Les cahiers de l'Islam
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Dimanche 10 Janvier 2016

[Le Temps] La «guerre des civilisations» démontée par Raphaël Liogier


Le sociologue et philosophe français, spécialiste du religieux, invite dans ses deux nouveaux ouvrages à remiser les images aveuglantes et à renouer avec les faits




Raphaël Liogier a deux nouvelles pour nous. L’une est bonne: La guerre des civilisations n’aura pas lieu. L’autre est mauvaise: l’Europe souffre depuis soixante ans d’un Complexe de Suez dont l’aggravation actuelle cause «le vrai déclin français et du continent». Avec les deux ouvrages portant ces titres (et avec Le mythe de l’islamisation. Essai sur une obsession collective, qui ressort en poche avec une nouvelle postface post-13 novembre), le sociologue et philosophe, professeur à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence et directeur de l’Observatoire du religieux, remonte le courant des croyances générales, en s’appuyant sur un travail empirique et sur l’épreuve des faits.

Le Temps: La dégradation de l’image que l’Europe a d’elle-même remonterait à la crise de Suez…

Raphaël Liogier: En 1956, le président égyptien Nasser, leader des pays «non-alignés» (qui ne se considéraient «alignés» ni avec les Etats-Unis, ni avec l’Union Soviétique), nationalise le canal de Suez. La France et le Royaume-Uni, avec Israël, réagissent en s’emparant militairement du canal pour protéger leurs avoirs. Les Soviétiques voient là une opportunité de faire passer l’ensemble des pays non-alignés de leur côté en défendant Nasser; ils vont jusqu’à menacer d’employer l’arme nucléaire. Les Américains entrent alors en scène et, pour la première fois, lâchent la France et le Royaume-Uni en leur disant, en gros: on arrête de jouer, on ne va pas risquer une guerre nucléaire pour quelques restes d’une puissance coloniale qui n’existe plus, rentrez chez vous…

L’Europe avait déjà vu s’effriter sa prééminence militaire face aux Etats-Unis lors de la Première Guerre mondiale. Suite à la Seconde guerre, elle avait perdu sa prééminence économique avec les accords de Bretton Woods, qui instauraient le dollar comme monnaie mondiale, et avec le plan Marshall, qui reconstruisait le continent à travers le dollar. Le processus de la décolonisation s’était engagé juste après. L’affaire de Suez est à mon sens la manifestation la plus forte d’une nouvelle prise de conscience: les Européens ne sont plus ce qu’ils étaient sur le plan symbolique, c’est-à-dire dans le regard sur eux-mêmes.

Un scénario semblable se déroule en 2003, lors de la guerre d’Irak.

Le fait que l’humanité fonctionne en dollars permet aux Etats-Unis de se financer aux dépens du reste du monde, en produisant des billets et en créant de l’inflation. Le Gold Exchange Standard, mis en place en 1944, garantissait la convertibilité du dollar en or, mais il est abandonné en 1971. Les Etats-Unis trouvent dès lors une autre façon de garantir la puissance du dollar, en l’imposant comme monnaie d’échange pour tous les achats de pétrole. Ils obtiennent cette garantie de l’Arabie saoudite, leader des pays exportateurs, en lui offrant en échange une protection absolue. D’où cette alliance, qui a l’air contre nature, entre les Etats-Unis et un pays qui finance le terrorisme…

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