Les cahiers de l'Islam


Pascal Lemmel
Co-fondateur de la revue web Les Cahiers de l'Islam et des éditions du même nom ainsi que de la... En savoir plus sur cet auteur
Samedi 2 Février 2013

FIQH AL-WAQI' : Le savoir profane au service du savoir révélé en Islam



Quand l’indispensable et tant attendue réforme de l’Islam aura-t-elle lieu ? Par quel moyen ? Un livre récemment paru tente de nous montrer en quoi la discipline des sciences Islamiques nommée Fiqh Al Wâqi’, qui prend ses racines aussi bien dans la Révélation que dans la Raison, au travers d’une réforme de la méthodologie d’acquisition du savoir en Islam, pourrait contribuer à cette réforme.





Auteur : Aïssam Aït-Yahya
Collection : C.I.R.D (Centre Islamique de Recherche et de documentation)
ISBN:978-2-9533909-9-5
Nombre de pages:158
Dimensions:150mm x 210mm
Date de parution: mai 2012
Prix: €12,00



Biographie de l’auteur

Auteur du livre « De l'idéologie islamique française » paru en 2011 où il retraçait la généalogie du modernisme occidental et son conflit inéluctable avec l'Islam, Aïssam Aït-Yahya signe ici son second ouvrage. Diplômé de Sciences politiques et de Droit, il représente parfaitement la nouvelle génération de musulmans français, à la fois identitaires et décomplexés. Sa double culture et sa double érudition (occidentale et islamique) lui permettent de développer une lecture critique du monde contemporain puisant aussi bien dans la Foi que dans la Raison. Anticonformiste et peu enclin à tolérer le néo-impérialisme occidental qu'il soit politique ou intellectuel, sa réflexion critique n'épargne donc personne en pointant les schizophrénies des uns et les incohérences des autres.

Le Sujet

L’ouvrage dont nous proposons ici la recension est consacré à la problématique du savoir religieux musulman et de son interaction avec le savoir dit «profane ». L’auteur y expose une méthode d'acquisition et de traitement du savoir en Islam nommée « Fiqh al Wâqi’ », en présentant et commentant un texte [1] du théologien saoudien Nâsir al-'Umar, leader du mouvement « réformiste » de la sahwa (réveil) [2]. Il y insiste particulièrement sur les objectifs et les enjeux pour les musulmans que constitue l’utilisation d’une telle démarche.

Sur la forme

Sur la forme, le livre se divise en deux parties. Après une brève introduction, dans la première partie, l’auteur présente et commente un essai sur le thème du Fiqh al Wâqi’ publié en Arabie Saoudite en 1991 par le théologien Nâsir al-'Umar. C’est le cœur de l’ouvrage (environ 100 pages). Vient ensuite une seconde partie, assez courte (25 pages), composée de commentaires de l’auteur sur le texte présenté précédemment et s’appuyant sur différents commentaires réalisés par des Ulémas parmi lesquels on citera Mouhammad Nâsir ad-Dîn d'Al-Albânî.
Le propos est clair, l’ouvrage est aisé à lire. A noter toutefois, que le texte du cheikh Nâsir al-'Umar est abondamment commenté, explicité ou encore contextualisé par l’auteur lors de sa présentation. A tel point, que parfois nous pouvons en venir à perdre le fil du texte (certains commentaires pouvant s’étendre sur cinq pages). Par ailleurs, ces derniers seront plus ou moins repris dans la seconde partie qui est assez courte. Cela donne parfois une impression de redite ou de « martèlement » de l’argumentation. Et ce, d’autant plus que le propos est souvent partisan, voire parfois vindicatif. 


L'introduction

Cheikh Nâsir al 'Umar
Cheikh Nâsir al 'Umar

feqeh_alwaqei.pdf feqeh-alwaqei.pdf  (383.65 Ko)

Dès l’introduction, l’auteur "plante le décor". Il nous explique les motifs ayant conduit au choix du sujet traité ainsi qu’au choix de ce texte et nous offre une courte biographie cheikh Nâsir al 'Umar.

