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Dimanche 22 Mai 2016

Cervantès, quatre-cents ans après


Quatre siècles après la mort de Cervantès, pourquoi son roman Don Quichotte continue-t-il de résonner de manière aussi contemporaine ?



H. DAUMIER/AGNEW'S, LONDON/BRIDGEMAN IMAGES
H. DAUMIER/AGNEW'S, LONDON/BRIDGEMAN IMAGES

Publié sur le site CNRS Le Journal le 22 avril 2016
Par Lydia Ben Ytzhak

Quatre siècles après la mort de Cervantès, pourquoi son roman Don Quichotte continue-t-il de résonner de manière aussi contemporaine ?

Mort le 23 avril 1616, le romancier, poète et dramaturge espagnol Miguel de Cervantès reste célèbre pour son roman L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, publié en 1605 et reconnu comme le premier roman moderne. Quatre-cents ans plus tard, son personnage symbolisant un farfelu se heurtant au mur de la condition humaine résonne toujours de manière très contemporaine : sa panoplie au bouclier de carton tient toujours.

« N'y allez pas, ce sont des moulins... » aurait envie de crier le lecteur résigné de Don Quichotte, pendant que les idéalistes y lisent la meilleure preuve de la nécessité de poursuivre toute sa vie ses rêves d'enfant. En Espagne, ce 23 avril, on commémorera donc l'écrivain par un marathon littéraire consacré à la poésie. Un peu comme si son héritage au XXIe siècle consistait à écrire le poème le plus long, ou 17000 tweets (1)...

Témoin de l’âge d’or espagnol

C'est à une époque d’intense expérimentation littéraire que Cervantès, qui commence à écrire tardivement, s’essaye à tous les genres à la mode : poème pastoral, nouvelles, théâtre, roman byzantin et, bien sûr, le roman, que l’on n’appelle pas encore ainsi, avec le Don Quichotte. Grand témoin de son temps, catalyseur de fables aux univers bariolés, le regard de Cervantès propose une lecture du patrimoine culturel de l'Europe : les récits de la Méditerranée, des mythes Grecs jusqu'à l'affrontement entre l'Empire Ottoman et les Espagnols.

Sous le règne de Charles Quint, de Philippe II et de Philippe III, lors du siècle d'or espagnol, il est au centre d'une formidable période de création littéraire et artistique. On trouve là les grands peintres comme Vélasquez, les grands auteurs comme Calderón, Lope de Vega, le théâtre espagnol inspire les dramaturges français. « Il va vivre les tensions de son époque qu'on va retrouver dans son œuvre, souligne Michel Moner chercheur au laboratoire FRA.M.ESPA (France, Amériques, Espagne, Sociétés, Pouvoirs, Acteurs) (2). La principale stratégie de ses récits est de mettre en scène ces tensions entre rêve et réalité. »

« Il y a une rivalité avec Lope de Vega, explique Michel Moner, parce que Cervantès s'attaque à toutes les impostures de la fabrication de l'Espagne catholique de l'époque qui tente d'effacer toute trace des sept siècles de présence musulmane, et s'applique à faire croire à une Espagne wisigothique ou romaine, blanche et pré-musulmane. Ce qui résonne de manière troublante avec les débats d'aujourd'hui. Une catholicité qui se veut sans faille et sans tache, une Espagne traumatisée exigeant une "pureté du sang", avec le rejet de la présence des Morisques. »  Les morisques étaient ces musulmans d'Espagne convertis de force au catholicisme quand les Rois Catholiques ont abrogé les accords qui leur permettaient de conserver leur foi et leurs coutumes sur le sol espagnol, et qui étaient perçus par le reste de la population espagnole comme un danger existentiel.

Retrouvez la suite de cet article sur CNRS Le Journal

1. Le 22 avril, jour de l'anniversaire des 400 ans de la mort de Miguel de Cervantes, Diego Buendia a publié le 17000e et dernier tweet d'une série reprenant intégralement «Don Quichotte»
2. Unité CNRS/Université de Toulouse – Jean Jaurès




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