Les cahiers de l'Islam
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Lundi 2 Décembre 2013

Des progrès dans les discussions sur les droits des femmes musulmanes


Par Sheherazade Jafari*, doctorante en Relations internationales



Kuala Lumpur – Droits des femmes et Islam. Voilà des mots – prononcés par des religieux fondamentalistes, des progressistes, des hommes politiques, des militants, des croyants ou non, en Orient ou en Occident –, des mots qui ont été débattus, adoptés, revendiqués, définis et redéfinis, et qui sont au cœur des débats les plus controversés de la planète. Ces trois mots constituent l’essence de ma position et de mes visées académiques. Ils fascinent certains et menacent d’autres ; les droits des femmes musulmanes reçoivent l’attention du monde entier, et c’est une bonne chose.

C’est malheureusement trop souvent pour les mauvaises raisons.
Des progrès dans les discussions sur les droits des femmes musulmanes

Après bien des décennies, les femmes de pays majoritairement musulmans – allant d’Egypte jusqu’en Malaisie – voient leurs droits et fonctions limités, conséquence des pressions sociales et légales visant à préserver de prétendues normes religieuses et culturelles.

L’image la plus répandue en occident de la femme musulmane est celle d’une femme qui doit être sauvée d’une religion misogyne par nature. En effet, selon la pensée occidentale traditionnelle, seul un cadre laïc et libéral pour les droits humains est susceptible de garantir l’égalité des sexes et les droits des femmes aux femmes musulmanes. Or, c’est précisément la présentation des droits en tant que concept occidental et laïc – et partant imposé par l’extérieur – qui constitue la stratégie la plus commune pour priver les femmes de leurs droits dans de nombreuses sociétés musulmanes.

Pourtant, des militantes musulmanes revendiquent leurs droits par le biais d’organismes, du développement de la connaissance et de prises de position, que ce soit à niveau local ou transnational. Ces femmes sont aux antipodes des personnages passifs imaginés par les fondamentalistes et les occidentaux traditionnels. Leurs droits ne sont pas définis par des interprétations violentes et misogynes, mais par une religion qui constitue une source importante d’autonomisation, de raison d’être et dignité pour des millions d’hommes et de femmes.

Il n’a jamais été aussi important qu’aujourd’hui de veiller aux efforts des femmes musulmanes dans leur lutte contre la montée de l’extrémisme et la violence d’origine religieuse, de les soutenir et d’apprendre de leur combat.

L’organisation Musawah, traduit de l’arabe par le terme égalité, se définit en tant que « mouvement de femmes et d’hommes pour qui l’égalité et la justice sont nécessaires et possibles dans la famille musulmane ». Dirigée par un réseau de femmes musulmanes « qui veulent exiger à nouveau publiquement l’esprit présent dans l’islam d’une justice pour tous», Musawah collabore avec des acteurs religieux et laïcs. Son but : intégrer au quotidien de femmes et d’hommes des enseignements de l’Islam, les droits humains et les garanties constitutionnelles de l’égalité. L’organisation travaille à resserrer le fossé entre la religion et la laïcité, en mettant en avant les objectifs communs et la place pour la collaboration qu’il existe entre musulmans et non-musulmans, entre religieux et défenseurs laïcs des droits humains.

Un autre exemple est le Women Living Under Muslim Laws (WLUML, femmes sujettes aux lois islamiques), « un réseau de solidarité international pour les femmes dont la vie est façonnée, conditionnée et gouvernée par les lois et coutumes dérivées de l’islam ». Un des objectifs principaux de ce réseau et de développer et renforcer le lien entre les femmes vivant dans un contexte musulman, et des féministes à niveau mondial ainsi que des groupes progressistes. Pour ce faire, l’organisation offre la possibilité de partager « des informations et des analyses permettant de dissiper les malentendus au sujet des diverses sources de contrôle sur la vie des femmes, et des stratégies et expériences afin de contester toute forme d’oppression. »

En examinant le travail majeur de Musuwah et WLUML, entre autres, les femmes établies en occident et les défenseurs des droits des femmes peuvent apprendre comment devenir des partenaires plus efficaces.

Tout d’abord, nous avons tout intérêt à reconnaître la diversité dans l’expression, l’interprétation et l’expérience des musulmans, et à accepter que les femmes sont des actrices de leur propre religiosité. En partant du fait que l’islam est une religion misogyne par nature, nous risquons d’aider les extrémistes à redéfinir la religion et à exiger la passivité et la soumission des femmes musulmanes, aliénant du même coup celles pour qui la religion est une force et élément-clé de leur identité.

Ensuite, il est tout à fait concevable que, si certains droits sont universels et fondamentaux, il n’existe pas un seul moyen de les obtenir. Un cadre religieux pour les droits des femmes peut complémenter un cadre laïc tout en reflétant des principes universels, répondant ainsi simultanément aux besoins particuliers de communautés religieuses.

Enfin, il nous faut reconnaître qu’un véritable partenariat se doit d’être réciproque, par la solidarité et le partage des connaissances. Les sources d’oppression pour des femmes de pays majoritairement musulmans ne diffèrent pas nécessairement pour les femmes d’autres pays : cultures patriarches, inégalités légales et économiques, montée dans les idéologies extrémistes. Les occasions ne manquent pas aux mouvements féministes occidentaux ou laïcs pour tirer profit des efforts déployés par des mouvements dans différents contextes religieux et culturels.

Les acteurs qui peuvent réellement donner du sens à ces mots – droits des femmes et Islam – sont les femmes musulmanes elles-mêmes. Des partenariats entre nations qui les respectent sont susceptibles de nous laisser espérer un monde juste et une paix pour tous.

Publication en partenariat avec CGnews .

* Sheherazade Jafari prépare son doctorat en Relations internationales à la American University à Washington, DC. Elle se trouve actuellement en Malaisie pour mener une recherche sur la revendication des droits des femmes à travers les différences entre religion et laïcité.




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