Concernant la biographie du cheikh Nâsir al 'Umar (p11), nous retiendrons que ce dernier, né en 1952, est saoudien et qu’il est l’un des leaders du mouvement « réformiste » de la « Sahwa », « synthèse complexe de la matrice militante des Frères musulmans et du dogme wahhabite prévalant dans le royaume ». [3]. Son engagement, l’a conduit dans les années 1990 à passer quatre années en détention. «  Il fut à la tête du mouvement de contestation lorsque le gouvernement saoudien pris des mesures pour réformer son système d'Education (suite aux attaques du 11 septembre 2001) afin de se soumettre aux demandes occidentales et aux pressions américaines de retirer de ses programmes d'enseignement la partie traitant du domaine de l' "alliance et le Désaveu " (al wala wal bara) ». « En 2003, il a fait partie des 26 oulémas ayant signé une fatwa légitimant le Jihad des Irakiens contre les forces américaines. ». Enfin, « Au début de l'année 2011, il était le représentant de près de 70 universitaires saoudiens chargé de transmettre une lettre de recommandation au roi Abdallah al Saoud pour exiger des réformes d'urgence en mettant un terme à la corruption, en licenciant les fonctionnaires incriminés et les opportunistes profiteurs, en cessant le gaspillage de l'argent public, en libérant les détenus d'opinions. »

Le texte présenté et commenté par l’auteur, est une épître qui « a été publiée pour la première fois en Arabie Saoudite en 1991 sous le titre: " Fiqh al waqi' muqawwimatuhu wa athâruhu wa masâdiruhu ", que l'on peut traduire par : " La jurisprudence de la réalité : fondements, influences et sources" (voir texte original ci-joint). Comme le cheikh nous l'explique lui-même, il s'agissait pour lui de reprendre dans un exposé écrit ce qu'il avait présenté dans plusieurs conférences réalisées à ce sujet dès la fin des années quatre-vingt et le début des années quatre-vingt-dix ». Pour l’auteur, nous sommes face à un texte fondateur sur la notion de  Fiqh al waqi' dans lequel le savant saoudien « analyse cette notion de manière réellement universitaire » (p10), « dans un style très accessible » et où ce dernier « répond directement à bon nombre d’interrogations et éclaircit de nombreux points obscurs qui gravitent autour de cette importante notion de Fiqh al waqi', permettant à tout lecteur intéressé de mieux appréhender ce que recouvre ce principe ». Nous adhérons en grande partie à ce point de vue même si le volume des commentaires et annotations est là pour nous rappeler que les propos ont souvent besoin d’éclaircissements (et surtout de contextualisation). Enfin, pour l’auteur, un autre atout du texte (plus discutable d'un point de vue scientifique) vient de ce que « le cheikh Nâsir al 'Umar est l'un des principaux acteurs de la sahwa en Arabie Saoudite et son épître " Fiqh al waqi' " est dans cet exact esprit " sahwiste " ».


L'Epitre

Le "décor planté", venons-en au sujet proprement dit et donc à l’épitre présentée dans la première partie.

Celle-ci commence en réalité par un commentaire de l’auteur visant à expliciter linguistiquement le terme «Fiqh al wâqi' » (p19). Le terme « wâqi' » est assimilé à « Réalité » sur la base de l’exégèse de la Sourate al Wâqi’a, dont le nom est traduit communément par « l’Evènement ». Par ailleurs, deux sens du terme « Fiqh » sont donnés : Compréhension et « savoir/connaissance », l’auteur précisant que l’on retrouvera ces deux sens dans l’exposé du cheikh et qu’en conséquence le « Fiqh al wâqi' » pourra parfois être vu comme une science (‘Ilm), parfois comme la « capacité de l’intelligence […], de saisir parfaitement la signification d’une chose ». D’où la définition de «Fiqh al wâqi' » finalement avancée par l’auteur : « On comprendra à la fin de cette épitre, que « Fiqh al wâqi' » en arrivera à signifier une méthodologie islamique de réflexion et d’analyse du monde contemporain, de ses sociétés et des hommes ».  Cette définition sera d’ailleurs reprise en fin d’ouvrage (p146) et la notion « ‘Ilm al wâqi’ » sera distinguée et explicitée comme étant ce qui « constitue l’ensemble des sciences, des connaissances théoriques, techniques ou pratiques disponibles à un moment précis de l’histoire. C’est aussi un ensemble de savoirs académiques issus d’une multitude de disciplines, et les plus diverses qui soient ».
De son côté, dans son épitre, le cheikh Nâsir al 'Umar donne la définition suivante de « Fiqh al wâqi' » (p35) : « C’est une science qui consiste à analyser les situations qui prévalent à notre époque, à comprendre les facteurs qui exercent une influence sur la société, les forcent qui orientent les Etats. Mais elle consiste aussi à étudier les idées destinées à déstabiliser le dogme (‘aqida), ainsi que les moyens légitimes qui permettent de protéger l’Oumma et [d’assurer] son progrès présent et futur ».

