Les cahiers de l'Islam
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Sonia Ben Mansour
Avocate au Barreau de Paris et doctorante à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sa thèse porte... En savoir plus sur cet auteur
Samedi 2 Janvier 2016

Dissocier le Coran du terrorisme



Certaines couvertures médiatiques ont mis en avant le Coran comme pour expliquer les attentats terroristes qui ont eu lieu sur Paris le 13 novembre dernier.
Le philosophe Abdennour Bidar prétend que « l’Islam a enfanté un monstre », du nom de Daesh ou Etat islamique.
Est-ce bien l’Islam qui a enfanté le terrorisme ? On pourrait répondre positivement avec le concept coranique de djihad.
Cependant, la contamination du discours religieux par une idéologie guerrière n’est pas propre à l’Islam puisqu’ « au XVIème siècle, des prédicateurs de l’Eglise romaine se sont mis à dire que le désir de guerre, de violence, était une façon privilégiée de montrer à Dieu qu’on lui appartient, qu’on lui était fidèle. L’imaginaire chrétien s’est imprégné ainsi de cultures religieuses, de guerre véhiculant l’idée que la tolérance de l’autre, l’ « hérétique » attirait la malédiction divine sur l’ensemble des hommes »[1].
La guerre au temps du Prophète Mohammed a été menée dans un contexte tribal et surtout menée postérieurement à sa mort. Glorifier un passé que l’on n’a pas vécu, se fonder sur un texte religieux pour prêcher la haine et être animé par la violence, voilà l’hérésie.
Comment expliquer les actes terroristes commis au nom de l’Islam ? Faut-il y trouver nécessairement une explication en lien avec le Coran ?
Bien que l’Islam ait besoin d’être réformé d’un point de vue théologique et politique (dogme du Coran incréé [2], évolution du statut juridique de la femme musulmane, détournement de la sha’ria en une législation durcie et imposée par l’Homme), cette donnée ne peut pas expliquer les actes terroristes commis au nom de l’Islam.
D’autres facteurs rentrent en compte : dès lors, on évoquera le contexte géopolitique (répercussions du colonialisme, démantèlement de l’Empire Ottoman par les accords Sykes-Picot, conflit israélo-palestinien…) mais cette donnée est encore insuffisante.
On pourra exposer le bouleversement lié  à une société mondialisée et la perte de repères qui s’en suit chez certains individus. Cette donnée est là encore insuffisante. 

On pourra évoquer la fabrication de l’islamisme par la CIA,  les conséquences dévastatrices de l’intervention des Etats-Unis en Afghanistan (2001) et en Irak (2003) et les conséquences dramatiques de l’ « après-guerre » en Libye (2011). Cependant, il s’agit là d’un accélérateur puissant mais non d’un déclencheur.
Toutes ces données sont insuffisantes à comprendre les attentats terroristes commis au nom de l’Islam car Dieu n’est pas fanatique, l’Homme seul l’est comme le souligne à juste titre Jean Daniel [3]. Le terroriste pourrait s’appuyer sur n’importe quel texte religieux.

Pourquoi s’appuyer sur l’Islam ?

Il existe deux données fondamentales : l’une, le fait que la conversion à l’Islam nécessite peu de temps et non pas de longues études approfondies portant sur la théologie et l’histoire. C’est un fait.

S’il n’est pas besoin de conversion, la priorité donnée au culte et non à l’apprentissage et à la connaissance des textes (mais également du contexte historique) est souvent la source d’une incompréhension aboutissant pour certains individus embrigadés par un réseau terroriste à l’aide d’un support redoutable (Internet) à un déchaînement de violence.

Pour le terroriste, l’être en tant qu’individu à part entière n’existe pas mais seul le groupe (communauté musulmane) peut exister. Pourtant, le monde arabe et/ou musulman a majoritairement condamné les actes terroristes.
Le Coran n’est pas ce qui explique le terrorisme mais c’est la négation des libertés individuelles par de nombreux dirigeants des pays arabes et/ou musulmans et par des groupes terroristes ainsi que la corruption sous couvert de religion.  C’est ce qui empêche l’avènement d’une société démocratique au sein du monde musulman et une homogénéisation de sa mise en place.
Si l’homme ne réussit pas à distinguer le bien du mal, il se servira de n’importe quel texte religieux pour commettre l’impensable : le terroriste se prétend croyant, retire la vie avec sang-froid, une vie insufflée par le Créateur et qu’il n’appartient qu’à Dieu lui-même d’abréger.
Ce terrorisme, ce « cancer » dont les musulmans connaissent également les répercussions  a été malheureusement aggravé depuis longtemps par la collusion de certains pays occidentaux avec des régimes autoritaires et dictatoriaux (par exemples, Zine el-Abidine Ben Ali, Mouammar Khadafi, Saddam Hussein…) afin de préserver des intérêts économiques. 

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[1] Crouzet D. et Kepel G. « je te tue, Dieu me bénit », l’Obs hors-série, Le retour des guerres de religion, novembre-décembre 2015, page 8.
[2] Norme immuable et inaltérable.
[3] Daniel J., Dieu est-il fanatique, L’Obs Hors-série, op.cit., page 3.




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