Les cahiers de l'Islam
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Dimanche 16 Mars 2014

[Audio] L'Orient mystérieux et autres fadaises







Biographie de l'auteur : François Reynaert est journaliste au Nouvel Observateur.

Édition : Fayard
Année de publication : 2013



 


Pour enfin comprendre quelque chose à l’histoire du monde arabo-musulman, notre ami François Reynaert publie "L'Orient mystérieux et autres fadaises", où il consacre un chapitre au fonctionnement de l’Empire ottoman. Extraits
                                                      __________

L'hétérogénéité est le trait dominant de l’Empire ottoman. Les peuples y abondent. On a parlé des Grecs, des Serbes, des Bulgares, des Roumains, des Arméniens, des Turcs, des Arabes, des Tatars, des Kurdes et des Tsiganes. On aurait pu citer aussi les Berbères, qui vivent dans les lointaines régences de Méditerranée, les Hongrois ou encore les Albanais.
Pour nos lecteurs désireux d’enrichir leur vocabulaire, on pourrait encore ajouter les Lazes, une population caucasienne, les Aroumains, des romanophones des Balkans, ou encore les Pontiques, descendants des Grecs de l’Antiquité installés le long de la mer Noire (alors nommée Pont-Euxin). Dans sa biographie de Constantinople (1), le Britannique Philip Mansel affirme que l’empire compta jusqu’à 72,5 nationalités différentes, le demi correspondant aux Tsiganes, victimes de préjugés qui n’ont pas cessé.
REPÈRES
Au XVIe siècle, les non-musulmans représentent:
– 13 à 18% de la population de Damas
– 42% de celle d’Istanbul
– 75% de celle de Salonique (parmi lesquels 55% sont juifs)
– 90% de celle d’Athènes
Sur 84 grandes villes des Balkans, 21 sont majoritairement non musulmanes (selon Frédéric Hitzel, L’Empire ottoman, XVe-XVIIIe siècle, op. cit.).
[…]

Millets

Les Ottomans ne cherchent pas à unifier ce patchwork. Au contraire, ils en font leur système de pouvoir. L’empire est organisé en divers millets («communautés») auxquels chaque sujet est tenu d’appartenir en fonction de sa religion. Les musulmans ont le leur, qui a, évidemment, la prééminence. À sa tête est symboliquement placé le sultan lui-même, puisqu’il joue le rôle de calife, c’est-à-dire de chef religieux, même si les Ottomans n’ont porté ce titre que très tardivement, au XIXe siècle.
La majorité des chrétiens orthodoxes appartiennent au millet des rums (les «Romains»), placé sous l’autorité du patriarche de Constantinople. Les Arméniens ont le leur, sous la houlette de leur catholicos, chargé également des autres Églises issues des lointains schismes des débuts du christianisme, les nestoriens, les coptes d’Égypte, etc. Enfin, il existe un millet pour les juifs, eux-mêmes subdivisés selon leur provenance. Les romaniotes sont, comme les rums chrétiens, les anciens sujets byzantins, les ashkénazes viennent d’Allemagne ou d’Europe centrale, les séfarades d’Espagne.

Chaque communauté gère son propre système judiciaire, en particulier pour ce qui concerne le «statut personnel» (les questions d’héritage, de mariage, etc.). Souvent, le millet organise son propre système éducatif. Son chef est responsable du bon ordre au sein de sa communauté, et surtout de la collecte de l’impôt, qui diffère selon la religion. Les non-musulmans en paient plus. On voit bien l’idée pour le pouvoir central. Je ne veux voir qu’une tête, ou plutôt je ne veux voir qu’une calotte ou une kippa, pour le reste débrouillez-vous entre vous. On comprend aussi que ces corps intermédiaires puissants placés entre les individus et leur monarque confèrent à l’Empire ottoman une nature particulière, puisqu’ils réussissent à faire de la diversité religieuse un élément essentiel de l’ossature de l’État.

Pour autant, si la structure en millets est une invention ottomane, la situation religieuse générale de l’empire ne lui est pas propre. Les grands États musulmans contemporains dont nous avons parlé en introduction de cette deuxième partie comptent beaucoup de non-musulmans. De nombreux juifs vivent depuis très longtemps dans le sultanat du Maroc. Ils voient leurs rangs grossir au XVIe siècle avec l’afflux des réfugiés chassés de l’Espagne redevenue catholique. D’autres juifs, mais aussi des chrétiens et des zoroastriens sont sujets du shah de Perse. Beaucoup d’hindous habitent l’Inde du Nord des Grands Moghols. Et l’on pourrait bien sûr trouver semblable situation en remontant les siècles jusqu’au début de l’histoire musulmane. Depuis la conquête arabe du VIIe siècle, l’ensemble des régions qui sont devenues musulmanes abritent leurs minorités religieuses. Le moment est donc idoine pour élargir notre propos et revenir sur cette question qui court depuis le début de ce livre: comment l’islam les a-t-il traitées?

Lire la suite : http://bibliobs.nouvelobs.com .

[Europe1] - Au cœur de l'histoire : LE RÉCIT - L'Orient mystérieux et autres fadaises

le_recit_l_orient_mysterieux_et_autres_fadaises_124364359.mp3 LE-RECIT  (9 Mo)


[RFI] - Entretien avec François Reynaert (auteur du livre)

«L'Orient mystérieux et autres fadaises», c'est le titre malicieux du livre international de cette semaine. Dans cet ouvrage érudit publié aux éditions Fayard, la plume de l'historien François Reynaert, journaliste au Nouvel Observateur raconte 2500 d'histoire du monde arabo-musulman. Un récit passionnant pour changer de perspective et déconstruire les clichés.

08_02_livre_international_orient_mysterieux_et_autres_fadais.mp3 Livre  (2.04 Mo)





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