Plusieurs remarques ou questions viennent alors à l’esprit du lecteur : Peut-on trouver dans les disciplines occidentales un équivalent au « Fiqh al Wâqi’ » ? A l’évidence non. L’assimiler à une SHS [6] serait pour l’auteur, une erreur (p35). Le Fiqh al Wâqi’ présente une dimension prospective et peut intégrer des sciences dites « dures ». Pour autant ce serait aussi certainement une erreur que de l’assimiler à une science au sens épistémologique que lui donne l’occident [7] (p36). C’est pourquoi on parlera plutôt de méthodologie. Un autre concept, plus actuel, vient immédiatement à l’esprit du lecteur : celui de Think-Tank (la mise en place de telle structure sera d’ailleurs évoquée plus loin comme l’une des « finalités » du Fiqh al waqi’, p81).
Autre question : Tout spécialiste (même non musulman) d’une science profane n’est-il pas en capacité de remettre en question une fatwa semblant « erronée » ou « injustifiée » ?...

Enfin, quels sont les fondements d’une telle science en Islam ?... C’est l’objet du second chapitre de l’épitre. Le Coran, la sunna (les deux sources principales du Fiqh ) mais aussi l’histoire des premiers califes sont évoqués. La sunna, pour montrer que le Prophète de l’Islam (ç) a notamment accordé une grande importance à son environnement géo-politique (exil en Abyssinie, missives envoyés « aux nations, aux rois et aux tribus », p42). De même, le Coran contient de nombreux versets renseignant les musulmans sur la nature, les objectifs et les projets de leurs opposants. D’ailleurs, pour le cheikh, faisant l’analogie entre la situation des musulmans du temps de la révélation menacés par les empires rivaux Romain et Perse et les musulmans d’aujourd’hui menacés par les blocs rivaux Américain et Russe (nous sommes en 1990), c’est la preuve que l’utilisation du Fiqh al wâqi’ est impératif. En complément à ces sources, Nâsir al 'Umar  fera référence entre autres à Ibn Taîmiyya et son disciple Ibn Al-Qayyim ou encore à Abderrahman Ibn Sa’di (1889-1956) et Mohammed Qotb, frère de Saïd Qotb. L’auteur évoquera ce dernier comme source en fin d’ouvrage (p141).

Mais pourquoi les Musulmans auraient-ils l’impérieuse nécessité d’utiliser et de développer cette discipline ?... C’est qu’aussi bien pour le Cheikh Nâsir al 'Umar  (p 27 à 31) que pour l’auteur, les musulmans, après avoir été à la pointe des civilisations ont régressé de façon tragique. Or les causes sont à rechercher tant à l’intérieure de la Umma ou les musulmans se sont éloignés des enseignements fondamentaux de l’Islam et de la voie des prédécesseurs (Salaf) qu’à l’extérieur du monde musulman ou les ennemis « complotent et planifient » (p31). Ce n’est qu’en menant une analyse approfondie de « la réalité » que les causes de cette décadence pourront être déterminées et les bonnes décisions prises en vue d’un redressement.  
C’est ainsi que « Le fiqh al wâqi’ permet de concrétiser le principe de l’alliance et du désaveu (al wala wal bara) en actualisant les principes dogmatiques islamiques à la réalité du kufr et du shirk comtemporain » (p50) puisqu’il permet au musulman, en analysant et en comprenant la « réalité » de découvrir les formes actuelles de kufr (mécréance) et de shirk (associationnisme). Au passage, il est clair tant pour le Cheikh Nâsir al 'Umar que pour l’auteur, que la faute de la « décadence » des pays musulmans incombe en grande partie aux dirigeants qui oscillent entre une allégeance ou une imitation servile de l’occident et le maintien de dictatures quasi « laïques ».

