Les cahiers de l'Islam


Aisha H.L. Al-Adawiya
Fondatrice de "Women in Islam", une organisation de femmes musulmanes qui œuvre pour les droits de... En savoir plus sur cet auteur
Mardi 22 Décembre 2015

De l’autre côté de l’Atlantique : les musulmanes afro-américaines



Les femmes musulmanes afro-américaines sont un atout précieux pour qui veut comprendre d’un point de vue privilégié ce que veut dire être musulman aux Etats-Unis. En tant que femmes, nous avons des références historiques bien affûtées et immédiatement disponibles pour traiter des questions relatives tant à l’oppression et au combat pour la libération qu’à l’esprit d’entreprise et à la réussite.

De l’autre côté de l’Atlantique : les musulmanes afro-américaines
Nous avons l’habitude de communiquer avec ceux qui viennent d’une foi et d’une culture différentes. Nous avons l’endurance qu’il faut pour mener un combat de longue haleine dans l’intérêt de la justice sociale. Nos vies sont étroitement entrelacées avec la vie de ceux qui nous oppriment et de ceux que nous voudrions émanciper.

  Pour la plupart nous n’avons pas été élevées par des parents musulmans. Nous avons grandi dans des foyers à prédominance chrétienne et avons appris l’éthique, le service communautaire et l’autonomie. Mais nous recherchions une spiritualité nouvelle. Nous recherchions un nouveau mode de vie qui serait en prise avec notre existence actuelle tout en prenant en considération notre passé exigeant. L’islam était la réponse.

   Lorsque nous avons adopté l’islam, les enseignements que nous avions déjà intégrés – respect des parents et des anciens, responsabilité envers la famille, les proches et les voisins, forte éthique professionnelle et recherche constante de perfectionnement – se sont accentués. Notre nouvelle religion nous apportait la structure dans laquelle pouvaient s’encadrer les principes qui nous avaient été enseignées jusque-là.

   De nombreuses musulmanes afro-américaines recherchaient activement de nouvelles sources de spiritualité dans une quête personnelle et auprès d’autres musulmans, surtout en milieu urbain. D’autres ont embrassé l’islam après avoir épousé des musulmans venus d’autres pays. De toutes les raisons qui nous ont fait choisir l’islam, la plus convaincante est sans doute le rôle donné à la famille.

   D’autres encore ont choisi l’islam pour le statut qu’il offre à la femme, comme ce fut mon cas. Nous voyions dans l’islam l’occasion de nous recréer en tant que femmes. Nous avons été nombreuses à changer de nom. Nous ne cherchions pas à nous assimiler dans la société: nous l’étions déjà. Nous savions que nous pourrions être puissantes en raison de notre spiritualité et non malgré elle. Tous les jours, nous continuons de nous enrichir à la pratique de l’islam. Nous revendiquons pour modèle les femmes fortes qui entouraient le prophète Muhammed, comme sa femme Khadija. Elles nous ont tracé la voie, ces premières musulmanes qui, comme nous, avaient embrassé notre religion alors qu’elles vivaient dans une société où l’islam n’était pas majoritaire.

De nombreuses musulmanes se battent contre l'oppression culturelle dans leurs propres sociétés. Mais, alors que les immigrantes musulmanes doivent se défendre en tant que minoritaires dans une culture dominante, la musulmane américaine d’origine africaine connaît par cœur les difficultés qu’il nous faut surmonter, car nous avons une connaissance historique des multiples visages de l’oppression.

Nous portons les cicatrices de l’esclavage, dont les séquelles sont encore sensibles aujourd’hui. Nos enfants et nos êtres chers, nous continuons de les perdre, détruits qu’ils sont par le racisme institutionnel consacré par des politiques de négligence et de maltraitance : misère économique, criminalisation de nos jeunes, soins de santé inférieurs, éducation insuffisante. Fortes de ce vécu, nous pouvons apporter notre expérience aux jeunes musulmanes immigrantes qui se battent pour que les promesses faites par l’Amérique à ces nouveaux venus deviennent réalité. Lorsque la porte s’entrouvre pour elles, à Ellis Island, nous leur disons: “Donnez-moi vos pauvres masses, vos pauvres masses fatiguées en quête de liberté”.

Au fil du temps, nous avons perçu l’islam comme un outil d’autonomisation des Afro-américains, les femmes en particulier. Nous sommes à même de parler concrètement du vaste potentiel qu’offre notre religion, non seulement aux femmes, mais aussi à l’humanité tout entière, dans le domaine de la spiritualité personnelle, de la communauté, de l’égalité et de la justice.

Ce regard sur l’histoire qui nous est propre, nous sommes prêtes à le mettre au service du combat pour la justice sociale, dans les communautés musulmanes, comme pour tous les Américains, voire tous les citoyens de cette planète. Cependant, nous ne pouvons pas prétendre changer la société en général sans avoir auparavant guéri les maux qui affligent nos propres rangs.

Ainsi, il faut agir pour que les crimes d’honneur et la violence domestique disparaissent. Nous devons nous attaquer aux barrières culturelles qui empêchent les musulmanes d’avoir un accès universel à l’éducation, d’aller à la mosquée, de participer à des organisations islamiques et aux mouvements de la société civile. Si nous ne le faisons pas, nous serons en contradiction directe avec les exemples des femmes que nous avons précisément prises pour modèles.

En parallèle, nous recherchons aussi les occasions de construire des coalitions traversant les lignes raciales, religieuses, ethniques et socio-économiques, afin d’instituer l’égalité, l’équité et l’harmonie, non seulement pour nous-mêmes mais aussi pour notre prochain. L’expérience historique des Afro-américains, doublée de celle des femmes musulmanes, nous a appris la valeur de l’effort collectif pour la paix et la justice sociale.
 
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En partenariat avec le Service de Presse de Common Ground (CGNews)




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