Les cahiers de l'Islam
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Samedi 16 Janvier 2016

Le salafisme d'aujourd'hui. Mouvements sectaires en Occident, Samir Amghar



Le salafisme d’aujourd’hui démontre ensuite combien les salafistes se vivent comme appartenant à une élite religieuse. Ils se perçoivent comme les dépositaires du véritable islam et se considèrent comme les seuls groupes religieux destinés au paradis. Il faut donc perpétuellement en maintenir la pureté en exigeant de chacun de ses membres un travail de purification et de sanctification. 

Recension par Eric Keslassy


 

Le salafisme d'aujourd'hui. Mouvements sectaires en Occident, Samir Amghar


Broché: 280 pages
Editeur : MICHALON (8 septembre 2011)
Langue : Français
ISBN-10: 2841865630




 

Quatrième de couverture

Depuis les attentats du 11 septembre, les pouvoirs publics s'inquiètent de l'influence du salafisme en Europe et en Amérique du Nord. Ce mouvement fondamentaliste ne saurait pourtant se réduire à ses dérives terroristes. Il est désormais une référence pour une partie des musulmans qui vivent en Occident, puisqu'il propose une réponse aux questions morales, sociales et politiques que se posent les populations d origine immigrée.

A la complexité du monde moderne, aux incertitudes morales et identitaires, aux difficultés sociales et économiques des quartiers de relégation, le salafisme oppose la voie des pieux ancêtres, ces premiers disciples du Prophète qui connurent un destin hors du commun. Ce n'est pas le moindre de ses paradoxes que de se prêter à une lecture générationnelle : en s'engageant dans l'étude du Coran et de l'arabe classique, les jeunes salafis prennent l'ascendant sur leurs pères illettrés et fondent ainsi une nouvelle identité sociale.

Cette enquête passionnante, menée sur deux continents à la lumière des travaux de Max Weber sur les sectes, reconstitue l'univers social et idéologique des groupes salafistes, en analysant leurs techniques de mobilisation et leur travail de socialisation auprès des jeunes.

Rencension

Les tragiques tueries de Montauban et de Toulouse ont (re)placé au centre du débat public la question de l’intégrisme islamiste et de son influence dans les quartiers populaires. Comme sur de nombreuses autres thématiques, l’islam radical génère des prises de position peu informées, formulées sous le coup d’une émotion totalement légitime mais qui peut alimenter des fantasmes d’autant plus dangereux que l’on se trouve en période électorale. Dans ce contexte, il faut se féliciter de l’enquête sociologique d’un jeune chercheur de l’EHESS, Samir Amghar, qui se donne pour objectif de reconstituer l’univers sociologique et idéologique des groupes salafistes en France mais aussi en Belgique, en Suisse, en Angleterre, aux Etats-Unis et au Canada. L’objectif est donc de comprendre comment se comporte le salafisme en occident. Dès lors, l’auteur nous plonge en quelque sorte à l’intérieur de cette branche de l’islam intégriste pour mieux saisir ses différents modes de socialisations qui, néanmoins, paraissent tous converger vers une approche sectaire – dans la mesure où ils associent un repli particulièrement fermé sur le groupe à une séparation et une dépréciation du réel.

Suivant les « règles de la méthode sociologique », Samir Amghar commence par définir le concept central : qu’est-ce que le salafisme ? Il s’agit d’abord d’une quête, celle d’un islam primitif fondé sur la défense de la croyance des ancêtres (« salaf »). Cela suppose donc de se débarrasser des particularités locales qui peuvent éloigner d’une approche pure et d’occulter les évolutions que l’islam a pu connaître au cours du temps. En revenir à l’islam original en quelque sorte. Là où cela se complique, c’est qu’il existe une véritable galaxie salafiste. On peut notamment distinguer trois sensibilités : les quiétistes qui refusent tout engagement autre que religieux – la politique est pour eux source de division (« fitna »), aussi se concentrent-ils sur un prosélytisme purement religieux ; les politiques qui défendent une vision militante – dans cette perspective, la politique est alors considérée comme un moyen de diffuser le message salafiste ; les révolutionnaires qui, au départ, ont rompu avec les Frères musulmans, et qui préconisent la lutte armée – qui prend généralement la forme terroriste – pour mener à bien le « jihâd » qui devient une obligation religieuse. Le discours dominant qui a fortement tendance à enfermer sous une même appellation ces différentes visions, faisant notamment de tous les salafistes des terroristes, est donc très largement erroné. Il paraît important d’en prendre conscience pour mieux ajuster les politiques de lutte contre les différentes formes d’intégrisme islamiste.

L’auteur montre ensuite qu’au-delà des discours et des programmes politiques, ou encore des actions, qui peuvent se révéler différents, le salafisme se réfère toujours à trois grands mythes qui fournissent une culture commune : l’Âge d’or passé de l’islam – ce qui implique mécaniquement que la situation de l’islam est aujourd’hui décadente –, la possibilité de (re)créer l’unité de l’islam autour d’une communauté mondiale (« umma ») et la conspiration de l’Occident qui chercherait à empêcher son projet hégémonique de l’islam.

Le sociologue a pu confronter ses hypothèses en menant de nombreux entretiens (87), entre 2002 et 2011, auprès de personnes appartenant à la mouvance salafiste. Les réponses qu’il apporte sont donc précieuses. Particulièrement celle qui donne à une question fondamentale et tellement : comment devient-on « salafi » ? Là encore, l’enquête démontre que la croyance populaire d’un endoctrinement est largement fausse : en Occident, les « salafis » se regroupent d’abord volontairement – et ce quelque soit leur tendance. En effet, il semblerait bien que le fait de rallier le salafisme relève d’un choix conscient ; par ailleurs, à l’opposé de l’idée de la volonté de recruter le plus possible, il est important de préciser qu’un candidat peut tout à fait être refusé par le groupe – notamment s’il n’est pas considéré comme religieusement qualifié.

Le salafisme d’aujourd’hui démontre ensuite combien les salafistes se vivent comme appartenant à une élite religieuse. Ils se perçoivent comme les dépositaires du véritable islam et se considèrent comme les seuls groupes religieux destinés au paradis. Il faut donc perpétuellement en maintenir la pureté en exigeant de chacun de ses membres un travail de purification et de sanctification.

Enfin, l’auteur nous propose une grille d’interprétation de la fonction du salafisme auprès de ses adeptes. Il façonne une vision du monde qui conduit à délégitimer toutes formes d’autorité, en proclamant théologiquement hors-la-loi les autres systèmes de croyances (les autres religions et les autres musulmans), comme celles relevant plus globalement de l’ordre social.

Un livre particulièrement clair, qui permet de démêler le vrai du faux… Au fond, une étude sociologique qui remplit parfaitement son office.

Recension publiée en partenariat avec "Liens Socio "

Le salafisme d'aujourd'hui. Mouvements sectaires en Occident, Samir Amghar




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