C'est pourquoi, le Fiqh al waqi’ permettra entre autres (chap IV, p71) de :

  • Prendre conscience de la réalité de la situation , de mesurer la responsabilité de chacun face à cette situation et à terme de surmonter les obstacles,(p87)
  • produire des Fatwa réellement adaptées au contexte des musulmans, ancrée dans la réalité,
  • « optimiser » la prédication (Dawa’), (p77)
  • prendre de bonnes décisions, réellement fondées (p78)
  • constituer des élites pluridisciplinaires, ayant une approche systémique afin de proposer une vision globale et non des solutions parcellaires aux problèmes (p79)
  • planifier à long terme les actions de la Oumma p81
  • déjouer les plans des ennemis de l’Islam p83 et redonner aux musulmans le rayonnement passé
Pour atteindre ces objectifs, le savant devra mettre en œuvre une méthodologie précise (chap V, p93) et notamment vis-à-vis : de la collecte et du traitement de l’information ou les sources doivent être fiables et vérifiées, (p94,95,115), des « avis prospectifs » (anticipation de l’avenir) réalisés qui doivent être « réalistes » et surtout ne pas être érigés en « vérité »(p97, car personne ne peut réellement prédire le futur) et enfin, éviter « d’admirer les mécréants et les égarés » (p100) dans le sens ou les étudiants en Fiqh al waqi’ pourraient en venir à « admirer » les penseurs non musulmans étudiés et adhérer à certaines de leur opinions non conformes aux préceptes de l’Islam. Enfin, on ne devra jamais oublier que les causes des événements ne sont pas uniquement « matérielles » ou rationnelles  mais peuvent relever d’un ordre supra-rationnel.
Enfin, nous l'avons déjà souligné, les sources utilisées dans cette discipline sont à la fois Islamiques et profanes (Chap VI, 105). C'est là, la particularité et certainement aussi toute la difficulté du Fiqh al Wâqi', car qu'elles sont les limites des utilisations repectives des deux champs ?. Coté Islamique, il s’agit en premier lieu du Coran et de son exégèse, de la Sunna, mais aussi de la biographie des prédécesseurs, des ouvrages sur le dogme et la jurisprudence. Autant de sources classiques en sciences Islamiques. D'après le Cheikh, viennent ensuite se rajouter l’étude de l’histoire, les écrits relevant des sciences politiques ainsi que les sources médiatiques. L'auteur y rajoutant toute science utile pour traiter le sujet concerné.


Commentaires de l'auteur sur l'épitre

Dans la seconde partie, plus courte, l’auteur nous livre ses commentaires. Il commence par y rappeler que la restauration de l’utilisation au Fiqh al Waqî’  est le fait du mouvement de la Sahwa face à la « menace » occidentale et à des gouvernants « défaillants », restauration à laquelle s’opposa les deux courants des « libéraux modernistes pro-occidentaux » et des « religieux conformistes progouvernementaux » saoudiens (p125) représentés à ses yeux notamment par les cheikhs Rabi’ ibn Hadi al Madkhali et dans une moindre mesure, Sâlih al-Fawzan. Ces deux courants s’attaquèrent à la pertinence de l’utilisation du fiqh al wâqi’ avec une argumentation que l’auteur considère comme « faible » (il présente ses contre-arguments) et qui « prouve que le Fiqh al Waqî’ en lui-même reste fondamentalement incompris» (p131) ou encore que « les attaques contre le fiqh al waqi’ sont très subjectives et poursuivent très souvent un but inavoué : celui d’interdire une critique d’inspiration islamique (au sens théologique) des systèmes politiques actuels, afin de limiter au maximum son intrusion dans le champ politico-social ». Car pour l’auteur, c’est peut-être en cela que réside l’intérêt principal du fiqh al waqî : « statuer sur la réalité des Etats arabo-musulmans, sur leur responsabilités réelles dans la situation actuelle de l’Oumma, mais aussi surtout cela nous permet de définir leur nature intrinséque. »(p133). Il en veut pour preuve les fatwas émises par le cheikh Ibn Bâz (alors grand Mufti d’Arabie Saoudite) en faveur de trêves avec Israël, basés sur des arguments classiques issus d « ‘ilm shar’ri » sans prendre en compte « la réalité contemporaine du contexte au Proche-Orient » (donc sans utiliser le Fiqh al wâqi’). Au final, les trêves ne furent jamais mises en application… ce qu’avaient « prédit » les Oulemas de la Sahwa… preuve pour l’auteur de l’utilité du  Fiqh al Waqî’ .
Dans sa « conclusion », l’auteur nous rappelle que pour lui « l’idée fondamentale qu’elle recouvre [la dénomination du fiqh al wâqi’] a toujours existé chez les juristes et les « théoriciens du droit ». », et ceci, même si certains savants la considèrent comme une hérésie. Pour l’auteur, ces derniers sont soit des savant incapables de comprendre le Fiqh al Wâqi’, soit des savants agissant dans le cadre « d’une lutte partisane et idéologique ». Car pour l’auteur, à n’en pas douter, le Fiqh al wâqi’ est la clé pour « appréhender les causes, étudier et analyser le réel pour proposer les solutions et les actions les plus légitimes et les plus pertinentes, pour le présent afin de garantir le futur de l’Oumma ».

