Les cahiers de l'Islam


Dimanche 21 Octobre 2012

Egypte : un tournant dans l’enseignement religieux



Egypte : un tournant dans l’enseignement religieux
Le premier ministre égyptien a annoncé l’introduction d’un cours de "droits humains" pour les élèves du 11ème degré. L’étude d’extraits de la Bible et du droit non-musulman dans l’Islam marque un tournant auquel la presse internationale n’a pas accordé assez d’importance.

Les cours traditionnels de religion existent depuis des décennies : chrétiens et musulmans se séparent afin d’en savoir plus sur leur religion respective. Le ministre affirme que le rôle du nouvel enseignement de "droits humains" est d’ « apprendre aux élèves ce que cela signifie que d’être un citoyen ». A partir de la rentrée scolaire, ce cours sera dispensé à tous les élèves de 11ème année, qui pourront parcourir le nouveau manuel de "droits humains".

Alors que les cours traditionnels de religion continuent d’être dispensés séparément, ce nouveau cours, lui, est un pas vers davantage d’intégration. Il traitera des droits humains et de l’éducation citoyenne – ce que cela signifie que d’être Egyptien –, rassemblant chrétiens et musulmans, et tournant ainsi la page sur la vieille méthode qui consiste à séparer les élèves pour leur enseigner la religion.

L’enseignement aura comme point de départ des préceptes chrétiens et musulmans, et comme but, une discussion sur les droits humains dans le contexte égyptien. Rendre chaque religion crédible dans la salle de classe, un projet ambitieux, certes, mais il pourrait être le début de quelque chose de nouveau et de grandiose pour le pays.

Un rapport dans le journal égyptien Al-Wafd paru au mois de septembre relève que le deuxième chapitre du manuel d’ « études patriotiques », tel qu’il est intitulé, comprendra des principes chrétiens, pour faire suite à un premier sur le droit non-musulman dans l’Islam.

Cet enseignement permet au gouvernement de créer un contexte plus tolérant dans le domaine de l’éducation. Grâce à l’apprentissage des principes chrétiens et musulmans, alliés à l’éducation citoyenne, les élèves égyptiens auront l’occasion de découvrir à quel point chaque religion est vitale et nécessaire pour l’avenir du pays.

La couverture du manuel vise également l’union. Elle représente une croix et un croissant entrecroisés avec, comme fond, une image de la révolution du mois de janvier 2011, symbole d’unité des deux religions en Egypte.

Le ministre affirme que « le manuel met en avant l’égalité des citoyens et la construction d’un système politique diversifié, qui représente la société dans son ensemble ».

Depuis la révolution, l’intérêt pour les droits humains en Egypte n’a fait que croître. Et ce manuel est un premier pas vers l’enseignement d’autres religions aux élèves égyptiens. Salma Mahmoud, maîtresse de 11ème année, pense que nous assistons au « plus grand moment de l’éducation égyptienne ».

Pour des enseignants comme elle, cette initiative est l’occasion d’établir le dialogue entre les élèves chrétiens et musulmans. Elle soutient que, si le simple fait d’avoir un chapitre traitant des principes chrétiens dans le manuel est important pour l’avenir de l’Egypte, cette importance dépasse le texte.

« Nous pouvons avoir des débats, des questions et des discussions ouvertes sur les croyances des uns et des autres dans une atmosphère calme, où chaque élève peut s’exprimer sans se sentir aliéné. Au bout du compte, les frères, les amis et les parents de ces élèves étaient présents durant les 18 jours de la révolution. Certains ont combattu et péri pour l’Egypte, afin que les élèves puissent apprendre que nous aspirons tous à la même chose », explique-t-elle au sujet du nouveau cours de droits humains.

Et elle a raison. L’éducation qui vise l’intégration pourrait bien permettre à tous les Egyptiens de dépasser l’idée que ce qui les sépare est la religion. En étudiant la foi de chacun dans un contexte de citoyenneté, les élèves pourront peut-être comprendre autrui et tisser des liens avec leurs compatriotes, indépendamment de leur religion.

La réussite ne se fera pas du jour au lendemain. Cependant, avec une nouvelle génération d’élèves musulmans qui comprennent mieux la croyance et la foi de leurs voisins chrétiens, il ne fait aucun doute que les Egyptiens finiront par s’unir en tant que nation.


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En partenariat avec le Service de Presse de Common Ground (CGNews)




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