à l’action, il était devenu une notion négative décourageant le travail et freinant l’initiative ; notamment en raison de la déconsidération des causes secondes (al-asbâb).

Il y eût ainsi une séparation complète entre la vie d’ici-bas et l’au-delà, un antagonisme qui laissa croire que celui qui voulait l’au-delà devrait se retirer des affaires de ce monde, et celui qui désirait la vie d’ici-bas devrait négliger l’au-delà. Ainsi fut amorcé le déclin de la civilisation islamique...


Quelques principes de la Grandeur et de la décadence

Il n’y a pas de doute que nos concepts de l’Islam aujourd’hui, affectés par le déclin, ne sont pas les concepts des pieux prédécesseurs de cette nation. Par conséquent, les idées fausses qui constituent une entrave au changement et à la réforme de notre communauté doivent être corrigées et remplacées par les idées justes et les concepts corrects.

L’Histoire nous enseigne que les victoires et les événements qui ont fait la grandeur de l’Islam se réalisaient lorsque les musulmans relevaient les défis et assumaient la responsabilité de témoigner et de transmettre. Ceci est vérifié depuis l’avènement de l’Islam, au temps du Prophète (PBSL) et des compagnons, jusqu’à nos jours.

Qu’est-ce que le Prophète a inculqué aux compagnons sinon les valeurs de sacrifice et de dévouement envers l’Islam. Après sa mort, ils ne se sont pas occupés de leurs personnes et de leurs biens, ils se sont mis en mouvement, bravant les dangers et les obstacles pour propager le Message. Ils étaient conscients qu’ils avaient une responsabilité envers cette religion et ils l’ont assumée.

Le Coran l’avait énoncé « Dieu n’est pas enclin à priver un peuple des faveurs qu’Il lui a accordées tant qu’il ne modifie pas lui-même sa condition [1]» (S8 V53) et l’Histoire l’a confirmé : La décadence d’une nation est due à la dépravation de ses membres, mais aussi à leur manquement quant à leurs responsabilités à l’égard de leur religion. En effet, le défaitisme et l’inaction ne sont pas compatibles avec une foi sincère.


L’écume de torrent

Concevoir son islamité sans responsabilité envers l’Islam est une approche de la religion semblable à celle des moines dans les monastères, approche totalement récusée par l’Islam. Dieu dit : « Vous êtes la meilleure communauté qui ait été suscitée pour les hommes : Vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et vous croyez en Dieu » (S3 V110).

Être musulman c’est hériter du patrimoine de la guidance et du salut d’où la responsabilité de témoigner et de transmettre : « Afin que l’envoyé soit un témoin à votre encontre et que vous soyez vous-mêmes témoins à l’encontre des hommes. » (S22 V78)

Ne pas assumer sa responsabilité envers sa communauté, ne pas contribuer à l’essor de l’Islam reflète un état que le Messager de Dieu (PBSL) a qualifié d’écume de torrent (ghutha’ as-sayl) : important en quantité mais minime en poids et en influence.

Les musulmans d'aujourd’hui sont-ils conscients de leur responsabilité envers l’Islam ? sont-ils conscients que l’Islam ne se réalise dans la vie d’une communauté que par les efforts de ses membres ? Dieu dit : « En vérité, Dieu ne modifie point l’état d’un peuple tant que les hommes qui le composent n’auront pas modifié ce qui est en eux-mêmes. » (S13 V11)


La dimension individuelle dans l’approche de la pratique

Les concepts de l'Islam et la réforme de la nation

Nous pouvons constater chez beaucoup de musulmans à notre époque la dimension individuelle (pour ne pas dire individualiste) dans leur approche de la spiritualité et de la pratique de l’Islam. Cette approche va à l’encontre de la place prépondérante qu’accorde l’Islam à la communauté et fait fi de deux principes fondamentaux de la législation islamique : la primauté de l’intérêt général (al maslaha al ‘âmma) et la solidarité du musulman envers sa communauté.

En Islam, la foi authentique présente une double vocation : inciter le musulman à se dépenser dans le bien et stimuler sa volonté pour apporter sa contribution à l’essor de sa communauté. Elle génère par ailleurs la volonté de faire le bien et de le recommander ainsi que de combattre le mal et la turpitude.

