Les cahiers de l'Islam
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Mercredi 1 Novembre 2017

Hadj-Ali Abdelkader : un musulman communiste dans les années 1920 (Contretemps)


Les rapports entre musulmans et socialistes révolutionnaires ont souvent été problématiques. Il y a quelques années, en France, une violente controverse éclata dans le Nouveau Parti Anticapitaliste lorsqu’une femme musulmane, portant un hijab, a été désignée candidate aux élections régionales. Pourtant, au début des années 1920, l’Internationale communiste avait une approche très différente de la question. Le congrès des peuples d’Orient de Bakou, en 1920, attira des centaines de délégués musulmans. En 1922, Willem van Ravesteyn fit un rapport sur la « question orientale », pour le quatrième congrès de l’Internationale Communiste, dans lequel il écrivait...




Contretemps
Publié le 25 octobre 2017

Par Ian Birchall

Les rapports entre musulmans et socialistes révolutionnaires ont souvent été problématiques. Il y a quelques années, en France, une violente controverse éclata dans le Nouveau Parti Anticapitaliste lorsqu’une femme musulmane, portant un hijab, a été désignée candidate aux élections régionales[1]. Pourtant, au début des années 1920, l’Internationale communiste avait une approche très différente de la question. Le congrès des peuples d’Orient de Bakou, en 1920, attira des centaines de délégués musulmans[2]. En 1922, Willem van Ravesteyn fit un rapport sur la « question orientale », pour le quatrième congrès de l’Internationale Communiste, dans lequel il écrivait :
Les peuples islamiques sont en position de pouvoir détruire le pont qui alimente l’impérialisme britannique. Si ce pont s’effondre, alors cet impérialisme s’écroulera également. Sa chute aura une résonance si forte dans l’ensemble du monde musulman et oriental que l’Empire français ne pourra survivre à ce souffle. La libération du monde islamique de toute forme de domination politique européenne, tout particulièrement en ce qui concerne les pays du Proche-Orient, est non seulement dans l’intérêt des peuples qui s’y trouvent, les paysans et ouvriers des territoires orientaux, pas encore sous l’emprise du capitalisme. Elle représente également un intérêt fondamental pour le prolétariat d’Europe occidentale et du monde entier[3].

L’année suivante, Trotsky argua en faveur d’une « attitude différenciée envers les Grand-Russes et envers le nationalisme musulman : vis-à-vis du premier, lutte sans merci, strict refus, spécialement dans les cas où celui-ci est représenté dans les sphères administratives et gouvernementales ; vis-à-vis du second — patience, attention, travail d’éducation méticuleux[4] ».

Mais que signifiaient de telles déclarations pour les militants musulmans au sein du mouvement communiste naissant ? Il peut être intéressant de se tourner vers l’histoire d’une figure désormais largement oubliée, Hadj-Ali Abdelkader. (Sur lequel il existe une biographie[5]). Il joua un rôle significatif dans les premières années du Parti Communiste Français (PCF) ainsi que dans la lutte pour l’indépendance algérienne.

Hadj Ali est né en 1883 dans un village, Douar Ouled Sidi Ouïs, à 23 km de la capitale de la province, Relizane, en Algérie. L’Algérie était une colonie française depuis 1830 et, en 1848, elle devint partie intégrante du territoire français. Mais les indigènes étaient, d’un point de vue légal, des sujets français et non des citoyens français. Ils étaient assujettis au Code de l’indigénat, qui imposait un ensemble de lois et de règles, et qui criminalisait même les plus petites formes d’insubordination. Celui-ci interdisait tout acte irrespectueux envers les autorités françaises, même hors service, ainsi que toute remarque visant à ébranler le respect dû aux autorités[6]. Les privilèges et droits liés à la citoyenneté française ne furent étendus qu’à une infime minorité d’indigènes.

Hadj-Ali est né dans une famille prospère de propriétaires terriens qui avait une bonne réputation dans la région et dont on disait qu’elle descendait d’un saint. Il est probable qu’il fut appelé ainsi en référence à l’émir Abdelkader, un leader de la résistance contre l’occupation française, qui mourut peu avant la naissance de Hadj-Ali.

Retrouvez la suite de cet article sur le site Contretemps.


Notes

[1] J.Wolfreys, « After the Paris Attacks: An Islamophobic Spiral », International Socialism 146 (2015), http://isj.org.uk/after-the-paris-attack/.

[2] Voir John Riddell (dir.), To See the Dawn: Baku, 1920, First Congress of the Peoples of the East (New York : Pathfinder Press, 1993).

[3] John Riddell (dir.), Toward the United Front: Proceedings of the Fourth Congress of the Communist International 1922 (Chicago : Haymarket Books, 2012), 685.

[4] Leon Trotsky, « On the National Question », Pravda, 1er Mai 1923 ; dans In Defense of the Russian Revolution, Al Richardson (dir.) (Londres : Porcupine Press, 1995), 181.

[5] Abdellah Righi, Hadj-Ali Abdelkader (Alger : Casbah éditions, 2006).

[6] Voir : Ian Birchall, « À BAS L’INDIGÉNAT ! », Parti des Indigènes de la République, http://indigenes-republique.fr/these-sur-lindigenat-precede-dune-presentation-de-ian-h-birchall-les-communistes-contre-le-code-de-lindigenat/




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