Que retenir ?

Au final, nous avons ici un texte au langage clair sur un sujet incontestablement d’actualité. En effet, comme l’auteur, nous pouvons adhérer à l’idée qu’une réforme de la conception du savoir en Islam est indispensable en vue de la reconstruction d'une élite musulmane à la fois respectueuse des préceptes Islamiques, de son éthique et en phase avec les défis et enjeux contemporains. De fait, dans un ouvrage  dont l’aspect didactique est la principale force, nous comprenons bien pourquoi et en quoi le Fiqh al wâqi’ pourrait constituer un élément de cette réforme. De même, il devient clair que le fiqh’ al Wâqi’ correspond à une voie médiane entre les partisans d'une transmission figée des Textes et les partisans d’une occidentalisation radicale dans la méthode d'acquisition du savoir.

Mais, quant au comment pour la mise en oeuvre, le lecteur restera sur sa faim. A notre sens, il aura un peu de mal à voir comment pourrait être mis en œuvre le Fiqh al Wâqi dans le cadre d’émission de Fatwas destinées au « grand public », ou pour résoudre les problématiques des musulmans d’occidents. En effet, seuls des exemples concernant la géo-politique, relative au proche orient, sont évoqués. A tel enseignement, qu’au fil de la lecture, le fiqh Al wâqi’ ne semble plus qu’être une « arme » pour lutter contre un occident toujours plus impérialiste ne cherchant  qu' « maintenir l'Islam en état d'infériorité et de dépendance envers l'Occident, envers sa sacro-sainte Modernité et son modèle de développement ».

De plus, le propos est quelque peu desservit par une argumentation souvent partisane (même si l’auteur s’en défend p15) et un ton parfois belliqueux. Seuls les savants rattachés à la mouvance Salafiste (en particulier Wahhabite) sont cités en référence or il aurait certainement été intéressant de connaitre l’opinion d’autres savants modernes ou classiques appartenant à d’autres branches. Cela aurait conforté le lecteur sur le statut du Fiqh al wâqi’. De même, en cantonnant à la seule sphère saoudienne les échanges sur le sujet, la légitimité du fiqh al wâqî au sein des sciences islamiques semble s’en trouver limitée. Nous avons parfois l’impression qu’il ne s’agit que d’un pur « produit » du mouvement de la Sahwa ou bien encore que le sujet n’est qu’un prétexte pour alimenter une querelle de « minarets ».  
Au-delà de ces points, le livre est donc à conseiller pour découvrir ce qu’est le Fiqh’ al Wâqi’. Grace à son aspect didactique, le lecteur pourra sans aucun doute comprendre ce qu’est Fiqh al wâqi’ et mesurer l’ampleur de la reforme à entreprendre.

FIQH AL-WAQI' : Le savoir profane au service du savoir révélé en Islam

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[1] dont nous fournissons en pièce jointe le texte original en arabe

[2] qui notamment s’opposa à la Fatwa autorisant l’intervention des américains lors de la première guerre contre l’Iraq

[3] Stéphane Lacroix, Les islamistes saoudiens: une insurrection manquée, Paris, Presses Universitaires de France, 2010,

[4] (nous confirmons ce dernier point).

[5] p14. « le mouvement de la sahwa est une synthèse particulièrement réussie et pertinente, entre les différentes tendances se réclamant toutes de l'orthodoxie sunnite, de sa tradition et de sa filiation : en Arabie Saoudite avec la da'wa najdiyya initié par le cheikh Muhammad ibn Abdel-Wahâb, dans le Proche-Orient le mouvement réformiste de la salafiyya du 20éme siècle  et la tradition " moderniste " (au sens commun du terme) issue de la matrice des premiers Frères Musulmans en Egypte.  […] Or, par son action volontariste, elle fut prise entre l'enclume et le marteau, en ayant à combattre sur trois fronts intérieurs : les imams et prédicateurs passéistes progouvernementaux, les intellectuels modernistes pro-occidentaux et les services de l'Etat lui-même. »

[6] Sciences Humaines et Sociales

[7] Cf Karl Popper.





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