Les cahiers de l'Islam


Dimanche 1 Septembre 2013

Les Américains musulmans ouvrent la voie à l'entrepreneuriat social


Par Mehrunisa Qayyum*,



Washington – « L'entrepreneuriat social » est devenu une expression à la mode au sein de la communauté internationale du développement et de la culture activiste aux Etats-Unis et ailleurs. En tant que blogueur islamo-américain, je tire donc une certaine fierté à décrire de quelle manière deux modèles d'entrepreneuriat social – règler un problème social grâce à des solutions innovantes – ayant reçu une attention particulière aux Etats-Unis ont été conçus par des Américains musulmans. Leur esprit d'entreprise a créé de nouveaux espaces pour l'engagement communautaire qui pouvent aider à faire progresser les idées sur ce que signifie être un activiste communautaire.
Les Américains musulmans ouvrent la voie à l'entrepreneuriat social


Voici deux modèles d'entrepreneuriat social du XXIe siècle qui rapprochent des Américains non-musulmans et musulmans et bien d'autres encore : Busboys and Poets à Washington et le Inner-City Muslim Action Network (IMAN) à Chicago. Il ne s'agit pas d'entreprises tournées vers la compréhension interreligieuse mais plutôt d'entreprises orientées vers la construction communautaire – toutefois, ce faisant, elles ont créé des espaces où peuvent communiquer des personnes de religions et origines différentes.

Busboys and Poets a pour mission d'être un lieu de rassemblement communautaire et d'engager les gens autour de l'activisme communautaire grâce à son restaurant et à sa librairie. IMAN, en revanche, fournit toute une gamme de services directs et cultive les arts dans les communautés urbaines afin de promouvoir ''la dignité humaine au-delà des barrières de la religion, de l'ethnicité et de la nationalité''.

Au départ fondé par Rami Nashashibi pour proposer aux adolescents des possibilités de tutorat, le café communautaire d'IMAN à Chicago est par la suite devenu une institution communautaire offrant toute une gamme de services. La relation d'IMAN avec les jeunes dans les quartiers sud de Chicago a bénéficié de l'appui des membres du conseil municipal, des membres de la communauté majoritairement afro-américaine dont il est issu et de Keith Ellison, premier musulman élu au Congrès américain en tant que représentant du Minnesota. Aujourd'hui, IMAN gère une clinique avec un directeur médical, du personnel et 25 médecins volontaires qui proposent à titre gratuit des soins de santé et une éducation sanitaire.

Par ailleurs, IMAN favorise le bénévolat chez les jeunes et propose des lieux aux adolescents pour qu'ils trouvent leur voie dans le domaine de l'art grâce à des cours de batterie et de narration, à des soirées cinéma le vendredi et au laboratoire 2.0 sur les médias numériques qui vise à former vingt jeunes chefs de file dans l'art du film documentaire. Le projet a mis à mal d'une part, l'idée fausse selon laquelle la jeunesse urbaine ne peut s'exprimer que par le rap et d'autre part, les inquiétudes de beaucoup de parents islamo-américains de première génération estimant que le travail avec les médias n'est pas intéressant.

Le Café communautaire d'IMAN invite les artistes islamo-américains à exécuter leur travail autour d'une activité familiale axée sur la nourriture et le divertissement. Ce n'est pas un forum où sont distillés sermons ou messages politiques. C'est simplement une occasion de renforcer la communauté.

Les non-musulmans assistent aussi aux événements organisés par IMAN. Ce peut être l'occasion pour eux de voir gratuitement des artistes de renom, de découvrir de nouvelles oeuvres d'art graphique, d'apprendre comment leur magasin de vins et de spiritueux local peut participer à l'assainissement du quartier ou, tout simplement, de passer un peu de temps en famille dans un environnement sûr.

Plus important encore, chacune de ces activités montre comment remercier sa propre communauté. Ainsi, ce n'est pas une surprise si Rami Nashashibi a été invité, par le gouverneur de l'Illinois, à faire partie de la Commission pour l'élimination de la pauvreté.


De la même façon, Busboys and Poets agit avec l'esprit de communauté en tête. Anas (« Andy ») Shallal a délibéremment choisi le quartier de U Street / Columbia Heights à Washington qui, suite à l'assassinat de Martin Luther King, avait été en partie détruit lors des émeutes de 1968. Bon nombre d'habitants s'étaient éloignés de la zone par peur de la criminalité. Récemment réhabilité, le quartier a une grande valeur historique.

Shallal estime que l'un de ses héros qui a vécu dans le quartier de U-Street, le poète afro-américain Langston Hughes, a inspiré Busboys and Poets car il incarne la fusion de l'expression politique et artistique avec l'activisme social. Shallal souhaite que cette communauté américaine locale diversifiée reconnaisse la valeur de l'éveil de la conscience sociale à travers « la nourriture, l'activisme et l'art ».

A Busboys and Poets, les visiteurs ont la possibilité d'écouter des poètes issus de milieux différents lors des fréquentes séances de lectures et de flâner dans la librairie qui contient des ouvrages sur l'activisme communautaire, les questions internationales et la consolidation de la paix. Tout comme IMAN, le dialogue interreligieux n'intervient pas comme tel – mais il est rare de quitter la librairie ou de s'en aller après un événement sans avoir appris quelque chose sur une religion, une culture ou un groupe différent.

Alors que les dirigeants américains encouragent les nouveaux entrepreneurs d'autres pays à s'approprier les problèmes au sein de leurs communautés, il est important de souligner ce qui se passe déjà aux Etats-Unis.

Dans d'autres villes américaines pleines de vie telles que Denver ou New York, les dirigeants locaux ont approché ces islamo-américains et leur ont demandé d'étendre leurs activités et d'ouvrir un Busboys and Poets ou un IMAN. S'ils s'exécutent, ils partageront non seulement l'esprit de l'activisme américain mais aussi une approche musulmane dynamique et globale de l'activisme.

Publication en partenariat avec CGnews.

* Mehrunisa Qayyum, conseillère en développement international et fondatrice de Pitapolicy Consulting.




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