Cette foi "active" poussera inéluctablement le musulman, homme ou femme, à déployer tous ses efforts pour sa propre réforme et celle de la Oumma [2]. Les textes sont clairs et sans équivoque :

« Dis : Ma prière et mes actes de dévotion, ma vie et mon trépas son entièrement voués à mon Seigneur, Le Maître de l’Univers, qui n’a point d’associé. Tel est l’ordre que j’ai reçu et auquel je suis le premier à me soumettre. » (S6 V162-163)

« Dis-leur : Si vos pères, vos fils, vos frères, vos épouses, votre parenté, les biens que vous avez acquis, un commerce dont vous redoutez la récession et des demeures qui vous sont agréables vous sont plus chers que Dieu et Son Envoyé et que le combat pour la cause de Dieu, eh bien attendez donc l’échéance de l’ordre divin et Dieu ne saurait guider le peuple des pervers. » (S9 V24)

Dans un hadith qualifié par les savants de "pivot" de l’Islam, le Prophète (PBSL) résume la religion ainsi : « La religion, c’est la loyauté (en-nassîha). Nous dîmes : Envers qui ? Il répondit : Envers Dieu, Son Livre, Son Messager, les dirigeants des musulmans et l’ensemble de la communauté musulmane. » [Muslim]

"en-nassîha", traduit ici par "loyauté", signifie le conseil, la critique, l’exhortation. Ce hadith établit la loyauté comme une valeur fondatrice de l’Islam, elle est non seulement un
droit, mais aussi un devoir dans la société musulmane.

Al-Fudhayl ibn ‘Iyadh [3] a dit : « Celui qui est parvenu parmi nous à la vérité n’y est pas parvenu par de nombreuses pratiques de la prière et du jeûne, mais seulement par la grande générosité de l’âme, un cœur sain et la loyauté envers la communauté. »

On ne peut que rendre hommage à un tel discernement !


Foi, Conscience et Contribution

Les musulmans, aujourd’hui, ont besoin de renouveler le pacte avec l’Islam tel qu’il fût incarné par les premiers musulmans. Nous connaissons par la grâce de Dieu le très-Haut un renouveau et une renaissance de l’Islam. Pour cela :

- Chacun doit développer sa capacité d’efficacité et d’impact.

- Chacun doit chercher à aller de l’avant, à être efficient.

- Chacun doit s’efforcer d'être un musulman actif, productif, créatif.

- Chacun par son apport et selon ses capacités et ses compétences contribuera à la grandeur de l’Islam.


Une solidarité agissante

La solidarité est le propre de la communauté des croyants : « Les croyants et les croyantes sont solidaires les uns des autres » (S9 V71).

Quelle conception avons-nous aujourd’hui de cette valeur ? Pour beaucoup d’entre nous, la solidarité signifie apporter aide et assistance aux personnes démunies ou alors manifester son soutien aux victimes de l’injustice ou de persécutions. Cette forme de solidarité, réactive, est loin d’être ambitieuse, parce qu’elle ne suffit pas à faire de la solidarité un moteur de développement de la communauté.

L’esprit de solidarité qui doit animer les musulmans doit se manifester par des contributions positives qui mènent au développement et à l’épanouissement. Ceci se traduit, entre autres, par :

- Le fait d’encourager et promouvoir les bonnes initiatives,
- Soutenir et contribuer au développement et à la croissance des œuvres bénéfiques et utiles de notre communauté.

Mais aussi par le conseil et l’exhortation mutuels :

- de se réformer,
- d’être conscient des enjeux et des défis,
- d’apporter sa contribution à l’essor et la grandeur de l’Islam.

Une solidarité agissante fera de notre Oumma une communauté qui rayonne, plus forte et plus entreprenante ; comme dit le Coran « la meilleure communauté qui ait été suscitée pour les hommes ».

En conclusion

Ce sont-là quelques repères en vue de souligner la dimension et l’importance des concepts en Islam, ainsi que le caractère capital de la réforme individuelle, celle-ci ayant fait l’objet de mon livre “ Résolution d’un Cœur Vivant . Parce que la réforme individuelle est un travail sur soi qui donnera à l’âme de l’élévation, à l’esprit de la sagesse et au cœur de la grandeur. Parce que le musulman ne saurait laisser sa vie au gré des "courants", ce livre vous aidera à prendre une résolution ; celle d’un COEUR VIVANT !

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[1] L’élection dans le domaine spirituel n’est jamais un acquis définitif, le peuple "élu" connaitra la chute s’il vient à rompre "l’alliance".
[2] Terme arabe désignant une communauté, ici la communauté musulmane.
[3] Né à Khorasan (Perse), il s’installa à Koufa en Irak où il s’est initié, auprès des savants, au fiqh (jurisprudence) et aux hadiths du Prophète (pbsl). Cet enseignement a eu une incidence considérable sur sa personnalité, au point qu’il est devenu ascète. Il s’est rendu ensuite à la Mecque où il est resté jusqu’à sa mort, en 187 H. On l’appelait Chaykh al-haram al-makkî : le Cheikh de la Grande Mosquée de la Mecque.




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